L'inspecteur Grant a été blessé dans une intervention. Sur son lit d'hôpital, il s'ennuie et ne parvient pas à se résoudre à entamer la lecture des quantités de nouveaux romans offerts par ses amis. C'est dans cet état que sont amie Marta, comédienne réputée le trouve. Elle lui suggère de s'intéresser à l'observation de visages et, dans ce but, lui apporte une sélection de portraits historiques. Très vite le regard de l'inspecteur est attiré par la physionomie de
Richard III, souverain anglais à la sinistre réputation puisqu'il est réputé avoir fait assassiné ses neveux – les enfants d'Edouard – à la Tour de Londres. En tout cas, c'est ce que prétendent tant
Thomas More que
Shakespeare. Il se passionne dès lors pour ce problème : il demande à chacun de ceux qui viennent le voir ce qu'il pense de ce portrait qu'il ne nomme, les réponses le fascinent : «malade du foie », « poliomyélite », « un juge » enfin pour l'adjoint de Grant, bref, aucun ne voit dans ces traits ceux d'un monstre. Avec l'aide d'un jeune chercheur américain, Grant va tenter d'enquêter sur le crime supposé du roi, confrontant livre d'histoire, fragments d'archives et impressions diverses.
L'auteur – comme le fera des années plus tard P.D.James dans son roman le Crime de la Tamise – reprend, avec des méthodes contemporaines, une enquête ancienne, ici un cas historique célèbre. Son argumentation est convaincante et peu à peu est remise en doute une légende. Bien sûr, c'est l'habitude des historiens de remettre en question les théories et d'étudier les documents pour tenter d'établir une vision la plus objective possible des événements historiques. L'originalité vient ici du genre choisi : celui du roman policier, dont l'enquêteur, de plus, est immobilisé dans un lit et non seulement n'a accès à aucun élément matériel – c'est une évidence – mais n'a même pas la possibilité de consulter personnellement les sources dont il aurait besoin.
Les théories que le roman développe firent scandale dans les années 50 quand il fut publié, tant il est vrai que nous tenons à nos légendes bonnes ou mauvaises.
Le lecteur qui ne connaît pas l'histoire d'Angleterre et n'est pas familiarisé avec les romans historico-policiers risque de se sentir un peu désorienté malgré les arbres généalogiques annexés à l'ouvrage. Toutefois tant la démarche que le sérieux de la documentation sont tout à fait séduisants.