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> Boris de Schloezer (Traducteur)
> Sylvie Luneau (Éditeur scientifique)
> Gustave Aucouturier (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070425177
Éditeur : Gallimard (2002)


Note moyenne : 4.41/5 (sur 207 notes) Ajouter à mes livres
1805 à Moscou, en ces temps de paix fragile, les Bolkonsky, les Rostov et les Bézoukhov constituent les personnages principaux d'une chronique familiale. Une fresque sociale où l'aristocratie, de Moscou à Saint-Pétersbourg, entre grandeur et mis... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 24 janvier 2011

    Woland
    I - Война и мир
    Traduction : Elisabeth Guertik
    Préface : Brice Parain
    Fresque géniale en dépit de certains partis pris, bien naturels, de son auteur, "La Guerre & la Paix" se définit avant tout par son arrière-plan historique, l'axe 1805 (Austerlitz, victoire des forces napoléoniennes mais amère défaite pour l'empereur d'Autriche, François Ier, et pour son allié, le tsar Alexandre Ier)/1812 (Borodino, victoire de fait de Napoléon Ier mais début pour lui de son déclin, face à l'impossibilité de détruire l'armée d'Alexandre Ier, la Russie étant cette fois-ci la seule à s'opposer à lui). On dit que Tolstoï voulait au départ n'évoquer que la campagne de Russie, laquelle, comme chacun sait, fut un désastre pour la France. Mais il fut pris d'un scrupule, considérant qu'écrire uniquement sur ce pan de l'Histoire, hautement favorable aux Russes, ne serait somme toute pas très juste.
    La postérité lui a donné raison : il ne faut pas être grand clerc pour s'apercevoir que l'axe central ainsi adopté permet à Tolstoï d'approfondir et de peaufiner les caractères des figures historiques qu'il met ici en scène, de même qu'elle lui garantit un esprit critique qui jauge aussi bien l'état-major français que le grand commandement russe. On en retient l'idée qu'il ne les estimait ni l'un, ni l'autre. Seul Koutouzov, initiateur officiel de la politique de la terre brûlée qui força Napoléon à avancer vers Moscou, puis à fuir celle-ci, trouve grâce à ses yeux. Il met d'ailleurs à défendre le vieux général en chef une ardeur et une tendresse qui donnent toute la mesure du mépris dans lequel, cinquante ans après les événements évoqués dans le roman, la bien-pensance russe tenait encore le maître d'oeuvre de la victoire de 1812.
    Tels deux souverains sur un jeu d'échecs, Napoléon et Alexandre, en dépit des nombreuses scènes où Tolstoï leur donne la parole (sa parole), semblent, à l'observateur superficiel, rester un peu en retrait. A tous les deux, l'écrivain reproche leur éloignement - progressif chez l'un et presque congénital chez l'autre - du peuple qu'il gouverne. (Cette rupture compte d'ailleurs parmi les causes de l'échec napoléonien.) La cour de généraux, princes, ducs et courtisans divers qui les entourent est clairement désignée comme une assemblée de parasites. Mais c'est là, semble-t-il, le seul point commun que leur concède Tolstoï. Comme celui-ci s'acharne à démolir Napoléon - qu'il appelle, de façon assez inhabituelle et même comique, "l'empereur de France" et non "des Français" - on pourrait s'attendre à ce qu'il encense son rival. Eh ! bien, non !
    Pourtant, on ne compte plus les passages où sont soulignés le physique avantageux du tsar et sa distinction tout aristocratique. A l'inverse, le malheureux Corse est qualifié tant et plus de quinquagénaire gras, bedonnant, dominé par une autosatisfaction immense et de caractère un peu borné. Quant à son "génie" ... Tolstoï plisse les lèvres et secoue sa plume avant de nous assener rageusement : non, Napoléon n'était pas un "génie" militaire, tout au plus un grand capitaine (et encore, quand il était jeune ...)
    Comment se fait-il alors que, au bout des mil-quatre-cent-soixante-cinq pages que compte "La Guerre & la Paix" dans cette édition du Livre de Poche, ce soit l'image de Bonaparte-Napoléon Ier qui, encore et toujours, démolissant par on ne sait quelle magie tous les raisonnements de Tolstoï, ressorte avec netteté de l'ensemble ?
    Honni, désacralisé, déboulonné, dépeint tour à tour comme un homme de rien, "même pas français", "français par hasard", comme un petit bourgeois qui, le 18 Brumaire, An VIII de la République, tremble de peur lors du fameux coup d'Etat qui met fin au Directoire, comme un fuyard qui se sauve dans sa pelisse bien chaude sans même un regard pour les débris de sa Grande Armée se noyant dans la Bérézina, comme un mythomane enfin qui occupe son exil à Sainte-Hélène en alignant dans ses "Mémoires" mensonge après mensonge, Napoléon Ier, par la haine même de Tolstoï et le génie de l'écrivain, ressuscite une fois encore tel que le XIXème siècle, amis et ennemis réunis, considéra sa fabuleuse et incroyable épopée : à la suite des contemporains de l'Empereur et de ceux qui, après sa mort, s'attachèrent à sa mémoire soit pour la mépriser, soit pour la vénérer, Tolstoï regarde Napoléon avec un mélange de fascination et de détestation qui laisse le lecteur perplexe.
    Le livre achevé, contrairement à toute attente, contrairement à la version officielle, le parfait opposé de Napoléon n'est pas Alexandre, prince par la naissance, mais bel et bien Koutouzov, fils d'un modeste ingénieur militaire. C'est Koutouzov qu'affronte Napoléon - même s'il n'en a pas conscience - et non Alexandre, contre lequel, à l'extrême fin du roman, c'est-à-dire en 1820, Pierre Bezoukhov est prêt à se rebeller tant il trouve son gouvernement mou et injuste envers les plus démunis. (A suivre ...)
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    • Livres 5.00/5
    Par colimasson, le 11 décembre 2011

