> Katia Holmes (Traducteur)

ISBN : 284230375X
Éditeur : Hoëbeke (2010)


Note moyenne : 4/5 (sur 4 notes) Ajouter à mes livres
La Sibérie : un immense nulle part, plus grand que les États-Unis et à peu près inconnu. Une terre dévastée que peuplent, entre usines en ruine et déchets nucléaires, des popes illuminés, des chamans égarés, des rescapés du Goulag – autant de fantômes s’acharnant à vivr... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 4.00/5
    Par ivredelivres, le 28 novembre 2010

    ivredelivres
    La Sibérie: « Une austère beauté, une peur indélibile » Voilà les premiers mots de de récit de voyage qui conduit Colin Thubron d' Iekaterinbourg, où furent exécutés les derniers Romanov dans la maison Ipatiev, aux confins de la Kolyma où périrent des millions d'hommes.
    C'est ce gigantisme qui l'attire, les étendues blanches et glacées, les fleuves parmi les plus grands du monde, un pays « ayant toujours servi de poubelle pour les criminels »
    En pérégrin expérimenté il utilise tous les moyens de transport, du Transibérien aux avions brinquebalants, et lorsque l'essence manque il paie de sa personne et erre à pieds sac au dos et profite de la liberté offerte par la chute du communisme (on est en 1999) « C'était la première fois dans l'histoire de la Russie qu'un étranger pouvait se balader En Sibérie à son gré. »
    Quelques noms égrenés au fil du voyage : Omsk où « Un siècle après Dostoïevski, Soljenitsyne était passé » , Novosibirsk sur la route qui relie l'Oural au Pacifique où « Il plut nuit et jour quand Tchekhov fit le long voyage de Sakhaline »
    Akademgorod qui fut un temps la capitale des cerveaux scientifiques de l'Union Soviétique et d'autres lieux où Colin Thubron nous invite grâce à sa connaissance de l'histoire de la Russie : la vallée de Pazyryk dans l'Altaï, haut lieu de la civilisation Scythes, ce mystérieux peuple chanté par Hérodote.
    Kyzyl où s'élève un obélisque marquant le coeur de l'Asie, Krasnoïarsk la cité admirée par Tchekhov que traverse l'Ienisseï et de là tout droit vers Doudinka et l'Arctique à bord d'un vapeur « Nous entrons dans un vide doré. Je me dis : voilà la Sibérie originelle — insaisissable, infinie — celle qui s'attarda au fond des yeux des premiers voyageurs, tel un inconscient géographique. Son apparente vacuité était une page blanche offerte à l'écriture »
    Au gré de ses rencontres il pénètre dans la taïga avec un chasseur de bernaches et de rennes « De jour j'avais trouvé la taïga silencieuse, baignant dans une lumière verdâtre et une paix de cathédrale. Mais ce vide n'était qu'une absence d'humains. La forêt bruissait de toute la vie inquiète qui la peuplait : des lynx, des cerfs, des renards. »
    Le Baïkal aux allures d'océan, Irkoustk où l'on suit la trace de Iekaterina Troubetskaïa et Maria Volkonskaïa, princesses qui choisirent de suivre leurs maris exilés par le Tsar.
    S'enfonçant toujours plus profondément, Colin Thubron atteint le Pacifique, la frontière avec la Chine, le fleuve Amour et Iakoutsk pour terminer à Magadan, confins géographiques et humains de la Kolyma terre de désespoir où le froid est tel que « votre haleine gèle aussitôt, elle forme des cristaux qui tintent en touchant le sol avec un léger bruit surnommé le murmure des étoiles »
    Là s'achève le voyage de Colin Thubron, une terre de douleur pour des millions d'hommes et dont il dit magnifiquement « Comment supporter ne serait-ce que la pensée des plaintes qui pourraient s'élever de cette terre »
    'est un voyage extraordinaire, mais tout l'art de Thubron est de savoir, non seulement nous décrire cette démesure, ces paysages splendides dans un style d'une très grande élégance, mais surtout de savoir à merveille parler de ses rencontres, des personnages qui traversent ce livre : Un descendant de Raspoutine, le gardien d'un musée totalement vide, des fonctionnaires attendant un salaire qui ne vient pas, un archéologue oublié de tous, des vieux croyants Ermites dans la Taïga, les derniers juifs d'une communauté installée par le Stalinisme et aujourd'hui disparue.
    Ses interviews très vivants, parfois très émouvants sont le fruit d'une culture immense, d'une chaude empathie qui lui permettent de nous porter à la rencontre de ces hommes et femmes, héros ou victimes tous en attente d'un avenir très incertain.
    C'est mon troisième voyage organisé par Colin Thubron, j'avais il y a des années exploré la Chine avec lui et son récit Derrière la Grande Muraille montrait un don pour l'interview, pour les rencontres et l'observation qui m'avait séduite.
    Ce voyage En Sibérie tient toutes ses promesses.
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    • Livres 4.00/5
    Par Apikrus, le 02 juin 2011

