> Béatrice Didier (Éditeur scientifique)

ISBN : 207036447X
Éditeur : Gallimard (1973)


Note moyenne : 3.31/5 (sur 13 notes) Ajouter à mes livres
On a écrit que l'auteur de "la Chartreuse de Parme" avait souhaité "d'être à soi-même plus intérieur et plus étranger qu'il n'est permis". Telle est l'ambiguïté de ce texte capital, véritable confession où Stendhal s'efforce de rejoindre Henri Beyle, et où, en retour, l... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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  • Par keisha, le 12 juin 2011

    keisha
    La même idée d'écrire my life [sic] m'est venue dernièrement pendant mon voyage de Ravenne : à vrai dire, je l'ai eue bien des fois depuis 1832, mais toujours j'ai été découragé par cette effroyable difficulté des Je et des Moi..."

    La cinquantaine venue, Stendhal qui réside en Italie commence à noircir ses carnets de ses souvenirs. Famille, souvenirs d'enfance, vie en province à Grenoble, études, montée à Paris (déception : il n'a a pas de montagnes et les arbres sont taillés) puis en 1800 les guerres napoléoniennes en Italie. Il n'a pas de documents pour vérifier ses souvenirs (il note souvent de voir à tel endroit, préparant un travail ultérieur qui ne viendra d'ailleurs pas), se moque de ses erreurs de dates, en fait, ne cache pas ses hésitations. Il ne cherche pas à se faire mousser, il écrit pour lui, sera-t-il lu encore en 1880? Ce document, écrit en 1835-1836, interrompu en 1800, même si Stendhal évoque ce que vont devenir les rencontres de sa jeunesse, n'a été publié qu'en 1890.

    Alors, un écrit mineur sans intérêt? Oh que non! Stendhal n'a pas repris son texte, mais tel quel son talent éclate, il excelle à croquer ses contemporains en deux trois lignes, souvent avec ironie ("un joli homme, coquin à tout faire" ; " ce grand hâbleur, si nul comme peintre" ; etc...). L'impression de naturel, d'honnêteté, de sincérité éclate. le flou ou les ellipses dans ses souvenirs y contribuent aussi. le texte est parsemé de croquis légendés de Stendhal.

    Ce qui frappe d'emblée, c'est l'amour de Stendhal pour sa mère, décédée très tôt, et la haine à l'égard de son père, qui l'empêche de fréquenter des enfants de son âge (il y aurait de l'Oedipe dans l'air...). Il déteste la monarchie et la religion (il suffisait pour cela que son père les soutienne...), respecte son grand père et sa tante, du côté maternel, bien sûr.

    "Je ne puis voir la physionomie des choses, je n'ai que ma mémoire d'enfant. Je vois des images, je me souviens des effets sur mon coeur, mais pour les causes et la physionomie néant." "Beaucoup de choses me reviennent en écrivant." Il est bien conscient aussi qu'un souvenir peut avoir été créé par un récit ou qu'une gravure détruit un souvenir réel.

    Il a croisé la femme qui inspira à Laclos Madame de Merteuil. Une jolie anecdote aussi sur le baron des Adrets, en retard au diner car il lisait La nouvelle Héloïse.
    "Enfin cet homme si froid arriva tout en larmes.
    'Qu'avez vous donc, mon ami?' lui dit Mme des Adrets tout alarmée.
    'Ah! Madame, Julie est morte! ' et il ne mangea presque pas."

    " Si j'eusse parlé vers 1795 de mon projet d'écrire, quelque homme sensé m'eût dit : ' Ecrivez tous les jours pendant deux heures, génie ou non.' Ce mot m'eût fait employer dix ans de ma vie dépensés niaisement à attendre le génie."

    J'avoue maintenant avoir voulu découvrir cette Vie de Henry Brulard surtout pour voir in situ les célèbres passages sur les mathématiques (matière qu'adorait Stendhal, en dépit des méthodes éducatives de l'époque)
    "Suivant moi, l'hypocrisie était impossible en mathématiques et, dans ma simplicité juvénile, je pensais qu'il en était ainsi dans toutes les sciences où j'avais ouï dire qu'elles s'appliquaient. Que devins-je quand je m'aperçus que personne ne pouvait m'expliquer comment il se faisait que : moins par moins donne plus (- x - = +)? "
    Son problème était de comprendre pourquoi en multipliant des dettes on se retrouve à la tête d'une fortune?
    (cependant je dispense mon lecteur fatigué du joli passage sur la résolution des équations...)

    Mais je veux partager cette perle, au sujet de romans d'un médiocre intérêt :
    "Mais ce n'étaient pas des plaisirs littéraires. Ce sont de ces livres qu'on ne lit que d'une main, comme disait Mme...".

    Au total : une lecture fort agréable et instructive, où j'ai aimé picorer suivant mon humeur, une promenade en compagnie d'un honnête homme qui ne craint pas de montrer ses faiblesses.

