ISBN : 2070362523
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.56/5 (sur 18 notes) Ajouter à mes livres
Comment s'était formée cette rue flottante ? quels marins, avec l'aide de quels architectes, l'avaient construite dans le haut Atlantique à la surface de la mer, au-dessus d'un gouffre de six mille mètres ? Cette longue rue aux maisons de briques rouges si décolorées qu... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 3.00/5
    Par cicou45, le 12 octobre 2011

    cicou45
    Ce recueil comprend huit nouvelles à savoir "L'enfant de la haute mer", nouvelle éponyme de l'ouvrage, "Le Boeuf et l'Âne et la Crèche", "L'Inconnue de la Seine", "Les Boiteux du Ciel", "Rani", "La jeune fille à la voix de violon, "Les suites d'une course" et enfin "La piste et la mare".
    Il est vrai que le thème de l'eau est omniprésent dans toutes ces nouvelles mais un autre qui est tout aussi important et à ne surtout pas négliger est celui de la mort. Bien que l'écriture de Jules Supervielle soit pleine de poésie, j'ai néanmoins ressenti un certain malaise à lire ces nouvelles en raison de l'atmosphère morbide qui s'en réchappent.
    L'écriture est néanmoins très agréable et l'auteur s'amuse à jouer tantôt sur l'humour tantôt sur le drame. Certaines nouvelles m'ont donc à la fois fait sourire telles "Les suites d'une course" dans laquelle cavalier et cheval portent le même nom, aussi bien que le maître, se sentant plus cheval qu'homme, fini par se transformer en monture ou émue ou encore "La jeune fille à la voix de violon" alors que d'autres m'ont au contraire émue et m'ont même laissée avec un certain mal-être.
    Je recommande néanmoins cette lecture car celle-ci reste agréable et se lit en un rien de temps.
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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 04 juin 2011

    brigittelascombe
    "Et si nous regardions la vie par ses interstices?" cette question posée par Jules Supervielle tourne en vrille dans ce recueil de prose poétique.
    Orphelin très jeune, l'auteur qui nous livre ici huit nouvelles courtes ou plutot huit petits contes, reste toujours attentif aux fantomes de son monde intérieur. Son enfance uruguayenne, sa vie d'un océan à l'autre, le thème de la différence,du doute,de la solitude et de la mort abordée de façon pudique parsèment ses écrits.Se dissociant des surréalistes, il évoque le mystère de l'absence et l'irréalité de la mort d'une manière apparentée au fantastique.
    Ce livre jeunesse est tout public, c'est du rêve, de l'âme profonde, non de l'inconscient.
    Tour à tour nous découvrons ici des personnages délaissés entre vie et mort:
    la petite fille prisonnière d'une rue flottante, qui habite seule un village liquide, née de l'imagination de son père marin et qui revit grace à lui.
    la jeune noyée de la Seine, son vécu et son ressenti par rapport aux autres noyés
    le boiteux qui a aimé une jeune femme sans jamais oser l'aborder dans une bibliothèque et qui au ciel vit pleinement son amour
    le boeuf et l'ane de la crèche émerveillés face au petit jésus.
    Rani le jeune indien défiguré rejeté par sa tribu et son pouvoir de vengeance
    la fillette à la voix de violonqui garde le silence de peur de révéler ses sentiments
    la métamorphose d'un homme en cheval
    la fin sordide d'un vagabond
    Bref, des histoires surprenantes, décalées où la souffrance est traitée par touches légères qui chuchotent, se racontent et flottent un peu devant nos yeux comme une petite fille de la haute mer.
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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 04 novembre 2011

    [ "L’enfant de la haute mer " ]

    Par moments, elle écoutait avec une soumission absolue, écrivait quelques mots, écoutait encore, se remettait à écrire, comme sous la dictée d'une invisible maîtresse. Puis l'enfant ouvrait une grammaire et restait longuement penchée, retenant son souffle, sur la page 60 et l'exercice CLXVIII, qu'elle affectionnait. La grammaire semblait y prendre la parole pour s'adresser directement à la fillette de la haute mer :

    — Êtes-vous ? — pensez-vous ? — parlez-vous ? — voulez-vous ? — faut-il s'adresser ?— se passe-t-il ? — accuse-t-on ? — êtes-vous capable ? — êtes-vous coupable ? — est-il question ? — tenez-vous ce cadeau ? eh ! — vous plaignez-vous ?
    (Remplacez les tirets par le pronom interrogatif convenable, avec ou sans préposition.)

    Parfois l'enfant éprouvait un désir très insistant d'écrire certaines phrases. Et elle le faisait avec une grande application.

    En voici quelques-unes, entre beaucoup d'autres :
    — Partageons ceci, voulez-vous ?
    — Écoutez-moi bien. Asseyez-vous, ne bougez pas, je vous en supplie !
    — Si j'avais seulement un peu de neige des hautes montagnes la journée passerait plus vite.
    — Écume, écume autour de moi, ne finiras-tu pas par devenir quelque chose de dur ?
    — Pour faire une ronde il faut au moins être trois.
    — C'étaient deux ombres sans tête qui s'en allaient sur la route poussiéreuse.
    — La nuit, le jour, le jour, la nuit, les nuages et les poissons volants.
    — J'ai cru entendre un bruit, mais c'était le bruit de la mer.

    Ou bien elle écrivait une lettre où elle donnait des nouvelles de sa petite ville et d'elle-même. Cela ne s'adressait à personne et elle; n'embrassait personne en la terminant et sur l'enveloppe il n'y avait pas de nom.

