> Georges Guiffrey (Traducteur)
> Sylvère Monod (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070386635
Éditeur : Gallimard (1994)


Note moyenne : 4.06/5 (sur 31 notes) Ajouter à mes livres
Il s'agit de l'un des plus grands classiques du roman anglais. Le XIXe siècle britannique est divisé entre Dickens et Thackeray comme le nôtre entre Balzac et Stendhal. Thackeray (1811-1863) est l'égal de Stendhal et La Foire aux Vanités (1848), son chefs-d'œuvre. Il y ... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 23 décembre 2007

    Woland
    Vanity Fair
    Traduction (pour l'édition Marabout) : Lucienne Molitor
    C'est sûr, voici un roman d'un âge déjà respectable puisque son auteur naquit en 1811. Et pourtant, passées les première pages (ne faut-il pas toujours un minimum de temps pour installer les personnages dans leur décor ?), il nous apparaît d'emblée extrêmement moderne. Il est rare en effet que, contrairement à son illustre contemporain, Charles Dickens, Thackeray use et abuse des "tics" d'écriture propres aux écrivains de l'époque.
    Certes, vous trouverez bien çà et là quelques appels au lecteur qui sont en revanche pratiquement absents de l'oeuvre d'une Jane Austen mais, rassurez-vous : rien de comparable à ceux d'un Hugo ou, je le répète, d'un Dickens (pourtant plus sobre que notre génie national).
    Le thème principal de cette "Foire aux Vanités," c'est le destin parallèle de deux jeunes pensionnaires de l'Institut de jeunes filles de Chiswick Mall. La première, Amelia Sedley, dite Emmy, possède au début tout ce qu'il faut avoir pour réussir dans la vie : des parents à l'aise et aimants, un frère à la situation solidement établie aux Indes, un amoureux tout trouvé, George Osborne et les rêveries habituelles à son âge. La seconde, Rebecca Sharp, dite Becky, est par contre orpheline, et pauvre, qui pis est. Rien, rien, Becky n'a rien, sauf l'assurance d'un poste de gouvernante (et l'on sait ce que signifie cette situation dans l'Angleterre pré-victorienne, pour ne rien dire de ce qu'elle deviendra sous Victoria) dans une famille de nobliaux à la campagne, les Crawley.
    Amelia est douce, résignée, généreuse, paisible et sans grande imagination. Disons les choses telles qu'elles sont, même si Thackeray demeure galant à son égard sauf peut-être dans les dernières pages où sa passivité un peu ovine finit visiblement par lui taper sur les nerfs, elle n'a pas grande personnalité. Becky pour sa part en déborde : jolie, vive, rusée, intelligente, pleine d'humour, sans beaucoup de scrupules, c'est une "battante" comme on dirait de nos jours et qui, en conséquence, utilise tous les moyens pour aboutir à ses fins, à savoir une situation respectable.
    Ces deux personnalités si dissemblables connaîtront les guerres napoléoniennes, les conséquences de Waterloo où George Osborne trouvera la mort et mille et une autres aventures que je vous laisse le plaisir de découvrir. Tout cela saupoudré d'une bonne dose d'humour voltairien qui n'épargne pas plus les hommes que les femmes. Car Thackeray n'est finalement pas si misogyne que cela et sa vision des hommes de son siècle n'est guère tendre. Quant aux femmes, il reconnaît à maintes reprises que la Société les tient dans un semi-esclavage et leur laisse en fait fort peu de chances de réussir quelque chose.
    Voilà pourquoi, sans doute, il conserve toute sa sympathie à sa Becky qu'il représente plus comme une demi-garce que comme une garce dans l'acception pleine et entière du terme. C'est visiblement son enfant chérie, sa préférée, celle qui, au-delà son cynisme, venge en quelque sorte nombre de ses soeurs en féminité. Anglo-saxonnisme oblige, elle n'a ni la grandeur classique ni la flamboyance froide d'une Mme de Merteuil mais elle n'est pas sans nous évoquer parfois la silhouette féline de l'inoubliable marquise.
    Et le talent et l'humour de Thackeray sont si grands et touchent si juste le coeur du lecteur que, la dernière page refermée, celui-ci s'aperçoit avec étonnement et non sans amusement que, finalement, Becky Sharp est devenue l'une de ces vieilles amies à placer en paix sur une étagère de bibliothèque, non loin de Jane Austen (dont Thackeray, à mon sens, se rapproche plus par le style et surtout les idées sans parler de la causticité) et, bien sûr, de Charles Dickens, peut-être plus universel mais aussi parfois un peu trop utopiste. ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par annie, le 16 juillet 2009

