> Jean Pavans (Traducteur)

ISBN : 2253140058
Éditeur : Le Livre de Poche (1996)


Note moyenne : 4.08/5 (sur 12 notes) Ajouter à mes livres
Les échos de la guerre ne parvenaient qu'à peine dans ce village perdu au fin fond de la Scandinavie.
Jusqu'au jour où les premiers soldats nazis apparurent au sommet de la côte.. Quel comportement adopter ? C'est finalement une forme de résistance qui va prévalo... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 5.00/5
    Par jbpointel, le 26 mai 2012

    jbpointel
    "À dix heures quarante-cinq tout était terminé. La ville était occupée, les défenseurs étaient décimés, et la guerre était finie." C'est avec cette brève description que s'ouvre ce livre de Steinbeck. le livre est d'une concision, d'une précision dans l'écriture, une véritable orfèvrerie. Les mots sont pesés et bien posés. Excepté quelques descriptions générales, ce court roman (ou longue nouvelle) se dévoile comme une pièce de théâtre. Les dialogues sont aiguisés, tranchants, percutants. La psychologie des personnages est travaillée et les rend attachants, tous.
    L'histoire, en quelque mots, est celle d'un petit village scandinave (selon les brefs descriptifs, cela correspondrait à un village norvégien à proximité de Bergen ou de Stavanger, a priori) qui se retrouve - comme l'ensemble du pays - envahi par l'Allemagne nazie. L'attaque est éclaire et bien préparée et est intégralement décrite dans les deux premières pages. L'intérêt est la situation qui suit : l'occupation. Plusieurs personnages entrent en jeu, bien que deux catalysent l'attention : le maire Orden et le colonel Lanser. Réussir une occupation sans mort ni rancoeur, tel est l'objectif de Lanser. Orden, quant à lui, est à l'image de sa ville. Il en est l'incarnation. Comme elle, il hésite, il est perturbé ; comme elle, il s'indigne ; comme elle, il résiste. Tous les personnages sont importants, aucune partie n'est ennuyeuse ou trop longue. le lecteur sent le village respirer, hésiter, s'engager. Nous assistons, impuissants comme le marie et le colonel, à la lente et inexorable dégradation des relations, à l'oppression, au changement d'ambiance et à l'issue inévitable - à laquelle pourtant les nazi espéraient échapper. Tout est prenant, des soldats et des officiers - persuadés de leur cause -, du collaborateur - qui ne comprend pas qu'il puisse ne plus être apprécié dans son village -, du personnel de la mairie - qui, d'idiots, passent au stade de héros -, des villageois divers, martyrs, résistants, mineurs, enfants... Tous, même le médecin Winter - pourtant le plus réfléchi - sont dépassés par les événements et se retrouvent "contraints" d'agir et de subir les conséquences des faits. Leur volonté n'est pas dans l'issue, seulement dans la manière d'y parvenir. Les paroles du maire résonne avec une puissance terrible...
    Cet ouvrage, écrit en 1942, demeure très actuel et interroge énormément sur la possibilité d'une occupation paisible dès lors que le peuple est conquis. Tout est admirablement décrit, avec une empathie rare, qui nous empêche de voir le monde de manière manichéenne. Ce ne sont que des hommes, victimes, toutes. La problématique du livre, le rapport à la conquête militaire et à la résistance comme acte d'existence, la liberté et la vie en communauté, renvoie de manière aigüe aux situations guerrières actuelles. Que ce soit les guerres en Irak ou en Afghanistan, ou même la situation palestinienne, Steinbeck nous renvoie à la difficulté de s'imposer à autrui.
    Un bijou à dévorer. Très accessible et toujours actuel. Ne passez pas à coté !
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Citations et extraits

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  • Par jbpointel, le 26 mai 2012

