> Bernard Comment (Traducteur)

ISBN : 2264024585
Éditeur : 10-18 (1999)


Note moyenne : 3.87/5 (sur 38 notes) Ajouter à mes livres
"Comment, tu n'es pas au courant ? Ils ont massacré un homme de l'Alentejo sur sa charrette, il y a des grèves, ici en ville et ailleurs, mais dans quel monde vis-tu, toi qui travailles dans un journal ?" Lisbonne, 1938. Dans l'atmosphère du Por... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Corboland78, le 26 mars 2012

    Corboland78
    Offrez moi un livre, je vous en serai reconnaissant pour la vie, c'est ce à quoi je pensais quand j'ai reçu par la poste ce bouquin offert par le Cercle de la Pléiade pour me remercier de ma « participation enthousiaste » à leur enquête sur leur collection. Après lecture je ne peux que les en remercier encore plus chaleureusement.
    Antonio Tabucchi est né en Italie en 1943. Ecrivain, il rédige aussi des chroniques pour des journaux italien (Corriere della Sera), espagnol (El Pais), français (Le Monde). Grand connaisseur et traducteur de l'œuvre de Fernando Pessoa le romancier portugais, il s‘est tellement passionné pour ce pays que le Portugal est devenue sa seconde patrie.
    Avec ce roman, Pereira prétend paru en 1994, Antonio Tabucchi raconte la prise de conscience d'un homme confronté à la dictature. L'action se déroule à Lisbonne en 1938. Pereira est un vieux journaliste, après avoir longtemps tenu la rubrique des faits divers, on lui a confié la page culturelle d'un petit journal. Il rédige la page hebdomadaire seul, traductions de textes d'écrivains français et chroniques nécrologiques d'écrivains décédés. Veuf et atteint d'embonpoint il mène une petite vie tranquille toute entière dévouée à la littérature, peu au fait des évènements politiques qui commencent à agiter le monde. le fascisme étend ses tentacules sur l'Europe, l'Allemagne, l'Italie de Mussolini, l'Espagne et sa guerre civile, le Portugal commence à subir la dictature de Salazar. Tout cela Pereira l'ignore, son monde solitaire se résume à son bureau dans un immeuble indépendant de celui du journal, son appartement où il parle à la photo de sa femme et le café où il a ses habitudes de restauration. « Mais dans quel monde vis-tu, toi qui travailles dans un journal ? » s'étonne un ami prêtre auquel en bon catholique il se confesse régulièrement.
    Un jeune homme va bientôt entrer dans sa vie professionnelle, il l'engage comme stagiaire afin qu'il rédige les nécrologies. Bien que les copies rendues soient de mauvaise qualité, Pereira prend pitié du pauvre garçon toujours sans le sou et continue à le rétribuer. Petit à petit, le journaliste va faire connaissance avec la fiancée du stagiaire, on va lui demander de maigres services, puis d'aider à héberger un cousin étranger, activiste dans la résistance à l‘Espagne franquiste. Pereira accepte tout, par pure gentillesse et en toute innocence.
    Tout doucement les tentacules de la « bête immonde » vont s'enrouler autour du journaliste, le téléphone de son bureau est surveillé, ses articles littéraires sont critiqués par son directeur qui ne les trouve pas assez patriotiques. Enfin un jour, trois sicaires en civil de la police politique font irruption chez Pereira et tuent le stagiaire que Pereira venait de recueillir à son retour d'une longue absence de Lisbonne. Ce meurtre va enfin ouvrir les yeux du journaliste, dans l'urgence il écrit un article dénonçant clairement le crime et grâce à une complicité réussir à le faire paraître dans son journal au nez et à la barbe de la censure.
    Tout le talent d'Antonio Tabucchi est d'avoir écrit ce roman, non pas dans un style énergique proche du polar ou dans une débauche de considérations politiques, critiques à l'appui sur le rôle du journaliste face à la dictature etc. Au contraire, l'écrivain nous prend à contre-pied, le ton du roman est léger, de courtes phrases et de minces chapitres, la vie de Pereira est simple et sans heurts, aucun coup d'éclat. Lentement de petits faits viennent ternir ce tableau idyllique, une réflexion d'un garçon de café sur ce qui se passe en Espagne, une conversation avec une inconnue d'origine juive rencontrée dans le train, les propos de son médecin traitant qui envisage de s'expatrier, tous tissent le décor d'un monde bien réel et répugnant dont Pereira va prendre connaissance inconsciemment jusqu'à éveil et son geste de révolte final.
    Pour autant le livre s'achève dans l'expectative, quel sort va connaître Pereira ? Seul indice pessimiste donné par Tabucchi, tout le livre est ponctué de « Pereira prétend », comme si nous lecteurs, lisions la déposition écrite d'un homme arrêté par la police.
    « C'est une lecture politique de mon roman qui est responsable de son succès. Pereira prétend est arrivé au bon moment. Sans que je l'aie prévu. Il est sorti en janvier 1994, trois mois avant les élections qui ont vu la victoire de Berlusconi et de sa droite douteuse, typiquement italienne. Beaucoup de gens se sont reconnus dans le personnage et l'époque. Ils ont découvert dans l'air qu'ils respirent aujourd'hui quelque chose qui ressemble aux années 40, celles des Salazar, Franco, Mussolini et Hitler. Surtout, ils ont perçu le livre comme l'histoire d'une mort et d'une renaissance civique dans un environnement nationaliste, xénophobe et raciste. Et Pereira est devenu le symbole, le porte-drapeau de tous les opposants, de tous les résistants à cette droite berlusconienne » déclarait Antonio Tabucchi dans Lire Juillet 1995.
    Un livre magistral, simplicité d'écriture et profondeur de propos, le mariage parfait. A lire impérativement.
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    • Livres 4.00/5
    Par sylvaine01, le 24 mai 2012