    annie
    Amelia Sedley et Rebecca (dite Becky) Sharp sont deux amies qui suivent l'enseignement d'un pensionnat pour jeunes filles. La première est issue d'une famille bourgeoise fortunée, est timide, douce et ne connaît rien de la vie. La seconde a perdu ses parents, son père était peintre et sa mère chanteuse, elle est intelligente, charmante et fait tout pour cacher ses origines modestes et suspectes aux yeux de la bonne société londonnienne.
    À la fin de leur scolarité, Amélia invite Becky à passer quelques semaines chez ses parents. Becky y fait la connaissance de Joseph Sedley, le frère d'Amélia, d'ordinaire receveur d'impôts en Inde, et de retour en Angleterre. Joseph est imbu de lui-même, gras, timide et pense qu'aucune femme ne lui résiste. Il est en revanche très riche. Amélia, quant à elle, doit se marier avec Georges Osborne, issu d'une famille aristocratique dont les Sedley ont rétabli la fortune. Amélia est amoureuse de Georges et ne voit pas quel personnage vain et égoïste il est. L'ami et confident de Georges, le capitaine William Dobbin, est profondément amoureux d'Amélia, mais sa position sociale ne lui permet pas de convoiter une jeune femme d'une famille aussi puissante, d'autant qu'Amélia, amoureuse de Georges, ne fait pas attention à lui.
    Becky fait du charme à Joseph et celui-ci tombe dans les filets de cette petite femme qui ne désire rien tant qu'une place respectable dans la société anglaise. La maladresse de Joe et l'intervention de Georges font capoter les projets de mariage de Becky. Celle-ci est envoyée dans la campagne anglaise en tant que gouvernante chez Sir Pitt Crawley, un baronnet.
    Becky, grâce à son intelligence, se rend rapidement indispensable chez les Crawley, aussi bien pour l'éducation des enfants que pour la tenue des comptes. Elle est alors renvoyée chez miss Crawley, la vieille douairière de la famille, immensément riche, dont tout le monde convoite la fortune, car celle-ci a été subitement victime... d'une indigestion. Sir Pitt propose alors à Becky de l'épouser, mais coup de théâtre, celle-ci refuse car elle a déjà épousé un autre membre de la famille : le colonel Rawdon Crawley, fils cadet de Sir Pitt et neveu préféré de la vieille douairière. Les deux époux sont rejetés de la famille Crawley.
    Le retour de Napoléon Bonaparte de l'île d'Elbe fait la ruine de la famille Sedley. le père de Georges Osborne décide alors d'annuler la promesse de mariage, mais Georges, sous l'insistance de Dobbin, épouse Amélia. Georges est rejeté et déshérité par son père.
    Tout le monde se retrouve à Brighton, puis à Bruxelles, à la veille de la bataille de Waterloo. La bonne société anglaise se retrouve alors tout entière en Belgique. Becky s'y fait de nombreux ennemis et éveille par ses coquetteries la convoitise de Georges. Dobbin et Georges, officiers de l'armée britannique, partent combattre les forces françaises et Georges périt à Waterloo. Amélia, enceinte, rentre dans sa famille et ne peut prétendre à aucun subside de la part de sa belle-famille (puisque Georges l'avait épousée contre l'avis de son père et que la colère de celui-ci envers Amélia ne s'est pas calmé). Comble de malheur pour la jeune-femme, les affaires de son père vont de mal en pis.
    Les années qui suivent ne sont pour Becky et Rawdon que soirées, rencontre de la bonne société et accumulation de dettes. Amélia mène une vie étriquée chez ses parents tombés dans la gêne, elle doit ses seuls instants de bonheur à son fils George junior. Joe et Dobbin partent pour les Indes. La relation cachée et ambiguë qui s'établit entre Becky et Lord Steyne, un puissant personnage tout près de la Couronne, fait jaser. Après un épisode dramatique au cours duquel Rawdon est mis en prison pour dettes, puis libéré par sa belle-soeur et non par sa femme Becky qu'il découvre un peu plus tard en train de tranquillement souper chez lui en tête-à-tête avec Lord Steyne, le mari outragé décide de se séparer de cette petite intrigante sans scrupule qui bafoue son honneur.
    La fortune de la famille Sedley est alors opportunément rétablie par le retour de Joe (qui, lui, n'avait pas été ruiné, et qui, jusque là, ignorait les conditions de vie de ses parents et de sa sœur). Accompagné d'Amélia, du petit Georges et de Dobbin, Joe décide de faire le tour de l'Europe. Dans une principauté allemande, ils retrouvent Becky qui vit d'expédients, dans un milieu louche ou de peu de vertu, et avec un train de vie très inférieur à celui qui était le sien quand elle était l'épouse de Rawdon. Becky parvient à regagner les bonnes grâces de la famille Sedley et de Joe en particulier. Dobbin, toujours amoureux transi d'Amélia mais excédé qu'elle s'accroche au souvenir de Georges et ne réponde pas à son amour, prend la décision de repartir pour les Indes. Amélia réalise tout ce qu'elle va perdre si Dobbin part pour de bon, mais elle se sent toujours liée à son époux défunt et hésite encore. Ce n'est que lorsque Becky lui révèle les égards douteux que Georges a eus envers elle la veille de sa mort à Waterloo qu'Amélia se sent complètement libre de donner son amour à Dobbin. Ils se marient enfin.
    Le frère d'Amélia, Joe, est maintenant seul entre les griffes de Becky. Elle accroît son empire sur lui. Il tombe malade et meurt peu après avoir signé une assurance-vie au profit de l'intrigante. Dobbin et Amélia ont une fille, Jane. Ils coulent des jours heureux, mais Dobbin ne redeviendra jamais tout à fait l'amoureux transi qu'il avait longtemps été. -wikipédia