    Et la lettre finie, elle la jetait à la mer - non pour s'en débarrasser, mais parce que cela devait être ainsi - et peut-être à la façon des navigateurs en perdition qui livrent aux flots leur dernier message dans une bouteille désespérée.

    Le temps ne passait pas sur la ville flottante : l'enfant avait toujours douze ans. Et c'est en vain qu'elle bombait son petit torse devant l'armoire à glace de sa chambre. Un jour, lasse de ressembler avec ses nattes et son front très dégagé à la photographie qu'elle gardait dans son album, elle s'irrita contre elle-même et son portrait, et répandit violemment ses cheveux sur ses épaules espérant que son âge en serait bouleversé. Peut-être même la mer, tout autour, en subirait-elle quelque changement et verrait-elle en sortir de grandes chèvres à la barbe écumante qui s'approcheraient pour voir.
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  • Par mandarine43, le 06 novembre 2011

    [ "Le boeuf et l'âne de la crèche" ]

    L'âne se tient à gauche de la crèche, le bœuf à droite, places qu'ils occupaient au moment de la Nativité et que le bœuf, ami d'un certain protocole, affectionne particulièrement. Immobiles et déférents ils restent là durant des heures, comme s'ils posaient pour quelque peintre invisible.
    L'enfant baisse les paupières. Il a hâte de se rendormir. Un ange lumineux l'attend, à quelques pas derrière le sommeil, pour lui apprendre ou peut-être pour lui demander quelque chose.
    L'ange sort tout vif du rêve de Jésus et apparaît dans l'étable. Après s'être incliné devant celui qui vient de naître, il peint un nimbe très pur autour de sa tête. Et un autre pour la Vierge, et un troisième pour Joseph. Puis il s'éloigne dans un éblouissement d'ailes et de plumes, dont la blancheur toujours renouvelée et bruissante ressemble à celle des marées.
    - II n'y a pas eu de nimbe pour nous, constate le bœuf. L’ange a sûrement ses raisons pour. Nous sommes trop peu de chose, l'âne et moi. Et puis qu'avons-nous fait pour mériter cette auréole ?
    - Toi tu n'as certainement rien fait, mais tu oublies, que moi j'ai porté la Vierge.
    Le bœuf pense par-devers lui :
    « Comment se fait-il que la Vierge si belle et si légère cachait ce bel enfançon ? »
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  • Par mandarine43, le 05 novembre 2011

    [ "Le bœuf et l'âne de la crèche" ]

    Le bœuf et l'âne sont allés brouter jusqu'à la nuit. Alors que les pierres mettent d'habitude si longtemps à comprendre, il y en avait déjà beaucoup dans les champs qui savaient. Ils rencontrèrent même un caillou qui, à un léger changement de couleur et de forme, les avertit qu'il était au courant.
    II y avait aussi des fleurs des champs qui savaient et devaient être épargnées. C'était tout un travail de brouter dans la campagne sans commettre de sacrilège. Et manger sans commettre de sacrilège. Et manger semblait au bœuf de plus en plus inutile. Le bonheur le rassasiait.
    Avant de boire aussi, il se demandait : « Et cette eau, sait-elle ? »
    Dans le doute il préférait ne pas en boire et s'en allait un peu plus loin vers une eau bourbeuse qui manifestement ignorait tout encore.
    Et parfois rien ne le renseignait sinon une douceur infinie dans sa gorge au moment où il avalait l'eau. « Trop tard, pensait le bœuf, je n'aurais pas dû en boire. »
    II osait à peine respirer, l'air lui semblait quelque chose de sacré et de bien au courant. Il craignait d'aspirer un ange.
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  • Par mandarine43, le 26 novembre 2011

    [ "Les boiteux du ciel" ]

    De temps en temps une voix, la seule qu'on entendît dans ces espaces interstellaires et qui venait on ne savait d'où, disait à chacun dans ce qui avait été autrefois le tuyau de son oreille : « Au surplus, n'oubliez pas que vous n'êtes que des ombres. »
    Mais chacun ne comprenait le sens de ces paroles que pendant quatre à cinq secondes, après quoi c'était comme si on n'avait rien dit. Les Ombres croyaient de nouveau à tout ce qu'elles faisaient, suivaient leur idée.
    On était privé de la parole, et même du murmure.
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  • Par mandarine43, le 07 novembre 2011

    [ "L'inconnue de la Seine" ]

    L'Inconnue de la Seine ne quittait pas sa robe, même pour dormir ; c'est tout ce qu'elle avait sauvé de sa vie antérieure. Elle utilisait les plis et la mouillure du vêtement qui lui donnaient une miraculeuse élégance au milieu de toutes ces femmes dépouillées. Et les hommes auraient bien voulu connaître la forme de sa gorge.

    La jeune fille, qui voulait se faire pardonner sa robe, vivait à l'écart, avec une modestie un peu trop apparente peut-être, et passait sa journée à récolter des coquillages pour les enfants ou pour les plus humbles et les plus mutilés d'entre les noyés. Elle était toujours la première à saluer et s'excusait souvent, même s'il n'y avait pas lieu.
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Claude Roy et Jorge Semprun : anthologie de la poésie française au vingtième siècle
Filmé au musée d'Anthropologie de Montivedeo, Olivier BARROT présente les deux tomes de "L'Anthologie de la poésie française du XXème siècle" préfacés par Claude ROY et Jorge SEMPRUN. Il lit un poème de Jules SUPERVIELLE, né en Uruguay, "Dans la poésie de mon corps".








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