Tom Joad a tué un homme. Il a été condamné à sept ans de prison, mais vient d'être libéré pour bonne conduite, après quatre ans d'emprisonnement.
Il rentre donc chez ses parents, près de Sallisaw, dans l'Oklahoma. Mais, quand il arrive près de la petite maison des Joad, accompagné par l'ancien pasteur du coin, Jim Casy, il constate que le logement familial est abandonné.
Les Joad se trouvent chez l'oncle John. Ils ont quitté leur maison après que les tracteurs soient venus les chasser. Ce sont les sociétés agricoles et les banques qui sont propriétaires des champs et ceux-ci doivent être travaillés grâce aux nouvelles machines. Les petits métayers comme les Joad n'ont donc plus de raison d'être.
La famille Joad a reçu des prospectus expliquant la recherche de main d'oeuvre en Californie et s'apprête donc au grand départ. Tom et Casy les rejoignent à temps pour les accompagner.
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Les Raisins de la colère" a remporté le Prix Pulitzer en 1940. Depuis, ce roman a fasciné des millions de lecteurs.
Plusieurs de ces lecteurs trouvent le récit bouleversant d'actualité. Et c'est vrai: j'ai trouvé de nombreuses similitudes entre le texte de Steinbeck et mon cours d'économie politique d'il y a deux ans. A l'occasion d'un module consacré à l'agriculture et aux multinationales, nous avions visionné un documentaire qui donnait plusieurs éléments d'informations sur l'agriculture mondiale:
- au Brésil, les petits exploitants, qui cultivent à la main des lopins de terre leur appartenant depuis plusieurs générations, sont chassés par les multinationales. Celles-ci regroupent l'ensemble des terrains, les transformant en parcelle de milliers d'hectares et les cultivent mécaniquement, en utilisant énormément d'engrais. Cela rappelle la situation de la famille Joad;
- les multinationales cultivant des milliers d'hectares peuvent se permettre de vendre une tonne de leur production a un prix extrêmement compétitif; tandis que les agriculteurs africains, par exemple, doivent vendre la même tonne plus cher (puisqu'ils ont plus de difficultés à produire, n'utilisant ni machines ni engrais). Résultat: les multinationales écoulent plus facilement leurs produtits et les petits agriculteurs ne parviennent plus à vivre de leur métier. Ils quittent leurs fermes et rejoignent les villes où ils espèrent trouver un emploi. La plupart du temps ils ne trouvent rien et viennent grossir la population des bidonvilles. Encore une fois, les Joad se retrouvent dans la même situation, notamment lorsqu'ils s'installent à Hooverville.
Je pourrais continuer comme ça encore longtemps.
La famille Joad, donc, se retrouve dans une situation particulièrement désespérée. Ils n'ont que peu d'argent et pas beaucoup à manger pour faire le grand voyage jusqu'en Californie. Et on a l'impression que, lorsqu'il quittent leur terre, ils quittent aussi une partie d'eux-mêmes. Ainsi, les membres de la famille Joad commencent à se détacher les uns des autres: certains meurent, d'autres décident de s'en aller et de ne pas continuer le voyage.
Steinbeck nous offre donc un récit très dur et, dans un sens, violent. le sentiment d'injustice qui s'en dégage est tout simplement révoltant, encore à notre époque. Les Joad, victimes d'un système qui ne veut plus d'eux et qui les dépasse, nous deviennent peu à peu sympathiques; le lecteur s'attache réellement à cette famille et souffre des humiliations qu'ils doivent subir en silence.
Et ces milliers d'anonymes, ces autres familles en route vers le paradis qu'on leur a promis, sont autant à plaindre. L'impression qui se dégage du récit de leur transhumance est celle d'une certaine extermination, comme si les banques et les sociétés ne souhaitaient qu'une chose: que ces milliers de personnes soient rayées de la carte, qu'elles disparaissent afin de ne plus les gêner. Comme si le seul moyen de s'en débarasser était de les laisser mourir de faim...
Très émue par ce magnifique roman, je me suis aussi souvenue d'une chanson, que je n'ai pourtant plus écoutée depuis des années: "The Ghost of Tom Joad", de Bruce Springsteen. Inspirée par
Les Raisins de la colère (comme Springsteen le précise dans ses remerciements à la fin de l'album), la chanson est aussi touchante que le roman.