> Christine Zeytounian-Beloüs (Traducteur)

ISBN : 9782226215222
Éditeur : Albin Michel (2010)


Note moyenne : 3.14/5 (sur 7 notes) Ajouter à mes livres

La Sonate à Kreutzer paraît en 1891. Ce réquisitoire contre l'amour charnel au sein du couple, qui détournerait l'homme de plus hautes aspirations, suscite un scandale et Sophie Tolstoï, qui se sent visée, réplique. Elle rac... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 2.00/5
    Par horline, le 20 septembre 2011

    horline
    La musique recèle des pouvoirs insoupçonnés, notamment de révéler chez certains les sentiments les plus intenses jusqu'à leur faire perdre la raison. Pour Léon Tolstoï, c'est La Sonate à Kreutzer de Beethoven. Elle lui a inspiré une œuvre littéraire à coloration autobiographique mettant en lumière une vie conjugale chaotique, désenchantée dans laquelle l'auteur déverse toute sa haine et sa rancœur contre le mariage qu'il méprise au point de le considérer comme une institution mensongère.
    Face à ce discours radical, et se sentant certainement outragée, Sophie Tolstoï choisit de prendre la plume pour répondre au récit pamphlétaire de son mari en adoptant également le ton romanesque.
    Dans la Russie des notables, Anna, jeune fille issue de bonne famille et terriblement idéaliste s'éprend du prince Prozorski, que des désirs romanesques pousseront à épouser. Mais le tempérament égoïste, orgueilleux et excessivement jaloux de l'époux transforme très vite ce mariage en une succession de déceptions pour Anna en quête d'un amour transcendant, exalté, sublimé …bien éloigné de l'amour charnel arboré par l'époux dont la jalousie exacerbée va faire perdre la raison.
    Avec une écriture portée par le vibrato de l'amour idéalisé, angélique qui imprime une note désuète à ce récit Sophie Tolstoï marque le contraste avec le récit de Léon Tolstoï dans lequel un homme, Pozdnychev, profite d'une discussion avec des voyageurs à bord d'un train pour exposer sa vision des femmes et de l'impossible bonheur conjugal, lui qui a tué son épouse à cause de sa jalousie haineuse et féroce.
    Le récit de l'écrivain expose de manière remarquable la progression de la jalousie contre laquelle lutte l'époux. Il saisit avec force et lucidité les scènes clés et les instants de vie de ce couple en perdition. Mais le discours de Pozdnychev derrière lequel se cache Léon Tolstoï se brouille sous le poids de l'ambivalence de l'auteur, qui bascule entre quête des aspirations spirituelles les plus élevées et abandon aux instincts charnels qu'il considère les plus répugnants mais inévitables pour l'homme. La réflexion s'attache à démontrer que le bonheur conjugal est impossible, surtout au regard de la condition des femmes, à la fois légères, faibles, manipulatrices, incapables de réprimer les appétences animales de leur mari mais aussi prisonnières de l'hypocrisie des mœurs.
    C'est précisément à cette considération que Sophie Tolstoï a tenu apporter une réponse : prenant le lecteur à parti, elle expose sa justification de l'échec du mariage d'Anna.
    Cette œuvre à effet réfléchissant est inédite, elle suggère un dialogue par plume interposée. Mais là où Léon Tolstoï se laisse entraîner dans ses vérités universelles, son épouse engage un récit plus intime laissant davantage le vécu personnel s'immiscer dans l'œuvre.
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  • Par nath45, le 16 mai 2012

    nath45
    C'est suite aux attaques de Lev Nikolaïevitch Tolstoï sur le mariage, que sa femme, Sophie répond avec un roman, et pour la première fois en France ce roman « A qui la faute ? » est édité, suivi par « La sonate à Kreutzer » de Léon Tolstoï
    Dans la première partie du roman « A qui la faute ? », l'héroïne, Anna, a épousé un ami de sa famille, prince et âgé de vingt ans de plus. Ils vont habiter dans le domaine du prince. Au début elle prend part à la vie paysanne jusqu'à ce qu'elle rencontre l'une d'elles Arina qui était la chérie du prince. de ce jour, elle se réfugie dans la maison, une première grossesse, et les premières paroles douloureuses de son mari.
    Dans le seconde partie, dix ans ont passé, Anna continue de s'occuper de sa famille grandissante, le prince de son domaine, de la chasse et d'écriture, il ne s'intéresse guère à sa femme et à ses enfants, Anna fait tout pour reconquérir son mari, mais il devient de plus en plus jaloux, une jalousie folle, voire meurtrière… Anna ne rêvait pas de cet amour, elle rêvait d'un amour plus spirituel, plus mystique.
    Comme Sophie Tolstoï le dit si bien « je voulais montrer la différence entre l'amour d'un homme et celui d'une femme. L'homme met au premier plan l'amour physique, la femme idéalise et poétise l'amour, il y a d'abord la tendresse, l'éveil sexuel ne vient qu'après ».
    Dans « La sonate à Kreutzer », réquisitoire contre le mariage, comme le dit l'auteur c'est un piège « une prostitution légalisée ».
    L'histoire est celle de Pozdnychezv qui a épousé la jeune Lise, mais qui souffre en découvrant que leur union n'est que charnelle. Il raconte son drame conjugal pendant un trajet en train, après l'idylle arrivent la jalousie, les disputes, les réconciliations. C'est un être misogyne, d'une jalousie extrême.
    Tolstoï a écrit ce roman pendant qu'il traverse une crise morale et mystique, il prône la chasteté.
    On comprend après cette lecture pourquoi Sophie Tolstoï à écrit son roman, ne pouvant que répliquer et avec une très belle plume.
    Deux très bons romans
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    • Livres 4.00/5
    Par Missbouquin, le 09 août 2011

