Dans « Rêves d'amour » son précédent roman,
Laurence Tardieu se demandait si l'écriture peut redonner vie à ce qui n'est plus. Elle continue d'explorer les liens entre mémoire, imagination et écriture dans «
Un temps fou ».
« Ce qui est violent, ce n'est pas le temps qui passe, c'est l'effacement des sentiments et des émotions ». Et pour retenir et sauver de l'oubli les moments et les émotions, la narratrice de «
Un temps fou » écrit. L'oubli est d'autant plus menaçant que ce que l'on cherche à retenir est très ténu. Presque rien. Une nuit, lors d'une fête, une rencontre avec Vincent bouleverse la vie de Maud. Six ans plus tard et Vincent lui téléphone. Commence une relation faite de silences : « Ce qui se passe entre nous n'a pas besoin de mots pour se dire. Ce qui se passe entre nous dévore tous les mots ». C'est cette passion qui repose sur rien de tangible, rien que des sensations et du silence, que la narratrice explore. En archiviste d'elle-même, elle décrit avec précision et finesse, au plus près des sensations, des corps, de la pensée, le cheminement d'un amour.
Mais plus qu'un livre sur la mémoire et le souvenir, «
Un temps fou » est un roman sur les pouvoirs de l'imagination. Une nouvelle pièce à apporter au dossier de l'amour idéalisé : un cas de cristallisation par l'écriture. « J'avais peut-être inventé un homme, dont l'image en définitive n'existait pas », une chimère inventée comme prétexte à l'écriture.