> Kia-hway Liou (Autre)

ISBN : 2070705293
Éditeur : Gallimard (1985)


Note moyenne : 3.75/5 (sur 4 notes) Ajouter à mes livres
Pour les philosophes, les poètes, les gens de goût, voici un livre qui marquera notre siècle : l'œuvre de Tchouang-tseu, enfin accessible, dans une traduction intégrale et sérieuse, à tous ceux qui désirent en savoir plus long sur le tao que ce que nous en dit le Lao-ts... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 4.00/5
    Par Piling, le 26 juillet 2009

    Piling
    Penser, c'est morceler en idées nettes et incompatibles le réel complexe, dont l'essence est l'indivisibilité concrète ; agir, c'est choisir une de ces idées abstraites et exclure ainsi toutes autres idées abstraites qui lui sont étroitement liées. Surmonter tout artifice de l'intelligence morcelante et par là tout choix nécessairement arbitraire de l'homme, c'est retrouver le bonheur primitif de l'humanité plongée dans l'harmonie universelle.

    Alors que traumatisée par le totalitarisme du siècle dernier, la doxa contemporaine ne cesse d'insister sur la promotion des différences, la nécessité de la "diversité", la quête du métissage (cet épouvantable mot consacré par le Code noir tout de même), l'amour du pluralisme, enfin tout ce qui est altérité en apparence, il est frappant de voir que pour Tchouang-Tseu, comme pour Plotin et tant d'autres sages du temps passé, le Mal, c'est la perte de l'unité, la volonté d'être soi et non l'Un, la pluralité "morcelante" et non plus l'indistinction dans l'Union. Pour Tchouang Tseu, ce qui éloigne de la source, c'est la pensée ; pour Plotin, c'est ce qui y ramène, allez savoir. Pour Plotin, retrouver l'Un nécessite de se dépouiller de tout ce qui n'est pas Lui, et donc choisir ; pour Tchouang Tseu, il faut cesser de vouloir choisir ; il n'y a pas de liberté hors de l'illusion.
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    • Livres 4.00/5
    Par Piling, le 31 juillet 2009

    Piling
    La délicatesse de T'ien Tseu-fang et sa répugnance à faire l'éloge de son maître rappelle l'indignation de Borhân ud-Dîn : Qui est-il pour faire mon éloge ? Si l'on mixe les devoirs du murid envers son murshid (toujours défendre son maître en son absence et ne jamais laisser dire du mal de lui) avec ce sentiment d'être indigne de louer, le murid ne laisse pas blâmer son maître en public mais s'interdit de le louer :


    Lien : http://vitanova.blogspot.com/2009/07/de-la-mufflerie-des-eloges-suit..
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 04 août 2009

    Fuyante et incorporelle, la réalité change incessamment et ne comporte rien de stable. Est-on mort ? Est-on vivant ? Le ciel et la terre ne sont-ils qu'un ? Les esprits et les intelligences supérieures, où s'en vont-ils ? Où va-t-on aveuglément ? Où arrive-t-on brusquement ? Devant tous les êtres qui se déploient dans l'univers, on en découvre aucun qui mérite qu'on fasse retour à lui. Il y avait de cela dans la méthode du Tao des Anciens. Tchouang-tseu qui a eu vent de la chose y trouve son plaisir.

    Il s'exprime dans les discours extravagants, dans les paroles insolites, dans les expressions sans queue ni tête, parfois trop libres mais sans partialité, car sa doctrine ne vise pas à traduire des points de vue particuliers. Il juge le monde trop boueux pour être exprimé dans des propos sérieux. C'est pourquoi il estime que les paroles de circonstances sont prolixes, que les paroles de poids sont vérité, mais que seules des paroles révélatrices possèdent un pouvoir évocateur dont la portée est illimitée.

    Bien qu'il communique avec l'âme de l'univers, il ne se montre pas dédaigneux à l'égard des êtres. Il se garde d'approuver et de blâmer ; aussi vit-il en paix avec tout le monde. Ses écrits, bien que pleins de magnificence, ne choquent personne, parce qu'ils ne mutilent pas la réalité complexe. Ses propos, bien qu'inégaux, renferment des merveilles et des paradoxes dignes de considération. Il possède une telle plénitude intérieure qu'il n'en peut venir à bout. En haut il est le compagnon du créateur ; en bas il est l'ami de ceux qui ont transcendé la mort et la vie, la fin et le commencement. La source de sa doctrine est ample, ouverte, profonde et jaillissante ; sa doctrine vise à s'harmoniser avec le principe et à s'élever à Lui.