    Missbouquin

    C'est un livre un peu particulier que j'ai emprunté là : ça faisait un moment que je l'avais repéré et quand je l'ai vu à la bibliothèque j'ai sauté dessus ! :) La sonate à Kreutzer, de Tolstoï, a suscité beaucoup de polémiques par son sujet et ses propos. Mais surtout, le livre a suscité une réponse de la propre femme de Tolstoï, Sophie. Celle-ci décida d'en publier un texte qui part du point de vue d'une femme et non d'un homme, comme l'a fait Tolstoï. C'est devenu, A qui la faute ? Roman d'une femme.
    Il y a de cela quelques temps déjà, j'avais lu une imposante biographie de Tolstoï par Henri Troyat. Les relations qu'il entretient avec sa femme sont extrêmement complexes. On le dit volontiers misogyne (mais ce n'est pas une exception au XIXe, ni au XXe d'ailleurs ...) et il se disait volontiers persécuté par sa femme. Au point qu'à la fin de sa vie, il fugua ! il mourut ainsi dans une petite gare de Russie, entouré par une poignée de proches mais non pas avec sa femme.
    Et pourtant Sophie Tolstoï a été son soutien durant sa vie entière. Elle lui a donné treize enfants (dont cinq moururent en bas âge), l'a soutenu dans la plupart de ses projets littéraires, et c'est elle qui retapait tous ses manuscrits. Mais ils se sont peu à peu éloignés, s'opposant entre ses conceptions matérialistes et Tolstoï de plus en plus préoccupé de questions éthiques et spirituelles.
    Ces deux romans m'ont finalement posé beaucoup de questions.
    Dans celui de Sophie, elle présente l'histoire d'une femme qui rêve d'un amour parfait, idéalisé. Elle épouse un homme qui semble répondre à son amour, mais qui en réalité n'a que des désirs charnels, et se fiche totalement d'elle ou des enfants qu'il va lui donner. Pour elle, l'amour existe, et elle ne nie pas la nécessité des désirs charnels, sauf qu'ils doivent pouvoir coexister.
    "Elle aurait voulu, au moins pour quelques instants, redevenir ce qu'elle était jadis, oublier les affres de la jalousie, oublier toute cette dernière période marquée par l'amour brutal et passionné de son mari, oublier aussi son indifférence à son égard quand il cessait d'éprouver du désir."
    De son côté, Léon décrit un homme qui avoue dans les premières pages avoir tué sa femme. Il pense l'avoir pris "pure", l'aime mais au bout de 3 jours cet amour disparait. Il finit par la soupçonner de l'avoir trompé. La misogynie, l'égoïsme et l'orgueil de cet homme vont mener le couple au drame. Pour Tolstoï, l'amour n'existe pas et c'est les femmes qui en sont responsables. Pour éviter le joug des femmes, mieux vaut être chaste.
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    • Livres 3.00/5
    Par Lucie16, le 01 février 2011

    Lucie16
    J'ai lu il y a quelques années La Sonate à Kreutzer de Tolstoï et me souviens combien j'avais été tiraillée entre la beauté du style et la rudesse du propos. On ferme le livre en se disant qu'il est difficile de prétendre que le féminisme n'a rien changé à nos vies. Il semblerait bien que Sophie Tolstoï, bien évidemment première lectrice du grand homme, ait ressenti un inconfort semblable, alors qu'elle recopiait de larges passages - sinon l'entièreté - du texte avant de le confier à l'éditeur.
    Elle décide donc d'offrir la contrepartie du récit de son mari (présenté ici pour la première fois en traduction française), opposant à la bestialité de l'amour charnel de La Sonate à Kreutzer un texte dans lequel elle aborde plutôt les aspirations disons moins incarnées de la femme, à travers le personnage d'Anna, une jeune artiste qui, par amour, lie son destin à celui du prince Prozorski, qui écrit des textes philosophiques. Plus âgé qu'elle, il a bien sûr vécu et donc connu de nombreuses aventures et, en digne représentant du genre, il continue bien évidemment de « garder l'œil ouvert », ce qui la torture de jalousie. (Difficile d'être plus transparent ici.) D'abord déchirée, elle finit par se faire une raison et trouve un exutoire auprès de ses enfants... jusqu'à ce qu'elle fasse la rencontre d'un vieil ami de son mari, Bekhmetiev, avec lequel elle entretient non pas une aventure extra-conjugale sulfureuse, mais bien plutôt un amour platonique qui favorise échanges, réflexions et même rires partagés avec les enfants.
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    • Livres 3.00/5
    Par Reka, le 12 octobre 2010