    sylvaine01
    l'histoire se passe en 1938 pendant la dictature de Salazar, j'ai découvert avec beaucoup d'intérêt cette période de l'histoire du Portugal que je ne connaissais pas du tout , j'ai trouvé intéressant l'évolution de l'état d'esprit du personnage principal, journaliste bridé et surveillé qui s'éveille à l'actualité qui l'entoure. J'ai un peu craint la lenteur du récit, à défaut de secouer le personnage principal, j'ai bien essayé de secouer le livre... quand même, une bonne approche pour découvrir une petite facette historique du Portugal
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    • Livres 2.00/5
    Par raton-liseur, le 26 février 2011

    raton-liseur
    J'ai lu ce livre en anglais, gracieuseté des « critiques en avant-première » de BiblioChose. Ma première réflexion est que j'aurais traduit le titre en français par « Pereira affirme », plutôt que le choix du traducteur pour « Pereira prétend » (Le verbe « prétendre » induit un soupçon de mensonge qui ne me semble pas cadrer avec le ton et le propos du livre et qu'il ne me semble pas que l'auteur, Antonio Tabucchi, ait voulu). Et ce n'est pas un détail, car ces deux mots, ce bout de phrase, revient comme un leitmotiv dans la narration, et ce au rythme de plusieurs fois par page. A cause de cela, je me suis imaginée ce livre comme la déposition d'un officier de police devant un tribunal, rapportant les propos tenus pas ce fameux Pereira lors d'une déposition.
    Ce qui cadre bien avec roman qui se passe dans une atmosphère étouffante (au propre comme au figuré, avec d'une part l'été caniculaire de Lisbonne et d'autre part une censure bien présente). Dans ce Portugal de l'été 1938, tout reste tout de même feutré, le mot dictature n'est qu'à peine esquissé. Et si le ton ressemble à un rapport de police, tout est lisse et Pereira, à aucun moment, ne semble avoir été forcé de faire des révélations contre son gré. Ainsi, certains actes de Pereira ne sont pas expliqués, soit qu'il n'en comprenne pas lui-même la raison (comme son cœur d'artichaut face au jeune Monteiro Rossi), soit qu'il déclare calmement que cela n'a rien à voir avec l'affaire (des souvenirs d'enfance qui remontent à la surface par exemple). Pas trace de pression, encore moins de torture. Ce n'est pas ce pan de la montée des fascismes en Europe que Tabucchi dénonce ici. le livre ne révèlera d'ailleurs pas le pourquoi de ce style si spécifique, au lecteur de s'en faire sa propre idée.
    D'ailleurs, que cherche-t-il à dénoncer ? Je ne suis pas sûre qu'il soit question de dénonciation ici, même si le personnage de Pereira semble avoir incarné l'opposition à Berlusconi pendant la campagne électorale de 1995 (le livre se passe au Portugal, un pays que connaît Tabucchi et théâtre de nombre de ses écrits, mais c'est un auteur italien et le livre, paru en 1994, est bien écrit en italien).
    Il me semble que le livre traite plutôt de la notion de prise de position, et de résistance s'il en est besoin. Non pas la résistance au sens de prendre les armes et de lutter, mais la résistance comme contraire de la passivité, la résistance comme ne pas rentrer les épaules, ne pas détourner le regard, ne pas attendre que cela se passe. Même pour cela, qui ne vous gagnera pas de médaille ou de place sur la liste d'un monument aux morts, il y a un prix à payer, mais la passivité aussi coûte cher en petits accommodements avec soi-même. Et tant pis si un acte de résistance est unique et s'il est au fond bien vain, le prix pour jeter le masque aux orties et pouvoir à nouveau respirer librement n'est jamais trop élevé.
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    • Livres 3.00/5
    Par Alcapone, le 13 octobre 2010