    Le médecin lança un regard interrogatif au maire. Orden commença d'une voix lente :
    - Je veux parler simplement. C'est une petite ville. La justice et l'injustice sont des mots de peu de poids. Votre frère a été fusillé et Alex Morden a été fusillé. La trahison appelle la vengeance. Les gens sont en colère et ils n'ont aucun moyen de se battre. Mais tous les mots ont peu de poids. C'est peuple contre peuple, et non idée contre idée.
    - C'est étrange de la part d'un médecin de penser à la destruction, dit Winter, mais je pense que tous les peuples envahis veulent résister. Nous sommes désarmés ; nos esprits et nos corps ne suffisent pas. L'esprti d'un homme désarmé s'effondre.
    - Que signifie tout ça, Monsieur ? interrogea Will Anders. Qu'attendez-vous de nous ?
    - Nous voulons les combattre et nous ne pouvons pas, répondit Orden. À présent, ils utilisent la faim contre nous. La faim affaiblit. Vous deux, vous allez partir pour l'Angleterre. Peut-être que personne ne vous écoutera, mais demandez-leur de notre part.... de la part d'une petite ville... de nous envoyer des armes.
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  • Par jbpointel, le 26 mai 2012

    - Ma foi, reprit Tonder, j'aimerais bien sortir de ce trou perdu.
    - Je croyais que vous vouliez vivre ici après la guerre, lança Prackle ; puis, en imitant la voix de tondre : Réunissons quatre ou cinq fermes, pour en faire une belle propriété, une sorte de domaine familial. Ce n'est pas ce que vous avez dit ? Vous voudriez être un petit seigneur de la vallée, n'est-ce pas ? De braves gens agréables, de belles pelouses, des daims et des petits enfants. Ce n'était pas votre idée, Tonder ?
    En entendant cela, Tonder Laissa retomber ses mains, puis il les porta à ses temps, et déclara avec émotion :
    - Du calme ! Ne parlez pas comme ça ! Ces gens ! Ces gens horribles ! Ces gens froids ! Ils ne vous regardent jamais. Ils ne parlent jamais. Ils répondent comme des spectres. Ils obéissent, ces gens horribles. Et les filles sont glaciales ! fit-il en frissonnant.
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  • Par jbpointel, le 26 mai 2012

    - Alex, ces hommes sont des envahisseurs. Ils ont pris notre pays par surprise, par traîtrise, et par force.
    - Mon colonel, dit le capitaine Loft, on ne devrait pas tolérer cela.
    - Chut ! souffla Lanser. Vaut-il mieux l'entendre, ou préférez-vous qu'on le chuchote dans notre dos ?
    Orden continua comme s'il n'avait pas été interrompu.
    - Quant ils sont arrivés, les gens ont été troublés, et moi aussi j'ai été troublé. Nous ne savions que faire ou que penser. Vous avez été le premier à agir clairement. Votre colère personnelle a été le commencement de la colère collective. Je sais qu'on dit en ville que je suis de leur côté. Je peux montrer à la ville que ce n'est pas le cas, mais vous... vous allez mourir. Je veux que vous le sachiez.
    Alex baissa la tête puis la releva.
    - Je sais, Monsieur.
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  • Par jbpointel, le 26 mai 2012

    Tels étaient les hommes de l'état-major, jouant à la guerre comme les enfants jouent à saute-mouton. Le commandant Hunter considérait la guerre comme un problème d'arithmétique à résoudre avant de retourner au coin de son feu ; le capitaine Loft comme la carrière convenable d'un jeune homme convenablement éduqué ; et les lieutenants Prackle et Tonder comme une chose onirique où rien n'était vraiment réel. Et leur guerre avait été jusqu'alors un jeu - avec de belles armes et une belle tactique contre un ennemi sans tactique et sans armes. Ils n'avaient perdu aucun combat et n'avaient subi que peu de pertes. Dans le feu de l'action, ils étaient capables de courage ou de lâcheté, comme tout un chacun. Seul parmi eux le colonel Lanser savait ce que cela signifiait vraiment à long terme.
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  • Par jbpointel, le 26 mai 2012

    Lanser avait été en Belgique et en France pendant vingt ans auparavant et il essayait de ne pas penser à ce qu'il savait - que la guerre est haine et perfidie, embrouillamini de généraux incompétents, torture, tuerie, écoeurement, épuisement, jusqu'à ce qu'elle s'achève enfin sans avoir rien changé, à part de nouvelles lassitudes et de nouvelles haines. Lanser se disait qu'il était un soldat, chargé seulement de transmettre des ordres ; on n'attendait pas de lui qu'il se mît à penser et à poser des questions ; et il s'efforçait de mettre de côté les souvenirs écoeurants de l'autre guerre et la certitude que ce serait la même chose. Celle-ci serait différente, se répétait-il cinquante fois par jour : celle-ci serait très différente.
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