Fatima est hospitalisée dans un état végétatif. Elle n'a pas toujours été cette femme sans énergie, elle a souffert, elle a haï, elle a aussi aimé et ri, chanté et dansé, elle a même été aimée. Son corps lui est égal elle n'attend plus rien de lui et à défaut de pouvoir parler et bouger elle s'évade par la pensée pour jouer avec ses souvenirs. Les souvenirs qui vont et viennent comme les vagues de la mer. C'est comme ça que lui reviennent les Sanchez qui ont essayé en vain de l'emmener avec eux pour quitter l'Algérie et gagner la France, l'orphelinat de Bab-el-Oued où elle est restée jusqu'à sa majorité, ses histoires d'amour pas très réussies, sa rencontre avec et surtout la petite fille en robe jaune. Qui est cette petite fille ? Fatima aime ces nuits qui lui recrachent son pays, ces visages et ces noms qu'elle a rencontré tout au long de sa vie, ces rires et ces pleurs qui sont venus égailler ou attrister les jours. Mme Sorel, l'infirmière, peut bien lui dire qu'il faut qu'elle dorme si elle veut guérir, quand elle passe un doigt sur ses cernes enflés, Fatima aime jouer à cache-cache avec les fantômes de ses souvenirs et elle aime surtout retrouver « La petite fille en robe jaune ». Et puis il y a Saïd, son fils chéri, qui vient la voir tous les jours ou presque, son fils assis sur la chaise près de son lit qui dit tout bas qu'il faut tout faire pour tirer sa mère de son enfer, il est inconcevable pour lui qu'elle ne revienne pas comme avant.
Deux personnages qui se racontent, Fatima murée dans son silence sur son lit d'hôpital dépendante des infirmières et des médecins, et Saïd son fils qui entre deux rencontres avec Clotilde sa tendre amie rend visite à sa mère. Devenu sans emploi il erre ça et là dans les rues, tout se bouscule dans sa tête, il revient sur son passé : comment vit-il le racisme lui qui a même changé de nom, sa vie sentimentale est des plus chaotique, son père est disparu quand il était enfant et sa mère qui n'a pas su lui dire combien elle l'aimait.
- « Maintenant que papa est mort, est ce qu'il y aura une place pour moi dans ton cœur ?
J'ai répondu qu'il y avait toujours eu une place pour lui dans mon cœur.
- Une place, une vraie, maman. Pas un strapontin »
Un brillant roman à deux voix dans lequel l'auteur nous parle beaucoup d'amour et de tendresse, mais aussi de non-dits et de souffrance. Mais si je dois retenir quelque chose de ce roman c'est qu'il faut dire son amour avant qu'il ne soit trop tard. Une très jolie découverte qui m'a parfois serré le cœur.
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