    Lien : http://mazel-livres.blogspot.com/
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    • Livres 4.00/5
    Par stcyr04, le 06 mai 2012

    stcyr04
    Avec une ironie mordante et son génie particulier de la parodie, Thackeray, à travers cette réjouissante Comédie Humaine, illustre les travers et ridicules de l'homme, ses petites, vaines et mesquines prétentions. Mais lorsqu'il aborde des épisodes plus tristes, il n'atteint pas au sublime dans le pathétique comme Dickens. J'ai beaucoup gouté l'évocation de la bataille de Waterloo du côté des pékins de la société européenne amassés comme à la foire à Bruxelles, "au plus proche du théâtre des opérations". Vanitas Vanitatum!
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    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 29 avril 2011

    Aline1102
    Cela fait plusieurs années déjà que j'ai découvert cette magnifique fresque de Thackeray et je dois dire que c'est toujours avec un réel plaisir que je la relis.
    L'ironie et l'humour piquant dont l'auteur fait preuve sont particulièrement accrocheurs et le lecteur a toujours envie d'en savoir plus sur la façon dont les différents protagonistes parviennent à se ridiculiser.
    Assez long à lire, mais cela vaut vraiment la peine!
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Citations et extraits

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  • Par stcyr04, le 01 mai 2012

    M. Isidore avait regardé d'un air sournois le domestique d'Osborne
    faire les préparatifs du départ de son maître. Il en voulait
    d'abord beaucoup à M. Osborne pour ses airs méprisants avec lui; les
    domestiques du continent sont en général d'une nature peu endurante.
    En second lieu, il était tout contristé de voir tant d'objets de prix
    soustraits à sa convoitise pour passer en des mains autres que les
    siennes après la déroute des Anglais. La défaite des alliés paraissait
    inévitable à la plupart de ceux qui se trouvaient alors en Belgique.
    L'opinion générale était que l'empereur, passant sur le ventre des
    Prussiens et des Anglais, serait dans trois jours à Bruxelles.
    En conséquence, M. Isidore s'attribuait déjà en esprit toute la
    garde-robe et tous les meubles de ses maîtres actuels auxquels il ne
    restait qu'à choisir entre être pris, tués, ou mis en fuite.

    Au milieu des soins que ce fidèle serviteur donnait chaque matin à Jos
    pour la confection de sa toilette, il calculait, à mesure que chaque
    objet lui passait dans les mains, le parti qu'il en pourrait tirer
    pour son usage ou son avantage personnel. Il destinait les flacons
    en argent et autres objets de même nature à une jeune personne, pour
    laquelle il nourrissait de très-tendres sentiments. Il s'adjugeait les
    rasoirs anglais avec une superbe épingle montée en rubis. Il se voyait
    déjà se prélassant avec les chemises à jabots, le chapeau galonné
    d'or, la redingote à brandebourgs, qu'on pourrait facilement rajuster
    à sa taille, la canne à pomme d'or du capitaine, sa grosse bague
    à double rangée de rubis, dont on lui ferait deux superbes boucles
    d'oreille; comment Mlle Reine pourrait-elle alors résister aux charmes
    fascinateurs de ce nouvel Adonis?

