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ISBN : 2869597630
Éditeur : Arléa (2007)

Note moyenne : 3.37/5 (sur 19 notes)
Résumé :
Nous avons tendance à oublier que les livres, éminemment vulnérables, peuvent être supprimés ou détruits. Ils ont leur histoire, comme toutes les autres productions humaines, une histoire dont les débuts mêmes contiennent en germe la possibilité, l'éventualité d'une fin. George Steiner souligne ainsi la permanence sans cesse menacée et la fragilité de l'écrit en s'intéressant paradoxalement à ceux qui ont voulu - ou veulent- la fin du livre. Son éblouissante approch... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
Christw
Christw12 avril 2014
  • Livres 5.00/5
"Les contestataires du livre et ses ennemis ont toujours été parmi nous. Les hommes et les femmes de livre, si je puis reprendre, en l'élargissant, cette catégorisation victorienne raffinée, s'arrêtent rarement à considérer la fragilité de leur passion."
Pourquoi Georges Steiner se montre-t-il alarmiste ? À quoi sommes-nous peu attentifs qui pourrait léser notre passion des livres ? Suivons la réflexion de l'essayiste développée en une quarantaine de pages aux éditions Arléa.
[...]
Plus proche de note époque, l'émergence de deux grands courants contestataires du livre méritent attention.
Le premier est appelé par Steiner «pastoralisme radical», apparu avec Rousseau. L'idée que l'arbre de la pensée et de l'étude est gris, tandis que celui de l'élan vital est éternellement vert, résume bien ce courant. C'est ce que proclame Wordsworth lorsqu'il affirme qu'une « impulsion printanière sur l'arbre » vaut bien plus que toute érudition livresque. Les livres parasitent la conscience immédiate et les laisser influer sur nos vies revient à renoncer aux risques et à l'extase que donne le rapport primaire, premier, aux choses. William Blake, Thoreau et D.H. Lawrence ont revendiqué cette forme d'authenticité. (Rapprochons cette thématique de l'idée exprimée aujourd'hui par Pierre Bergounioux dans son excellent Jusqu'à Faulkner).
Le second courant hostile au livre pose une question simple : en quoi peut-il contribuer à soulager l'humanité souffrante, quels affamés ont été nourris par un livre ? demandent les nihilistes et révolutionnaires anarchistes de la Russie tsariste au tournant du 19e siècle. Face à l'extrême misère, il y a pour les nihilistes de l'obscénité dans la cote d'un manuscrit rare ou d'une édition princeps. Tolstoï lui-même avancera que la grande culture, la grande littérature en particulier, ont une influence délétère, qui affecte la spontanéité et le fondement moral des hommes et des femmes. Tolstoï, répudiant ses propres fictions, prône que le seul besoin est un bréviaire qui lui donne l'essentiel de l'Imitatio Christi. Il sait parfaitement, et s'en réjouit, l'absence de l'écrit dans l'enseignement de Jésus. En Russie toujours, la révolution dont la tâche essentielle est celle du renouveau de la conscience humaine, le poids accablant du passé – statues marmoréennes des grands classiques canonisés ! - doit être rejeté et les livres anciens brûlés. Alors seulement les penseurs et poètes futuristes pourront se faire entendre. Mais Heine affirmait déjà en 1821 devant les autodafés de nationalistes allemands : "Là où aujourd'hui on brûle des livres, demain on brûlera des hommes... "
[...]
Intellectuel, mandarin universitaire, rat de bibliothèque, Steiner aborde pour conclure l'emprise de l'imaginaire, sa grande hantise qu'il espère n'être qu'une hypothèse psychologique erronée. "L'imaginaire, l'abstraction conceptuelle sont capables d'envahir et d'obséder le siège de notre sensibilité. » [….]. L'érudit, le vrai lecteur, le faiseur de livres est saturé par l'intensité terrible de la fiction." Les personnages sont capables d'acquérir une force de vie, un pouvoir sur le temps et l'oubli dont aucun humain n'est capable. La réalité est déformée au point de ne plus entendre le cri dans la rue, qui n'est rien au regard de celui de Lear à Cordélia. Des milliers de morts dans le monde affectent moins que la mutilation du chef-d'oeuvre dans un musée. Nous-mêmes, n'allons-nous pas être davantage retournés par les pages d'un Dickens poignant entre nos mains lisses que par le malheureux aux doigts sales et gelés quémandant un sou sur le trottoir en bas ?

Et Steiner pose cette interrogation : "En tant que professeur pour qui la littérature, la philosophie, la musique, les arts sont la matière même de la vie, comment puis-je traduire cette nécessité pour moi, en une lucidité morale, consciente des besoins humains, de l'injustice qui rend à ce point possible une si haute culture? Les tours qui nous isolent sont plus solides que de l'ivoire. Je ne connais pas de réponse à cette question. "
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Srafina
Srafina30 août 2015
  • Livres 4.00/5
Très court recueil, lu dans le cadre du challenge Méli-Mélo, qui nous raconte l'approche de George Steiner par rapport au livre, il s'intéresse ici au caractère fragile de l'écrit et en particulier du livre.