    Et pourtant, en répondant à l'évolution du monde et en expliquant les choses, il offre une somme inépuisable de raisons qui viennent sans rien omettre, mystérieuses, obscures et dont personne n'a pu sonder le fond.
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  • Par Piling, le 30 juillet 2009

    Tseu Sang-hou, Mong Tseu-fan et Tseu-K'in-tchang allaient nouer amitié en proposant : qui peut garder son indépendance et agir indépendamment des autres, qui peut s'élever dans le ciel, se promener au-dessus des nues, errer dans l'infini, oublier sa vie et sa mort ?
    Les trois hommes se regardèrent en riant, tombèrent d'accord et furent amis.
    Peu de temps après, Tseu Sang-hou mourut. Avant qu'on ne l'enterrât, Confucius apprit la nouvelle et envoya son disciple Tseu-kong pour seconder les funérailles. Quand Tseu-kong arriva, l'un des amis du défunt composa une chanson que l'autre accompagna avec le luth ; tous deux chantèrent :

    Ah ! notre cher Tseu Sang !
    Ah ! notre cher Tseu Sang !
    Tu retrouves déjà ta vraie nature,
    Nous deux restons encore des hommes.

    Tseu-kong s'approcha rapidement des deux hommes et leur dit : "Est-il conforme aux rites de chanter en présence d'un cadavre ?"
    Les deux hommes se regardèrent en riant et dirent au visiteur : "C'est que vous ne connaissez pas le sens profond du rite."
    Tseu-kong retourna vers Confucius, lui fit part de ce qu'il avait vu et lui demanda : "Quels sont ces deux hommes ? Ils sont sans éducation et sans tenue. Ils chantent devant un cadavre et leurs visages restent impassibles. Leur conduite est inqualifiable. Qui sont-ils donc ?
    - Ces deux hommes, dit Confucius, vivent en dehors de notre monde, tandis que moi je vis au-dedans. Entre le dehors et le dedans, il n'y a point de contact. J'ai été stupide de t'envoyer leur présenter mes condoléances. Ils sont les compagnons du créateur et ils sont unifiés à l'énergie cosmique.
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  • Par Piling, le 01 août 2009

    La vie conduit à la mort. La mort débouche sur la vie. Qui donc connaît l'ordre qui préside à ce cycle de vie et de mort ? L'homme naît d'une condensation du souffle. C'est le souffle qui en se condensant produit la vie et le même souffle qui, en se dispersant, amène la mort. Si la mort et la vie s'accompagnent ainsi, quel malheur y a-t-il pour nous ?

    A vrai dire, tous les êtres du monde ne font qu'un. Ce qu'on trouve beau est considéré comme miraculeux et merveilleux, ce qu'on trouve laid est considéré comme puant et pourri. La vérité est que la puanteur et la putréfaction se métamorphosent en miracles et en merveilles, et que le miracle et le merveilleux se métamorphosent en puanteur et en putréfaction. C'est pourquoi il est dit : "Il n'y a dans l'univers entier qu'un seul et unique souffle, aussi le saint vénère-t-il l'unité.
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  • Par Piling, le 29 juillet 2009


    Supposons qu'il y ait un vrai maître. On ne voit aucun indice de son existence. On constate son action, mais sans voir sa forme visible. Ainsi, par exemple, un corps se compose de cent os, de neuf orifices, et de six viscères. De tous ces composants, lequel dois-je aimer ? Les aimez-vous tous ? En préférez-vous certains ? Sont-ils tous des serviteurs ? Ces serviteurs sont-ils incapables de se régir eux-mêmes ? Faut-il qu'ils deviennent chacun à leur tour maître et serviteur ? S'il y a un vrai prince, notre connaissance et notre ignorance à son égard n'augmentent ni ne diminuent en rien sa vérité.

    Après avoir reçu sa forme propre, chacun de nous la conserve jusqu'à la fin de son existence. Lui et les autres êtres se blessent et se polissent ; leur voyage d'ici-bas fuit comme le galop d'un coursier ; personne ne saurait arrêter une course aussi rapide. N'est-ce pas misérable ? Chacun de nous se surmène sans voir aucun succès ; affairé et exténué, il ne sait où il va. N'est-ce pas déplorable ? Une telle vie qu'on appelle le contraire de la mort apporte-t-elle vraiment les avantages de la vie ? Car si son corps se transforme, son esprit le fait également. N'est-ce pas là une chose lamentable ? La vie d'un homme est-elle si obscurcie ? Est-ce moi seul qui suis obscurci, et les autres hommes ne le sont pas ?

    En prenant ses préjugés pour maîtres, qui de vous n'a pas de maîtres ? Dans ces conditions, est-il besoin de reconnaître un autre comme son maître ? Puisque son propre esprit est son maître, l'ignorant a aussi son maître.
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  • Par Piling, le 29 juillet 2009

    A vrai dire, tout être est autre, et tout être est soi-même. Cette vérité ne se voit pas à partir de l'autre, mais se comprend à partir de soi-même. Ainsi, il est dit : l'autre sort de soi-même, mais soi-même dépend aussi de l'autre. On soutient la doctrine de la vie, mais en réalité la vie est aussi la mort, et la mort est aussi la vie. Le possible est aussi impossible, et l'impossible est aussi possible. Adopter l'affirmation, c'est aussi adopter la négation ; adopter la négation, c'est adopter l'affirmation. Ainsi, le saint n'adopte aucune opinion exclusive et s'illumine au Ciel. C'est, là aussi, une manière d'adopter l'affirmation.
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