    Apikrus
    Un écrivain britannique nous fait part de ses observations au cours de son périple de six mois à travers la Sibérie à la fin des années 1990. Il rend compte de ses visites de sites archéologiques, de musées, d'usines et de camps abandonnés. Il évoque ses rencontres variées avec une population dont la vie est bouleversée par les changements politiques récents, pour le meilleur (libertés nouvelles) et pour le pire (inflation, corruption, alcoolisme...).
    Le trajet d'ouest en est de l'auteur est le fil conducteur du récit. Au gré des lieux et des rencontres, on découvre ainsi la géographie et l'Histoire du pays : assassinat de la famille impériale, Raspoutine, schisme de l'Eglise orthodoxe suite à sa réforme, goulags, expansion russe vers l'est, relations avec la Chine, guerre d'Afghanistan. Les cadres et modes de vie des populations côtoyées sont décrits par des aspects variés. le fait religieux occupe nénamoins une grande place dans le livre, sans doute parce que Thubron y a été particulièrement attentif. C'est surtout la diversité des croyances présentées qui m'a surpris : chamanisme boudhiste, Eglise melchite, vieux croyants, néo-païens Yakoutes. L'auteur semble y voir une conséquence des bouleversements politiques récents.
    Ce livre passionnant, très riche, est instructif et donne envie de voyager.
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  • Par keisha, le 09 janvier 2011

    keisha
    Fascinante Sibérie... Son nom est la fusion du mongol siber (beau, pur) et du tatar sibir (pays endormi), seulement trente millions d'habitants (dont cinq pour cents d'autochtones) pour plus de 9400 kilomètres d'ouest en est (et inversement) et sept fuseaux horaires... le soleil peut se lever en même temps à Iekaterinenbourg et se coucher à Vladivostok...
    Colin Thubron entreprend ce voyage à la fin des années 1990, seul, (il parle suffisamment russe pour passer pour un estonien, par exemple), empruntant le transsibérien bien sûr, mais aussi avion, bateau, pour s'écarter au nord et au sud de cette ligne ferroviaire mythique.
    Un riche passé méconnu : on y a découvert le tapis noué le plus ancien de la planète (5ème siècle avant JC)
    "Ce tapis se trouvait dans un tombeau scythe à Pazyrik, dans les montagnes de l'Altaï près de la frontière chinoise et faisait partie d'un trésor royal. De matière périssable, le tapis avait été miraculeusement conservé comme pour les mammouths de Sibérie, par congélation." Source http://www.globalarmenianheritage-adic.fr/fr/5culture/tapis/6pazyryk.htm
    http://www.toutsurlestapis.fr/img/2/13375.jpg
    Colin Thubron propose toute une galerie de personnages rencontrés au fil du voyage, la plupart déçus par la politique russe, vivotant dans de rudes conditions, parfois se repliant vers la religion. Les villes sont rarement belles, souvent polluées, délabrées... Une impression de décadence, d'abandon. Et surtout il évoque les terribles conditions des prisonniers. "Trois cents ans avant le Goulag de Staline, des groupes de bagnards avaient été expulsés à l'est de l'Oural.(...) le besoin de peupler la Sibérie et d'extraire son minerai du sol suscita bientôt un flot de déportés toujours croissant.(...) Pratiquer la boxe, battre sa femme, mendier sous un faux prétexte de misère, couper des arbres de manière illicite, s'adonner au vagabondage et dire la bonne aventure : tout cela pouvait faire envoyer un homme En Sibérie." De même priser le tabac ou conduire une charrette sans rênes!