    «Ces doubles boutons m'iront à merveille, pensait-il en fixant ses
    regards sur les susdits boutons qui scintillaient aux énormes poignets
    de son maître. Avec ces boutons, je mettrai les bottes à éperons de
    cuivre que le capitaine a laissées dans la chambre à côté, et alors,
    corbleu! comme on va me regarder passer dans l'allée Verte!»

    Tandis que M. Isidore, saisissant d'une main hardie l'extrémité du
    nez de son maître, lui rasait la partie inférieure de la figure, il
    se voyait déjà en imagination s'avançant majestueusement dans l'allée
    Verte, Mlle Reine au bras et l'habit à brandebourgs sur le dos, ou
    bien encore, en face d'une cruche de faro, dans le cabaret qui se
    trouve sur la route de Lacken.

    Mais, heureusement pour son repos, M. Jos Sedley n'avait nulle notion
    des opérations intellectuelles qui s'accomplissaient dans le cerveau
    de son domestique, pas plus que nous n'en savons en général sur ce
    qu'on pense de nous à l'office. Le pauvre Jos ne se doutait pas plus
    des funestes projets médités contre lui que les poulets qui figurant
    sur la carte du traiteur n'ont eu la prescience de leur sort.

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  • Par stcyr04, le 01 mai 2012

    Mistress Rebecca Crawley habitait le même hôtel que ces dames, et,
    jusqu'à cette époque, elles s'étaient efforcées de part et d'autre
    à se prouver, dans leurs moindres rapports, combien elles se
    détestaient. Si, par hasard, milady Bareacres rencontrait mistress
    Crawley dans l'escalier, aussitôt elle détournait la tête avec
    affectation. Toutes les fois qu'on prononçait devant elle le nom de sa
    voisine, elle avait mille petites infamies à raconter sur sa conduite.
    La comtesse ne pouvait digérer les familiarités du général Tufto avec
    la femme de l'aide de camp, et lady Blanche la fuyait comme si c'eût
    été la peste ou la vermine. Le comte seul échangeait volontiers
    quelques paroles avec elle toutes les fois qu'il pouvait échapper à la
    surveillance de ces dames.

    Rebecca allait pouvoir enfin se venger de tant d'outrages. Tout
    l'hôtel savait que les chevaux du capitaine Crawley étaient restés à
    l'écurie. Et, dès le commencement de l'alerte, lady Bareacres avait
    daigné envoyer à Rebecca sa femme de chambre pour lui présenter ses
    compliments et lui demander le prix qu'elle voulait de ses chevaux.

    Mistress Crawley lui retourna ses compliments dans un billet où elle
    lui faisait savoir qu'il n'était pas dans ses habitudes de traiter
    avec des femmes de chambre.

    À la suite de cette brève réponse, le comte en personne fut dépêché
    auprès de Becky, mais son ambassade n'obtint pas plus de succès que la
    précédente.

    «M'envoyer une femme de chambre, à moi! s'écriait mistress Crawley
    simulant la fureur. Pourquoi lady Bareacres ne m'a-t-elle pas fait
    dire tout de suite de mettre les chevaux à sa voiture? Est-ce milady
    ou sa femme de chambre qui veut prendre la fuite?»

    Telles furent les seules paroles que le comte put arracher à mistress
    Crawley, et qu'il alla reporter à la comtesse.

    Mais à quoi la nécessité ne peut-elle nous réduire? Après ce second
    échec, la comtesse alla trouver elle-même mistress Crawley; elle la
    supplia de lui céder ses chevaux, lui promit de les payer ce qu'elle
    voudrait, s'engageant même à recevoir Becky à l'hôtel Bareacres si
    celle-ci consentait à lui procurer tel moyens d'y rentrer.

    Mistress Crawley partit d'un éclat de rire.

    «Je me soucie peu de connaître la couleur de votre livrée, lui
    dit-elle d'un ton moqueur; quant à vous, ma belle dame, vous ferez
    bien de faire votre deuil de l'Angleterre, ou pour le moins de vos
    diamants. Soyez tranquille, les Français s'en accommoderont. D'ici à
    deux heures, vous les verrez à Bruxelles; pour moi, je serai déjà
    à moitié chemin sur la route de Gand. Vous m'offririez, pour mes
    chevaux, les deux gros diamants que Votre Seigneurie portait au bal,
    que je n'en voudrais pas, entendez-vous, ma très-noble lady.»