Et c'est à une histoire du livre depuis les tout premiers écrits qu'il nous invite : la succession de l'écrit à la transmission orale et de la mémoire.Il nous rappelle qu'à l''époque de Socrate et de Jésus de Nazareth, l'enseignement se faisait par oralité et non par écrit, tout se faisant par allégorie et par paraboles, avant que tout ce savoir ne passe plus tard par la forme écrite .Le passage à l'écrit et donc le livre ne fut réservé au début qu'à une élite proche du pouvoir ou de l'Église.
Et lorsque le livre se développa grâce à l'imprimerie la censure se mit en place, des écrits comme ceux de Galilée et autres, furent jugés comme subversifs et interdit, sinon détruits.
Beaucoup plus récent, le siècle dernier, fut le théâtre de conflits atroces, qui démarrèrent souvent par l'élimination d'une littérature non conforme aux normes des pouvoirs en place, comme le nazisme et le stalisnisme, préfiguration de ce qui arriva aux hommes eux-mêmes.
Et puis à présent, époque du tout numérique, le livre doit trouver sa place, avec le tout et n'importe quoi… avec le foisonnement de tant d'écrits, on peut se demander si la censure ne devrait pas se faire d'elle même, pour que les dérives (appel à la haine, négationnismes, appels au meurtres etc.) ne se mettent pas systématiquement en place.
Et un plus, à ce dire que le silence des livres a laissé place à l'époque contemporaine, à un monde où le silence dans la lecture est devenu un luxe presque suspect.
Une lecture instructive qui m'a demandé un gros effort de concentration, et donc d'être vraiment à ma lecture car pas si simple !!!!
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girafe83500
girafe8350022 juillet 2015
  • Livres 2.00/5
Je ne ferais pas une analyse d'une analyse, voici ce que j'ai trouvé en point phare :
L'auteur porte ses réflexions au lecteur à propos de l'écriture, de sa place à travers les âges, de son évolution et de ce qu'elle apporte à une société. Il souligne bien le côté fragile du livre dans les différentes civilisations, livres témoins parfois détruits en masse car garant de l'évolution de l'humanité et forgeant les esprits.
Son côté tranché (Steiner) est tempéré dans un second temps par la vision de Michel Crépu. Toutefois, les deux auteurs finissent par s'accorder sur le fait que la lecture est en perdition aussi bien à cause de notre façon de lire que par la qualité des écrits (médiocrité favorisée et voulu).
Tout ceci est abordé par une approche philosophique où le langage est omniprésent. On retiendra un balayage clair de "l'histoire" de l'écriture, on sera gêné par quelques envolées "lyriques" qui perdent parfois le lecteur.
Ce live a le mérite de faire réfléchir sur des constats simples, même si je n'ai pas été séduite par le style professoral.
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Nanne
Nanne27 décembre 2009
  • Livres 3.00/5
Pour retrouver traces des premiers écrits, sans doute faut-il remonter au 2ème millénaire avant notre ère, dans la Chine ancienne. En occident, par contre, la tradition orale a précédé toutes formes d'écrit parvenus jusqu'à nous. Bien avant d'écrire, on parlait, on chantait, on usait de la voix.
Ainsi, Socrate n'écrit pas. Il parle. Il transmet. Point d'usage du livre. Ou si peu. A cela, rien d'étonnant. Socrate était un orateur né, de grand talent. Tout passait par son comportement, sa gestuelle, son oralité, cette capacité à fasciner disciples et amants, par son charisme et cette théâtralité du langage. Platon, son élève - écrivain prolifique et hors pair - critiquera la notion même d'écrit dans "Phèdre". En effet, un texte, un livre, a une autorité naturelle, possède une certaine forme de revendication. Il affirme, il assène. Au contraire, l'oral, le verbal, permet la contradiction, le retour en arrière, l'échange.
Lien : http://dunlivrelautredenanne..
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Citations & extraits (3) Ajouter une citation
NanneNanne27 décembre 2009
On peut le voir à l'œuvre dans l'utopie pédagogique de Rousseau dans l'Emile, dans le diktat goethien selon lequel l'arbre de la pensée et de l'étude reste éternellement gris, tandis que celui de la vie en actes, de la vie-force et de l'élan vital est vert. Le pastoralisme radical anime la pensée de Wordsworth lorsqu'il affirme qu'une "impulsion printanière sur l'arbre" vaut bien plus que toute l'érudition livresque. Quelque éloquent ou instructif qu'il puisse être, le savoir que donnent les livres, et la lecture, vient en second. Ils parasitent la conscience immédiate.
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NanneNanne27 décembre 2009
Nous avons tendance à oublier que les livres, éminemment vulnérables, peuvent être supprimés ou détruits. Ils ont leur histoire, comme toutes les autres productions humaines, une histoire dont les débuts mêmes contiennent en germe la possibilité, l'éventualité d'une fin.
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girafe83500girafe8350022 juillet 2015
Au fur et à mesure que la civilisation urbaine et industrielle assoit sa domination, le niveau de nuisance sonore connaît une inflation exponentielle, qui confine aujourd'hui à la folie. Pour les privilégiés, à l'âge classique de la lecture le silence est encore une denrée rare accessible dont le prix cependant ne cesse d'augmenter.
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