    Mais c'est au 20ème siècle que tout a continué à grande échelle : les morts enterrés rapidement, la route et les rails posés au dessus. Les conditions de détention des déportés de droit commun ou politiques (parfois sous des tentes!), le travail forcé dans des conditions atroces (même en zone radio active!), le peu de nourriture, la maladie (typhus, tuberculose, pneumonie), les millions de morts, là franchement jamais je n'aurais imaginé à quel point c'était horrible! Dès que j'en aurai le courage, je sortirai les récits de Soljenitsyne et Evguenia Guinzbourg des étagères où ils attendent depuis des années...

    N'hésitez pas à découvrir ce récit, magnifiquement écrit qui plus est, pour un voyage que vous n'oublierez pas...

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-en-siberie-62317..
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    • Livres 4.00/5
    Par BVIALLET, le 26 mars 2012

    BVIALLET
    L'écrivain anglais raconte sa longue traversée de la Sibérie peu de temps après l'effondrement du régime soviétique. Il parcourt ces immensités souvent vides et dépeuplées en utilisant principalement le Transsibérien mais également le bateau sur le fleuve Iénisséï et même l'avion militaire. Son périple l'amène d'Ekaterinenbourg, ville où fut martyrisée la famille Romanov et où son ombre plane toujours, à Vorkouta, « capitale » du Goulag, à Omsk, à Akademgorod, ville réservée aux scientifiques aujourd'hui sinistrée, sans oublier Irkoutsk qui n'a pas oublié les Décembristes et Magadan en pleine Kolyma de sinistre mémoire. C'est dans cette immensité glaciale que les communistes envoyaient à la mort les opposants en les faisant trimer dans des mines d'or ou d'uranium radio-actif sans leur donner grand chose à manger et en les privant d'habits chauds et d'abris décents... Thubron rencontre également les derniers survivants de peuplades oubliées ( Yakoutes, etc...), de dissidents religieux persécutés (Baptistes, Vieux Croyants et même Juifs relégués dans l'inhospitalier Birobidjan).
    Un livre passionnant sur une région aussi immense que mal connue, écrit dans le style du célèbre écrivain-voyageur Nicolas Bouvier. le lecteur a un peu l'impression d'explorer un à un tous les cercles de l'enfer communiste (« Kolyma est le pays où le soleil n'a pas de chaleur, les fleurs pas d'odeur et les femmes pas de coeur », dit-il). L'auteur s'attache à faire oeuvre didactique en s'intéressant aux aspects géographiques, économiques, historiques, religieux et politiques de tous les lieux parcourus. Il s'efface tant derrière son sujet que les anecdotes sont plus que rares. Heureusement, elles sont remplacées par des rencontres avec des personnages étonnants et insolites. La Sibérie est un peu le « Far-East » de la Russie, les Cosaques sont ses cow-boys et les Vieux Croyants, ses Amishs ou ses Mennonites. A croire que les grands espaces suscitent des êtres d'une trempe sortant de l'ordinaire.

    Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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Citations et extraits

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  • Par ivredelivres, le 28 novembre 2010

    De jour j’avais trouvé la taïga silencieuse, baignant dans une lumière verdâtre et une paix de cathédrale. Mais ce vide n’était qu’une absence d’humains. La forêt bruissait de toute la vie inquiète qui la peuplait : des lynx, des cerfs, des renards.
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  • Par ivredelivres, le 28 novembre 2010

    votre haleine gèle aussitôt, elle forme des cristaux qui tintent en touchant le sol avec un léger bruit surnommé le murmure des étoiles
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  • Par ivredelivres, le 28 novembre 2010

    Nous entrons dans un vide doré. Je me dis : voilà la Sibérie originelle — insaisissable, infinie — celle qui s’attarda au fond des yeux des premiers voyageurs, tel un inconscient géographique. Son apparente vacuité était une page blanche offerte à l’écriture
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  • Par ivredelivres, le 28 novembre 2010

    Comment supporter ne serait-ce que la pensée des plaintes qui pourraient s’élever de cette terre »
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  • Par ivredelivres, le 28 novembre 2010

    Mon voyage va courir après cette étendue qui couvre sept fuseaux horaires et un tiers de l’hémisphère Nord
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