http://naturellement.typepad.fr/franck_naturellement/2005/10/vacances_indien.html
Ainsi que je vous l'ai dit, je suis assez (très) attiré par l'Inde et sa culture.
J'ai traversé ce pays à plusieurs reprises, dans des conditions de voyage que je voulais si ce n'est rudimentaires, du moins me mettant le plus en contact avec la population. Et donc, malgré les années qui s'accumulent, je fais encore partie du troupeau des "westeners" (Occidentaux) "backpackers" (avec sac-à-dos, on dirait "routard" peut-être), empruntant bus locaux et trains pour les longues distances. Jamais d'avion en ligne intérieure, et le seul luxe que je me permets, ce sont les 1ères classes climatisées dans le train pour la nuit. Pour les hôtels, de simples "guest houses" suffisent, elles sont généralement propres et on peut tomber sur des incroyables bijoux pour une poignée d'euros.
C'est pourquoi je suis tombé en arrêt sur le livre "
Vacances indiennes" de
William Sutcliffe, et "en amour" à sa lecture, comme diraient les Québécois, pour l'offrir toutes affaires cessantes aux potes avec qui j'ai fait la route en Inde.
L'histoire ? Celle d'une tradition anglo-saxonne, qui consiste pour les lycéens à s'offrir une année sabbatique avant d'entrer à la fac, et d'en profiter pour faire le tour du monde pour les plus friqués et, pour beaucoup, de partir à l'aventure, en Inde.
Cette tradition est encore très vivace, et il n'est pas rare de croiser dans les guest-houses des Australiens ou des Britanniques en long séjour, entre continent indien et Thaïlande.
William Sutcliffe décrit donc l'année passée par Dave en Inde, départ avec une amie, avec qui il s'engueule assez rapidement, l'isolement de l'Occidental perdu dans l'immensité indienne, ses peurs primaires face à la foule, son repliement sur soi-même, sa vraie découverte, le continent intérieur.
Tout dans ce bouquin est juste, rien n'est exagéré. Il est pour moi le livre le plus exact sur l'Inde vu par l'Occidental moyen.
(page 185 : Dave se ferme, refuse de parler aux Indiens : "j'évitais (...) de leur adresser la parole, parce que ça se terminait toujours par : 'Bonjour, comment tu t'appelles ? d'où tu viens ? tu es marié ?', et je ne voulais plus entendre ça").
C'est pourquoi je vois une seule fausse note dans l'édition 10-18, c'est la 4ème page de couverture : "pas d'hésitation, ruez-vous sur cette satire décapante d'une société anglaise étriquée, égocentrique et imbue d'elle-même". L'auteure de ce commentaire montre qu'elle a peu (voire rien) compris au bouquin, qui est une satire de la société occidentale dans son ensemble, certes sous le prisme anglais.
Pour preuve, le passage suivant, le meilleur selon moi du bouquin. Dave est dans un train, immense, qui s'arrête en pleine campagne. Il descend sur le bas-côté, et se rend compte, non sans angoisse, qu'il est le seul blanc dans le train. le seul ? Non, il voit un "Européen" plus loin, là-bas ("Dieu Merci ! Enfin quelqu'un avec qui parler ! J'en aurais sauté de joie !"). Il va le voir, évidemment (et je vous jure que tous les routards mis dans cette situation le font ! Au milieu de milliers d'Indiens, on se sent seuls, terriblement seul, et la vue du moindre Occidental est comme un baume au coeur. N'y voyez aucun "ethnicisme" par ailleurs, au milieu de l'Inde, un Japonais vous est dix fois plus familier que vous le croyez, c'est un Occidental !!!). La conversation s'engage, le type est un journaliste, le ton monte. Et le journaliste décrit de la façon la plus précise qui soit les jeunes Occidentaux en Inde : "ce ne sont plus des hippies en mission spirituelle qui débarquent en Inde, aujourd'hui, mais de jeunes connards venus randonner en terre de pauvreté. Je dirais que de nos jours aller en Inde n'est pas un geste de rébellion mais bien plutôt une entreprise conformiste ouverte à de petits ambitieux des classes moyennes, désireux d'inclure dans leur curriculum quelque chose qui démontre d'un peu d'esprit d'initiative. (...) Je suppose qu'on pourrait appeler ça une forme moderne de circoncision rituelle, une médaille de la souffrance à gagner pour être accueilli dans la tribu de la future élite britannique".
Rien lu de plus juste...
Si vous pensez partir en Inde, le premier guide que vous devez acheter, c'est ce livre ! Il est incontournable (et le second le Lonely Planet bien évidemment, jetez le Routard aux orties !).