    Alcapone
    isbonne. Eté 1938. Alors que le Portugal vit sous la dictature de Salazar, que la guerre civile gronde en Espagne et que le fascisme sévit en Italie, Pereira, est nommé directeur de la page culturelle du journal Lisboa. Pour l'aider dans sa tâche, ce triste personnage de santé fragile qui parle au portrait de sa défunte femme, fait appel aux services de Monteiro Rossi pour sa rubrique de nécrologie qui porte sur les écrivains "à mourir". Soudain bouleversée par cette rencontre, la vie de Pereira prend une tournure imprévue : rien ne se passe comme il le voudrait mais il n'a pas la force d'empêcher son destin de s'accomplir. Lui qui ne s'intéressait qu'à la traduction des romans français du XIXe siècle, le voilà embarqué dans des complots politiques dont il ne voulait rien savoir. De fil en aiguille, notre héros malgré lui, va apprendre au détriment de sa tranquilité, qu'être journaliste au Portugal pendant la dictature de Salazar, n'a rien d'un travail de routine. Obéissant à l'on ne sait quelle force incontrôlable, il découvre alors le pouvoir des journalistes et assume son rôle jusqu'au bout...
    J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce récit. le ton employé par Tabucchi résonne comme une espèce de plaidoyer que j'ai trouvé assez indigeste. Tout au long du roman, Tabucchi parle de Pereira en introduisant ses actions par « prétend Pereira » et l'on ne sait pas vraiment où il veut en venir. On découvre au fil du texte un personnage au premier abord quelconque, résigné voire même insignifiant et pourtant. Rien ne présage l'issue de l'histoire. Et la note de l'auteur à la fin du livre justifie soudain toute la raison de ce roman. On en ressort déconcerté, touché, ému. Si ce Pereira a vraiment existé comme le "prétend" ce roman de Tabucchi, alors moi je dis : vive Pereira quel que soit le nom qu'il ait vraiment porté. Un roman pour moi vraiment inattendu et une bien jolie découverte...

    Lien : http://livresacentalheure-alcapone.blogspot.com/2010/10/pereira-pret..
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    • Livres 5.00/5
    Par mireille.lefustec, le 19 novembre 2011

    mireille.lefustec
    " Tabucchi est convaincu que le moment est venu auquel nous devons demander à la littérature aussi de dire la vérité: non pas la vérité métaphysique et du coeur,mais la vérité des hommes,de leur condition historique, des dangers qu'ils encourent,des assassinats dont ils sont auteurs et victimes."
    d'après Angelo Guglielmi
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Critiques presse (1)


  • Bibliobs , le 27 mars 2012
    Protégé par ses deux anges gardiens littéraires, Pessoa et Pirandello, Tabucchi nous a donné avec «Pereira prétend» un de ses livres les plus accomplis. Il nous en donnera encore, ses visiteurs du soir l'ont promis, d'aussi beaux.
    Lire la critique sur le site : Bibliobs

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Citations et extraits

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  • Par Alcapone, le 13 octobre 2010

    La philosophie donne l’impression de seulement s’occuper de la vérité, mais peut-être ne dit-elle que des fantaisies, et la littérature donne l’impression de s’occuper seulement de fantaisies, mais peut-être dit-elle la vérité. p.33
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  • Par Corboland78, le 26 mars 2012

    C’est à ce moment-là que Pereira se souvint d’une phrase que lui disait toujours son oncle, lequel était un lettré manqué, et il la prononça. Il dit : la philosophie donne l’impression de s’occuper seulement de la vérité, mais peut-être ne dit-elle que des fantaisies, et la littérature donne l’impression de s’occuper seulement de fantaisies, mais peut-être dit-elle la vérité. Monteiro Rossi sourit et dit que ça lui paraissait être une bonne définition pour les deux disciplines.
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  • Par Alcapone, le 13 octobre 2010

    Oui, dit Pereira, mais s’ils avaient raison, ma vie n’aurait pas de sens, ça n’aurait pas de sens d’avoir étudié les lettres à Coimbra et d’avoir toujours cru que la littérature était la chose la plus importante du monde, ça n’aurait pas de sens que je dirige la page culturelle de ce journal de l’après-midi où je ne peux pas exprimer mon opinion et où je dois publier des récits du dix-neuvième siècle français, plus rien n’aurait de sens, et c’est de cela que je ressens le besoin de me repentir, comme si j’étais une autre personne et non le Pereira qui a toujours été journaliste, comme si je devais renier quelque chose. p.126
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  • Par Alcapone, le 13 octobre 2010

    C’est facile objecta le docteur Cardoso, de toute façon il y a la censure préventive, chaque jour avant de sortir les épreuves de votre journal passent à travers l’imprimatur de la censure préventive, et s’il y a quelque chose qui ne va pas, vous pouvez être tranquille que ce ne sera pas publié, peut-être qu’ils laisseront une espace blanc, ça m’est déjà arrivé de voir des journaux portugais avec de grands espaces blancs, cela inspire une grande rage et une grande mélancolie. p. 132
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  • Par mireille.lefustec, le 19 novembre 2011

    A six heures et demi Pereira entendit frapper à la porte,mais il était déjà réveillé affirme-t-il. Il regardait les stries d'ombre et de lumière des persiennes sur le plafond, il pensait à Honorine de Balzac ,au châtiment, et il lui semblait due lui aussi devait se repentir de quelque chose,mais il ne savait pas de quoi.
    (traduction par moi-même)
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