> Lily Denis (Traducteur)
> Roger Grenier (Préfacier, etc.)

ISBN : 207041891X
Éditeur : Gallimard


Note moyenne : 3.73/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
« Quand Tchékhov part pour l'île de Sakhaline, en avril 1890, personne ne comprend ses raisons. Lui-même, incapable d'en donner, se contente de parler de mania sachalinosa. Il s'agit là de l'épisode le plus étrange de sa vie. Décidé à mener une enquête sur ce lieu maudi... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

Critiques et avis(4)

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par nastasiabuergo, le 09 mars 2012

    nastasiabuergo
    Anton Tchékhov nous offre ici une très étrange contribution à l'histoire mondiale de la littérature. Bien malin celui ou celle qui pourrait catégoriser cet écrit de façon formelle. Tout d'abord récit de voyage dans les quatorze premiers chapitres puis rapport d'analyse quasi scientifique dans les neuf chapitres suivants. C'est autant au Tchékhov médecin qu'au Tchékhov écrivain auquel nous avons affaire, triplé du Tchékhov journaliste, acteur social et politique. 1890, il fait beau, Anton s'ennuie et a des fourmis dans les jambes donc que fait-il? Il prend ses clics et ses clacs et s'embarque pour le bagne de l'île de Sakhaline (c'est un peu comme si Victor Hugo avait décidé de faire une virée aux îles du Salut en Guyane), sans aucun mandat officiel, avec le risque éminent de se faire refouler à l'entrée, histoire de se faire une idée de ce qu'est ce bagne insulaire et des conditions de vie endurées par les condamnés. Cette île, située à peu près à la même latitude que la France, jouit de sa splendide position aux confins de la Sibérie et de la glaciale mer d'Okhotsk qui lui confère un climat semi polaire océanique, caractérisé par un froid humide constant, difficilement supportable l'été et cent fois pire en hiver. L'auteur va entreprendre une tâche pharaonique, à savoir se rendre dans toutes les isbas des relégués ou les centres pénitentiaires afin de faire un recensement précis et exhaustif de toutes les informations que l'on peut raisonnablement obtenir des bagnards. Bien que dans cet ouvrage Tchékhov nous donne souvent son avis et à ce titre, pourrait faire penser à un essai politique, le plus souvent, l'auteur choisit une certaine objectivité, une distanciation, se borne à apporter des éléments de compréhension et de comparaison afin que son lecteur se fasse sa propre opinion. Il est bien évident que les conditions sanitaires, l'aliénation physique et mentale des condamnés, l'âpreté générale de la vie sur l'île sont les axes majeurs de l'œuvre. Mais pas seulement, et loin s'en faut, Tchékhov souligne aussi, à chaque fois que c'est justifié les manquements et les réussites de l'administration pénitentiaire, l'aveuglement, volontaire, par négligence ou désintéressement, de la Russie d'Europe, commanditaire de cette institution. Il donne des éléments ethnographiques sur les populations locales, des informations biologiques ou géographiques sur l'île, raconte des anecdotes ou cite des références bibliographiques techniques. Au final, cet étonnant ouvrage qui annonce le terrifiant "Archipel du Goulag" d'Alexandre Soljenitsyne, se veut probablement une dénonciation du bagne en tant que "moyen d'amendement du condamné" car selon lui, la rudesse et les déviances subies par des lascars déjà assez rudes et déviants engendre une rudesse et une déviance plus coriaces encore, mais aussi une dénonciation du système de "colonie" pénitentiaire. En effet, selon lui, la colonisation de cette terre très hostile présente et nécessite des exigences bien particulières afin de mettre les colons en situation de réussite pour tendre vers l'autosuffisance, conditions jamais réunies même pour les paysans proscrits (c'est-à-dire ceux qui ont fini leur temps au bagne, mais qui doivent demeurer sur l'île à vie durante car la relégation définitive faisait aussi partie de la peine, donc double peine) de bonne foi et qui cherchent réellement à reconstruire un foyer et à vivre de leur travail.
    Tchékhov laisse d'autant mieux l'opinion finale au lecteur qu'il ne donne pas de conclusion, laissant à chacun sa libre perception des éléments fournis (même si cette liberté n'est que polichinelle et que son message demeure très clair et sérieusement orienté vers l'intelligentsia russe de l'époque en une sorte de "vous ne pourrez plus dire qu'on ne savait pas"). En somme, un OVNI littéraire, mais ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par ivredelivres, le 15 août 2010