    Reka
    A qui la faute? a pour moi été un livre facile à lire et agréable, j'en ai même trouvé l'histoire assez émouvante, mais il m'est apparu comme un peu défectueux en tant que plaidoyer pour la défense des femmes.
    La Sonate à Kreutzer, quant à elle, m'a égayée en dépit de sa froideur, de son pessimisme, et de son radicalisme renversant. Cette nouvelle est un témoignage historique somptueux, un portrait excessif et haut en couleurs, …mais proscrit, de préférence, aux romantiques et aux féministes cardiaques…

    Lien : http://marecages.be/?p=2756
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Citations et extraits

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  • Par Reka, le 08 septembre 2010

    Les femmes, telles des reines, tiennent quatre-vingt-dix pour cent de l’humanité sous le joug de l’esclavage et d’un dur labeur. Et tout cela parce qu’on les a humiliées et privées d’un droit égal à celui des hommes. Elles se vengent sur notre sensualité en nous attrapant dans leurs filets. Oui, tout vient de là. Les femmes se sont muées en armes d’assaut sensuel au point que les hommes sont incapables d’entretenir avec elles des relations paisibles. Dès qu’un homme aborde une femme, il tombe aussitôt sous son influence hypnotique et perd la tête. J’ai toujours éprouvé une gêne teintée de crainte à la vue d’une dame parée en tenue de bal mais désormais, ces sentiments ont cédé la place à l’épouvante, je vois en elle une menace pour l’humanité, un phénomène contre-nature et j’ai envie d’appeler la police, de crier à l’aide, de prévenir chacun du péril, d’exiger qu’on l’ôte de ma vue, comme un objet dangereux. (La Sonate à Kreutzer, p. 239)
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  • Par Reka, le 08 septembre 2010

    Elle se souvenait aussi des nuits où, ayant passé plusieurs heures d’affilée auprès d’un petit malade, elle se retirait, exténuée, dans sa chambre, dans l’espoir d’y goûter un peu de repos et où le prince, sans remarquer sa fatigue ni son chagrin, lui ouvrait son étreinte et réclamait sauvagement, passionnément qu’elle réponde à ses avances : alors, épuisée physiquement et moralement, offensée par son indifférence, elle pleurait sans qu’il y prêtât attention, mais se soumettait à ses désirs, craignant de perdre l’amour de l’homme auquel elle avait jadis confié sa vie. (A qui la faute?, p. 96)
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  • Par Reka, le 08 septembre 2010

    [...] celui qui a connu plusieurs femmes pour son plaisir n’est plus normal non plus, il est corrompu à jamais, c’est un être dissolu. Et comme on reconnaît immédiatement l’alcoolique ou le drogué par son visage, ses manières, de même on reconnaît le fornicateur. Il peut s’astreindre à l’abstinence, il peut lutter mais jamais plus il ne connaîtra une relation pure, simple, innocente et fraternelle avec une femme. (La Sonate à Kreutzer, p. 226)
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  • Par Lucie16, le 01 février 2011

    La femme n'aime pour de bon qu'une seule fois. Elle chérit son amour, elle le préserve en attendant l'occasion de l'offrir. Et une fois qu'elle l'a accordé, elle veille sur lui et le place au-dessus de tout, fermant les yeux sur les défauts de celui qui en bénéficie. La répétition de ce sentiment germe toujours sur l'ancien, c'est la reprise d'un vieil idéal, et lorsqu'il arrive qu'une femme mariée aime un autre homme, c'est presque toujours le mari qui est fautif: il n'a pu satisfaire les exigences poétiques d'une nature jeune et pure, les a brisées, ne proposant en échange que l'aspect le plus trivial du mariage. Et malheur si un autre vient occuper la place vide que le mari n'a su combler, car c'est toujours le même - premier et unique - amour idéalisé qui se reporte sur son rival.
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  • Par Reka, le 08 septembre 2010

    Notez que les bêtes s’accouplent uniquement lorsqu’elles peuvent produire une descendance, tandis que l’immonde roi de la nature le fait constamment, pour le seul plaisir. Et il ose encore élever cette occupation simiesque au rang de perle de la création en la qualifiant d’amour. Et au nom de cet amour, c’est-à-dire de cette abjection, il cause la perte – de quoi donc ? – de la moitié du genre humain. Pour son contentement, il transforme en ennemies toutes les femmes, alors qu’elles devraient nous assister pour mener l’humanité vers la vérité et le bien. Qui donc empêche constamment le genre humain d’aller de l’avant ? Les femmes. (La Sonate à Kreutzer, p. 257)
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