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-vie-de-henry-bru..
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    • Livres 4.00/5
    Par valetudinaire, le 19 avril 2011

    valetudinaire
    La Vie de Henry Brulard n'est ni une autobiographie complète ou totale, ni réellement un Journal, mais davantage un travail de dégagement, d'expiation de toutes ses douleurs passées. C'est le roman de sa vie détestée, et du moment où il a enfin découvert le bonheur. A l'inverse de Rousseau, ce n'est pas un récit de l'apitoiement, de la tristesse, etc. mais bien le récit d'un enfant/adolescent qui s'est "battu" pour se diriger vers ce qu'il aimait, en passant parfois par des sacrifices obligatoires, des désillusions, des doutes. Quelques moments à vide, des histoires parfois inintéressantes, mais il se dégage une telle foi dans ses propos, que tout parait touchant et sincère (il se préoccupe beaucoup de l'intérêt que son lecteur pourrait porter à l'ouvrage également) ; une vraie force. Une fois ce livre fini, c'est pour lui le moment de passer à autre chose. Si l'autobiographie n'a pas de but, alors elle est vaine ; il semblerait qu'il ait trouvé le sien.
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    • Livres 4.00/5
    Par cicou45, le 08 août 2011

    cicou45
    A travers cette oeuvre, Stendhal qui entend livrer au lecteur les grandes lignes de sa vie (en effet, celle-ci ne peut pas être totalement objective puisque l'auteur parle de lui et qu'il est toujours plus difficile de parler de soi que d'un personnage fictif ou encore d'un auteur, comme nous le faisons d'ailleurs tous sur ce site) qui restera bien évidemment inachevée puisque l'auteur ne peut pas nous narrer sa propre mort ou encore les impacts qu'il laissera sur terre bien après celle-ci. Cependant, nous, lecteurs, nous pouvons le faire car nous avons un regard extérieur à ce qu'a réellement été sa vie et sur l'immense héritage culturel et littéraire qu'il nous a laissé.
    Enfin, pour en revenir à ce livre, je dirais qu'il s'agit d'une oeuvre très passionnante pour quiconque est un tant soit peu intéressé par le Stendhal écrivain car ici, nous apprenons à connaître Henry nourrisson, puis étudiant et futur écrivain de renom. A découvrir !
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    • Livres 4.00/5
    Par iris, le 31 mars 2008

    iris
    La pratique du souvenir selon Stendhal obéit à des lois très précises: aller au plus vrai en écrivant le plus immédiat, tout ce qui passe par la tête, quitte à dessiner des croquis approximatifs quand les mots ne suffisent pas. On se croirait dans un Journal intime, au plus près de l' auteur, de sa haine de Grenoble, et de son père, de ses souvenirs d'enfance éparpillés, et on se sent abandonné à la fin de ce livre inachevé, quand les mots se dérobent pour raconter "l'amour fou".
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Citations et extraits

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  • Par valetudinaire, le 18 avril 2011

    Je trouve sans doute beaucoup de plaisir à écrire depuis une heure, et à chercher à peindre bien juste mes sensations du temps de Mlle Kubly, mais qui diable aura le courage de couler à fond, de lire cet amas excessif de je et de moi ? cela me paraît puant à moi-même. C'est là le défaut de ce genre d'écrit où, d'ailleurs, je ne puis relever la fadeur par aucune sauce de charlatanisme. Oserais-je ajouter : comme les Confessions de Rousseau ? Non, malgré l'énorme absurdité de l'objection, l'on va encore me croire envieux ou plutôt cherchant à établir une comparaison effroyable par l'absurde avec le chef-d'oeuvre de ce grand écrivain.
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  • Par keisha, le 12 juin 2011

    Si j'eusse parlé vers 1795 de mon projet d'écrire, quelque homme sensé m'eût dit : ' Ecrivez tous les jours pendant deux heures, génie ou non.' Ce mot m'eût fait employer dix ans de ma vie dépensés niaisement à attendre le génie.
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  • Par keisha, le 12 juin 2011

    Suivant moi, l'hypocrisie était impossible en mathématiques et, dans ma simplicité juvénile, je pensais qu'il en était ainsi dans toutes les sciences où j'avais ouï dire qu'elles s'appliquaient. Que devins-je quand je m'aperçus que personne ne pouvait m'expliquer comment il se faisait que : moins par moins donne plus (- x - = +)?
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  • Par keisha, le 12 juin 2011

    La même idée d'écrire my life [sic] m'est venue dernièrement pendant mon voyage de Ravenne : à vrai dire, je l'ai eue bien des fois depuis 1832, mais toujours j'ai été découragé par cette effroyable difficulté des Je et des Moi..
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  • Par valetudinaire, le 18 avril 2011

    Mon beau idéal littéraire a plutôt rapport à jouir des oeuvres des autres et à les estimer, à ruminer sur leur mérite, qu'à écrire moi-même.
    Vers 1794 j'attendais niaisement le moment du génie. A peu près comme la voix de Dieu parlant du buisson ardent à Moïse. Cette nigauderie m'a fait perdre bien du temps, mais peut-être m'a empêché de me contenter du demi-plat comme font tant d'écrivains de mérite.
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Extrait du fim "La Chartreuse de Parme", Christian-Jaque, 1948








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