    ivredelivres
    En se rendant à Sakhaline Tchekhov voulait, nous dit Roger Grenier dans la préface, "payer sa dette à la médecine"
    De son séjour il tirera un livre qu'il écrira avec difficulté et qui sera édité pour la première fois en 1895
    Contre toute attente alors qu'il n'a aucun document d'introduction ou autorisation, Tchekhov réussi à se faire admettre par le gouverneur le Général Korff, celui-ci l'autorise à circuler librement et à interroger qui bon lui semble sauf les détenus politiques.
    Tchekhov va user et même abuser de cette autorisation, il rédige un questionnaire et en trois mois ce n'est pas moins de 10.000 fiches qu'il va renseigner, véritable recensement de la population de Sakhaline, il entre dans tous les villages, toutes les prisons, les maisons de fer.
    Il note tout ce qu'il voit, tout ce qu'on lui dit
    L'île est divisée en territoires et secteurs, les hommes qui séjournent ici appartiennent à des catégories distinctes, mais tous sont reclus à vie sur cette île, même leur peine purgée les condamnés ne retrouveront pas leur ville ou village d'origine.
    Tout un personnel administratif vit sur l'île, le gouverneur nommé par le Tsar, un médecin, des commis aux écritures car il faut bien faire des rapports pour le pouvoir central, des artisans : boulanger, menuiser, cuisinier, mais aussi tout le corps de surveillants et autres gardes-chiourmes.
    Les condamnés qui sont ici ont fait le même voyage que Tchekhov, fers aux pieds, la Sibérie est une longue route vers le bagne, la route de Vladimirka " Nous les avons fait marcher dans le froid avec des fers aux pieds durant des dizaines de milliers de verstes "
    Dans les villages travaillent des prisonniers mais aussi des paysans dit libres qui sont en fait des colons contraints de rester sur l'île, leur travail leur permet tout juste de survivre : l'abattage de bois, travail très dangereux, l'agriculture sur une terre peu fertile au climat peu favorable, le travail de la mine le plus dur et le plus dangereux.
    Les mineurs descendent dans la mine par une galerie très longue, ici pas d'ascenseur, l'homme tire un traîneau déjà lourd à vide ; quand il remonte la pente il le fait à quatre pattes tirant son traîneau chargé et les 300 mètres de galerie deviennent un parcours inhumain, le mineur le refait 13 fois par jour !
    Les femmes qui ont suivi leur mari, celles condamnées et libérées, n'ont souvent d'autre choix pour survivre que de se livrer à la prostitution, seule façon de nourrir leurs enfants car ceux-ci sont nombreux à Sakhaline malgré une mortalité infantile importante. Tchekhov y voit une consolation pour ces hommes et femmes mais les enfants, hélas, aggravent les conditions de vie, plus de bouches à nourrir alors que les possibilités de travail et de ressources sont extrêmement limitées.
    La nourriture est simple, voire frustre, la viande ne fait que très rarement partie des menus, quelques années avant la visite de Tchekhov le scorbut a dévasté la population carcérale.
    Ses observations sur l'état de santé de cette population font mention de la tuberculose bien évidemment, de diphtérie, de la variole, et du typhus dont la mortalité est énorme, enfin bien sûr en raison de la prostitution la syphilis fait des ravages.
    Les conditions de détentions sont inhumaines, barbares, le mot justice n'a plus aucun sens en ces lieux.
    Les punitions et sanctions sont fréquentes et appliquées sans discernement avec parfois beaucoup de cruauté et de sadisme.
    Les verges et le fouet sont courants, les sentences prononcées le sont selon les « droits » de celui qui sanctionne, le Gouverneur à « droit » à faire appliquer 100 coups de fouet, le surveillant lui n'a « droit qu'à 50 coups ....
    A sa demande Tchekhov assiste à une punition
    Les récidivistes, ceux qui ont tenté de s'évader sont enfermés dans la maisons de fer : enchaînés des pieds et des mains à une brouette suffisamment lourde pour empêcher les mouvements et suffisamment petite pour être la nuit glissée sous la paillasse. Un modèle de torture ! Les mouvements sont de trop faible amplitude et la dégénérescence musculaire est définitive, ainsi la punition se poursuit bien après sa fin officielle.
    La répression féroce et l'absence d'espoir de quitter l'île poussent les hommes à tenter de s'évader et malgré le peu de réussite et les coups de fouet qui suivront, les tentatives sont nombreuses.
    A son retour Tchekhov fait envoyer des milliers de livres à Sakhaline, ce voyage et ce séjour l'ont marqué " Je ne saurais dire si ce voyage m'a aguerri ou s'il m'a rendu fou. du diable si je le sais " Ce livre-enquête s'apparente au reportage d'Albert Londres sur le bagne de Cayenne, deux hommes qui ont par leurs écrits rendue vaine la question de l'implication de l'intellectuel dans la vie politique.

