Stendhal nous livre ici l'une des premières biographies de Napoléon. Écrivant au temps d'une Restauration qui se passerait bien de son souvenir l'auteur, prudent, a toutefois le culot de défendre l'Empereur alors en exil à Sainte-Hélène.
Tyran ? Traitre aux idéaux d'une Révolution dont il était le fils ? C'est ce que beaucoup affirment; pensons par exemple à la fameuse
Madame de Staël, féministe libérale dont la plume acerbe lui tapait sérieusement sur les nerfs.
Stendhal quant à lui va à contre-courant et dresse un portrait ambigu, paradoxal parfois, de celui qu'il qualifie d'un "des plus grands génies qui ait jamais vécu".
S'il a servit aux quatre coins de l'Europe sous ses différents régimes il ne s'attarde pourtant pas sur ses conquêtes militaires (tout juste forment-elles comme une toile de fond) mais se concentre plutôt sur la personnalité changeante d'un personnage qui, il le reconnait lui-même, est difficile à comprendre et n'a pas finit de faire couler beaucoup d'encre.
Le représentant comme un génie, un homme extraordinaire il sait aussi se montrer critique. On ne sait pas trop ce qu'il en pense vraiment, d'ailleurs. Trop sentimental, sa naïveté politique l'aurait conduit à des erreurs qui lui coutèrent l'Empire ou, au contraire, son tempérament instable, incapable d'accepter les critiques, n'aurait suscité chez ses conseillers que l'envie de plaire, favorisant ainsi l'apparition d'une petite clique de courtisans incapables dont certains, nous dit-on, le détruisirent "bien plus que la bataille de Waterloo". Un homme génial mais qualifié de "fou", despote certes mais dont le despotisme est expliqué (excusé ?) : on le comprends, le style engagé, fougueux par moment sert une vue bien personnelle et contradictoire de Napoléon.
S'il est bien difficile de se faire une opinion, à moins d'avoir les idées bien arrêtées sur l'Empereur lui-même, cette biographie, en tous cas, se lit vite et comme un roman.