    Lady Bareacres frémissait de rage et d'effroi; elle avait cousu une
    partie de ses diamants dans la doublure de sa robe, et caché le reste
    dans les habits et les bottes de milord.

    «Madame, reprenait-elle, mes diamants sont chez le banquier, et
    j'entends avoir vos chevaux à l'instant.»

    Rebecca se mettait à rire de plus belle.

    La comtesse redescendit, toute bouleversée par la fureur, et elle
    rentra dans sa voiture. La femme de chambre, le valet de pied et le
    mari furent expédiés dans des directions opposées, pour tâcher de se
    procurer une rosse quelconque. Malheur à qui manquerait à l'appel!
    Milady était décidée à partir impitoyablement dès qu'elle aurait des
    chevaux: tant pis pour son mari s'il ne se trouvait pas là.

    Rebecca, de sa fenêtre, eut la satisfaction de voir milady assise dans
    sa voiture toute prête à partir, sauf les chevaux, et de lui adresser
    de railleuses condoléances, tandis que la comtesse s'emportait contre
    les lenteurs de ses maladroits émissaires.

    --Ne point trouver de chevaux! disait mistress Crawley, il y a de quoi
    se désoler, lorsqu'on a tant de diamants cousus dans les coussins de
    sa voiture! Les Français auront à se réjouir d'une si belle prise! je
    ne parle que des diamants, bien entendu.

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  • Par stcyr04, le 06 mai 2012

    «Y pensez-vous, Amélia? fit Dobbin avec un retour de tristesse;
    croyez-vous que ces mots prononcés dans l'emportement de la colère
    soient assez forts pour ne plus rien laisser de toute une vie de
    dévouement. La mémoire de George n'a point à s'offenser de la manière
    dont je me conduis par égard pour elle, et si je mérite des reproches,
    je n'aurai jamais à en recevoir de sa veuve et de la mère de son fils.
    Pensez-y, pensez-y dans le calme de la réflexion, et je suis convaincu
    qu'en âme et conscience vous serez obligée de m'absoudre d'une
    pareille accusation; et déjà, maintenant, vous n'aurez pas le courage
    de me condamner.»

    Amélia laissa tomber sa tête sur sa poitrine.

    «Ce ne sont point mes paroles d'hier, Amélia, qui vous ont ainsi
    animée contre moi. Ce n'est là qu'un prétexte, ou bien j'aurais perdu
    ma peine à vous aimer pendant quinze ans, à veiller avec tendresse sur
    votre coeur. Et croyez-vous donc que, depuis de si longues années, je
    n'aie pas appris à lire dans votre âme, dans vos pensées. Je sais ce
    dont votre coeur est capable; il peut s'attacher avec fidélité à un
    souvenir, chérir une image; mais il ne peut ressentir un attachement
    assez fort pour répondre à celui que j'éprouve pour vous, enfin tel
    que j'aurais voulu le rencontrer dans une âme mieux trempée que la
    vôtre. Non, vous n'êtes pas digne de l'amour que je vous avais voué;
    je l'ai reconnu depuis longtemps, le but que je proposais à mon
    existence n'était pas digne des efforts que j'ai tentés pour
    l'atteindre. Insensé, je me suis bercé de vaines chimères, et, dans
    mon fol abandon, je me sentais toujours prêt à échanger la franchise
    et l'ardeur de mon âme contre la faible étincelle d'amour assoupie
    dans la vôtre; mais maintenant je renonce à un pareil marché, je me
    retire et sans qu'il y ait reproche ou ressentiment de ma part. Oh!
    nullement; avec une bonne nature, vous avez fait tout ce qu'on pouvait
    attendre de vous; mais la hauteur de l'attachement que je vous portais
    est trop élevée pour vous, et pour y atteindre, pour avoir part à
    cette généreuse tendresse, il fallait un coeur plus grand que le
    vôtre. Adieu, Amélia; après avoir suivi toutes les vicissitudes du
    combat qui se livrait en vous, je reconnais qu'il est temps d'y mettre
    fin; nous sommes tous deux à bout de nos forces.»