    Lien : http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2009/08/18/l-ile-de-..
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (0 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 26 décembre 2007

    Woland
    Titre original : ?
    Traduction : Lily Denis
    L'Île de Sakhaline baigne dans la mer d'Okhotsk, une mer de l'Océan Pacifique, et voisine étroitement avec la Sibérie orientale.
    C'est dans cette île que, en avril 1890, aborda un Anton Tchékhov bien décidé à rédiger l'histoire la plus complète qui se pût voir de la colonie pénitentiaire qui y vivait.
    Entre les notes de bas de page et le texte, le tout en format poche Folio, le tout fait plus de 550 pages, certes passionnantes mais qui pourront paraître ardues à ceux que n'intéressent guère les moeurs policières et légales de l'ancienne Russie - que la Russie bolchevique ne fit, en somme, que récupérer et peaufiner.
    Par leur style concis et sans apprêt, ces "Notes de Voyage", étonneront peut-être les habitués du dramaturge. Mais ils retrouveront sa patte dans ce foisonnement de portraits de forçats, d'"hommes libres", de "relégués" et de fonctionnaires, tour à tour incroyables, émouvants, pitoyables, cyniques ..., extraordinaire galerie où Goya et Doré auraient pu puiser. A l'arrière-plan, les survivants des peuplades paléo-arctiques comme les Aïnos, qui vivent en bon terme avec les colons.
    Ce que tous partagent et subissent, c'est le climat, un climat que, en dépit de ses baisses de températures phénoménales, on peut qualifier d'infernal : neige, glace, hiver quasi perpétuel avec un été très bref où les températures dépassent rarement les 15 degrés.
    Pour la majorité, une misère lamentable. Pour quelques privilégiés, une certaine aisance, alimentée par des trafics en tous genres effectués sur le dos des moins chanceux.
    Bien sûr, parmi ceux-là, beaucoup sont des assassins ou des incendiaires. Mais, comme le souligne Tchékhov, la condition du bagne à Sakhaline ne leur permet pas de s'amender de manière efficace. Quant à la colonisation de l'île, tant souhaitée par les autorités, elle n'est guère réussie puisque, dès qu'ils ont fait leur temps, les condamnés s'empressent - on les comprend - de rejoindre le continent.
    Un récit minutieux, scrupuleux, d'une intégrité indubitable, qui, autant que la philosophie de ses pièces, confirmera au lecteur attentif la profonde humanité d'Anton Pavlovitch Tchékhov. ;o)
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par ignatus-reilly, le 26 février 2012

    ignatus-reilly
    Un tableau exhaustif de ce qui voulait être une colonie pénitentiaire agricole exemplaire et qui n'est en réalité qu'un bagne abominable.
    Tchékov a passé plusieurs mois à Sakhaline et a réalisé une formidable enquête.
    Bien sûr, ce livre est un peu austère avec toutes ces notes de bas de page mais il est passionnant.
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)

> voir toutes (20)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par nastasiabuergo, le 31 mars 2012

    Le voilà enfin attaché. Le bourreau prend un fouet à trois lanières et le démêle sans hâte. "Tiens-toi!" dit-il à mi-voix en lui envoyant le premier coup, sans prendre d'élan comme pour s'ajuster. "Une!" dit l'inspecteur d'une voix de sacristain. Au premier moment, Prokhorov se tait et son expression ne change même pas, puis un frisson le parcourt et ce qu'il laisse échapper n'est pas un cri mais un hurlement. "Deux!" crie l'inspecteur. Le bourreau se tient de côté et frappe de telle sorte que les coups tombent en travers du tronc de sa victime. Tous les cinq coups il change de côté et lui laisse une demi-minute de répit. Les cheveux de Prokhorov sont collés à son crâne, son cou s'est gonflé; au bout de cinq à dix coups, son corps, déjà couvert de vieilles balafres, est devenu violacé, presque bleu; à chaque coup, l'épiderme craque. "Votre haute noblesse! entend-on à travers les sanglots et les hurlements, Votre haute noblesse! Pitié, Votre haute noblesse!" Au bout de vingt à trente coups, Prokhorov gémit comme un homme ivre ou délirant. Puis le cou se tend d'une manière étrange, on entend des haut-le-cœur... Prokhorov ne dit plus un mot, ne sait plus que geindre et râler; on dirait que depuis le début du supplice une éternité entière s'est écoulée, mais l'inspecteur n'en est qu'à: "Quarante-deux! Quarante-trois!" Jusqu'à quatre-vingt-dix, il y a loin. Je sors.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par nastasiabuergo, le 09 mars 2012

    Au lieu d'une barque ou d'un bac, on voit flotter sur l'eau une grande caisse parfaitement carrée. Le commandant de cette embarcation absolument unique en son genre est le forçat La Beauté (Krassivy) qui ne se rappelle rien de sa parenté. Âgé de soixante et onze ans, il est bossu, les omoplates saillantes, une côte cassée, un pouce manquant, et le corps couvert de cicatrices de bastonnades et de coups de verge qu'il a reçus autrefois. Il est habillé de guenilles et va pieds nus. Il est très vif, disert, aimant le rire. En 1855, il a déserté ' ' par erreur ' ' et s'est mis à trimarder, prétendant avoir oublié sa parenté. On l'a arrêté et expédié en Transbaïkalie, servir chez les Cosaques à ce qu'il dit. Dans ce temps-là, m'a-t-il raconté, je croyais qu'en Sibérie les gens vivaient sous terre, alors, en cours de route, je me suis trissé! Je suis arrivé à Kamychlov, là on m'a arrêté et condamné à vingt ans de bagne et quatre-vingt-dix coups de fouet. On m'a expédié à Sakhaline. Je suis en train de tirer ma deuxième peine. Au total, ça fait vingt-deux ans que je vis à Sakhaline. Et mon seul crime, c'est d'avoir déserté.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par ignatus-reilly, le 26 février 2012

    Châtier son prochain par devoir professionnel et parce qu'on a prêté serment, trouver la force de surmonter, à toute heure du jour, le dégoût et l'horreur, se trouver en pays lointain, percevoir un traitement de misère, s'ennuyer, côtoyer sans cesse des crânes tondus, des enchaînés, des bourreaux, être réduit à faire des calculs d'apothicaire, se chamailler, et surtout se sentir tout-à-fait désarmé pour lutter contre le mal qui vous entoure, tout cela pris ensemble a toujours rendu le travail à l'administration pénitentiaire exceptionnellement dur et peu engageant.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par ignatus-reilly, le 26 février 2012

    Les forçats et les relégués traînent de jour en jour leur châtiment, les gens de condition libre parlent du matin au soir de ceux qu'ils ont fouettés, de ceux qui se sont évadés, de ceux qu'ils ont repris et vont fouetter; chose étrange, il suffit d'une semaine pour qu'on s'habitue à ces conversations et à ces intérêts et, qu'aussitôt réveillé, on se mette à la lecture des notes de service typographiées du général, le quotidien local; ensuite toute la journée on n'entend parler et on ne parle soi-même que d'Untel qui s'est évadé, de tel autre qu'on a battu, etc;
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par ignatus-reilly, le 26 février 2012

    Le travail du laboureur est ici non seulement contraignant, mais dur, et si la contrainte et l'effort physique déterminé par le mot "forcé" doivent être considérés comme les signes essentiels des travaux pénitentiaires, il serait difficile de trouver occupation plus adéquate à des criminels que l'exercice de la profession agricole à Sakhaline, elle a, jusqu'à présent satisfait aux desseins punitifs les plus sévères.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)









Acheter sur Amazon

Faire découvrir L'Île de Sakhaline par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (22)

> voir plus

Quiz