    Amélia, consternée et silencieuse, écoutait William qui secouait tout
    à coup la chaîne qui jusqu'alors les tenait unis et regagnait à la
    fois son indépendance et sa supériorité. Depuis longtemps cette
    petite créature le sentant prosterné à ses pieds, avait cru qu'il ne
    saurait jamais se relever. Elle ne voulait point l'épouser, mais le
    tenir à sa discrétion, elle voulait tout de lui, sans lui faire aucune
    concession. C'était un de ces marchés tels qu'on en voit souvent en
    amour.
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  • Par stcyr04, le 01 mai 2012

    PROCLAMATION.

    «Aveunes, 14 Juin 1815.
    «Soldats!

    «C'est aujourd'hui l'anniversaire de Marengo et de Friedland,
    qui décidèrent deux fois du destin de l'Europe. Alors comme après
    Austerlitz, comme après Wagram, nous fûmes trop généreux, nous crûmes
    aux protestations et aux serments des princes que nous laissâmes sur
    le trône; aujourd'hui cependant, coalisés entre eux, ils en veulent
    à l'indépendance et aux droits les plus sacrés de la France. Ils ont
    commencé la plus injuste des agressions; marchons à leur rencontre:
    eux et nous ne sommes plus les mêmes hommes!

    «Soldats, à Iéna contre ces mêmes Prussiens, aujourd'hui si arrogants,
    vous étiez un contre trois, et à Montmirail un contre six!

    «Que ceux d'entre vous qui ont été prisonniers des Anglais vous
    fassent le récit de leurs pontons et des maux affreux qu'ils y ont
    soufferts.

    «Les Saxons, les Belges, les Hanovriens, les soldats de la
    Confédération du Rhin gémissent d'être obligés de prêter leurs bras à
    la cause des princes ennemis de la justice et des droits de tous les
    peuples. Ils savent que cette coalition est insatiable; après avoir
    dévoré douze millions de Polonais, douze millions d'Italiens, un
    million de Saxons, six millions de Belges, elle devra dévorer les
    États du second ordre de l'Allemagne.

    «Les insensés, un moment de prospérité les aveugle; l'oppression et
    l'humiliation du peuple français sont hors de leur pouvoir. S'ils
    entrent en France, ils y trouveront leur tombeau.

    «Soldats, nous avons des marches forcées à faire, des batailles à
    livrer, des périls à courir; mais, avec de la constance, la victoire
    sera à nous; les droits de l'homme et le bonheur de la patrie seront
    reconquis. Pour tout Français qui a du coeur, le moment est arrivé de
    vaincre ou de périr.

    «Signé: NAPOLÉON.»

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  • Par stcyr04, le 29 avril 2012

    Un homme a de très-grandes obligations à un autre: survient
    une brouille entre eux. L'obligé doit alors, par égard pour les
    convenances, se montrer bien plus exigeant que le premier venu; car
    cet excès d'ingratitude ne devient légitime qu'en prouvant le crime
    du bienfaiteur. Égoïste, brutal intéressé! vous ne l'êtes pas, vous
    ne l'avez jamais été, mais vous êtes victime de la trahison la plus
    honteuse, accompagnée de circonstances aggravantes.

    Règle générale dont s'accommodent fort les créanciers durs et
    revêches: les hommes gênés dans leurs affaires sont tous des coquins.
    Ils ont dissimulé leur situation, ils ont exagéré leurs chances de
    gain, ils ont voulu en imposer, faire croire que tout allait bien
    quand tout était perdu; ils promenaient partout une face souriante,
    sourire bien douloureux alors qu'on se trouve sous le coup d'une
    banqueroute! Ils étaient toujours prêts à saisir toutes les occasions
    de remise, afin de retarder quelques jours de plus une ruine
    inévitable.

    «C'est leur déloyauté qui est cause de tout, dit le créancier
    triomphant, et il insulte à son ennemi dans la détresse.

    --C'est folie de s'accrocher à une paille,» dit la froide raison à
    l'homme qui se noie.

    --Vous êtes un infâme, puisqu'on voit votre nom couché sur les
    colonnes de la gazette,» dit toujours la prospérité au pauvre diable
    qui se débat dans le gouffre de la misère.

    Qui n'a remarqué la promptitude des amis les plus intimes et des
    hommes les plus honorables à se soupçonner, à s'accuser l'un l'autre
    de mauvaise foi, pour peu qu'il s'agisse d'une question d'argent et
    qu'elle tourne mal? Chacun en est là, chacun se trouve honnête, à
    charge que tous les autres soient des gueux. Afin d'être justifié, le
    bourreau a besoin de montrer un scélérat dans l'homme qu'il attache au
    pilori; autrement, il ne serait lui-même qu'un misérable.

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