    colimasson
    La guerre et la paix est un titre qui en dit long. le Mal et le Bien, l'Activité et le Repos, la Haine et l'Amour… Les contraires se dressent l'un contre l'autre. Ils sont tout, sauf le Pire et le Meilleur, car ils se côtoient sans jamais que l'un ne soit plus respectable que l'autre.
    L'histoire se déroule de 1805, lors de la guerre de la Troisième Coalition, à 1812, lors de la Campagne de Russie. Entre les batailles de Schoengraben, d'Austerlitz et de Borodino, Tolstoï nous décrit minutieusement la Russie tsariste de l'époque à travers une galerie de personnages qui comporte, parmi ceux que je trouve essentiels, Pierre Bézoukhov, André Bolkonsky et Marie Bolkonsky. Les autres personnages, dont la psychologie est moins fouillée (mais tout de même longuement abordée), gravitent autour de ceux-ci pour leur donner des occasions régulières de s'illustrer dans leur rapport avec les choses, avec les autres, avec leurs croyances et leurs valeurs. D'ailleurs, je pense aussi que ces trois personnages et toutes les histoires qu'ils nouent à leur suite servent seulement de prétexte à Tolstoï pour ce qui m'apparaît être l'objectif principal de son ouvrage : faire la démonstration de sa théorie fataliste de l'histoire.

    Je pensais que Guerre et paix serait un roman. Après lecture, je m'aperçois que ce n'est pas le cas. La question de savoir quelle nature attribuer à ce livre a été posée à de maintes reprises. Tolstoï en parle lui-même dans l'appendice :
    « Qu'est-ce que « La guerre et la paix » ? Ce n'est pas un roman, moins encore un poème, moins encore une chronique historique. « La guerre et la paix » est ce qu'a voulu et a pu exprimer l'auteur dans la forme où cela s'est exprimé. »
    Pour ma part, je considère ce livre comme un essai masqué s'appuyant sur la fiction (un exemple développé sur plusieurs centaines de pages ?) pour démontrer sa thèse. le génie de Tolstoï tient au fait qu'il cherche à dissimuler son intention jusqu'à ce que les conclusions de ses démonstrations apparaissent de manière évidente.
    Dans le premier livre, il est encore possible de croire que Guerre et paix n'est qu'un roman. A partir du deuxième livre, Tolstoï se fait plus virulent. Des passages purement théoriques s'intercalent entre la fiction et viennent l'éclairer sous un autre angle. du singulier on passe au pluriel, on prend de plus en plus de recul. Napoléon était un grand Empereur dans le premier livre. Placé au centre des conversations, on parlait de lui avec terreur ou admiration, au choix. Dans le deuxième livre, il n'a pas plus d'importance qu'une fourmi et d'ailleurs, il est une fourmi : manipulé par lui-même et par les autres, par ce qu'il veut et ce qu'il croit vouloir, par l'idée du pouvoir et de la puissance, Tolstoï, au fil de sa démonstration, le réassigne à sa juste place. Il n'est rien de plus que les autres hommes car il ne peut pas échapper à l'Histoire.

    L'intérêt que l'on accordera ou non à Guerre et paix dépend peut-être de l'adhésion à cette théorie fataliste de Tolstoï. Je ne sais pas si elle m'a entièrement convaincue mais elle m'a plu, car ses conclusions bouleversent la conception que l'on se fait de l'homme et viennent relancer le grand débat sur l'idée du libre-arbitre. Impossible de contempler le monde de la même façon après avoir lu Guerre et paix. Les observations de Tolstoï trouvent encore un vaste champ d'application aujourd'hui et peuvent être mises en pratique au quotidien.
    Le deuxième livre me semble, pour cette raison, être le plus important. Si le premier m'a parfois intéressé pour les considérations sociologiques et psychologiques de Tolstoï sur les personnages, il n'a toutefois pas su me mettre l'esprit en ébullition comme le deuxième. Reste que ces considérations sociologiques et psychologiques sont d'une acuité qui méritent à elles seules le détour. Tolstoï montre que, s'il n'est pas schizophrène, son existence lui aura permis de nourrir de nombreuses réflexions sur les questions du rapport de chacun avec autrui, tentant peut-être de se glisser dans la peau de chaque personne qui aura eu de l'importance pour lui afin de la comprendre dans ses rouages les plus intimes -à moins qu'il ne se soit inspiré que de lui-même et de ses contradictions…
    L'écriture de Tolstoï n'est pas des plus agréables, mais après coup je me dis que c'est celle qui convient le mieux à la démonstration menée dans Guerre et paix. Cette écriture est froide, même lorsqu'elle parle des évènements les plus pathétiques, peut-être parce qu'elle est aussi monotone et impersonnelle. Si j'ai pu être rebutée par ce style au début de ma lecture, je me rends compte à présent qu'elle sert tout à fait à la compréhension car elle permet à Tolstoï de ne soutenir ni de ne condamner aucun de ses personnages. Il reste distant et se contente de décrire des faits qu'il ne cherche pas à juger. Cette absence d'engagement moralisateur donne au lecteur la possibilité de s'accrocher à l'un ou à l'autre des personnages, changeant d'attache et modifiant ses préférences au gré de l'évolution et de la maturation de chacun. Guerre et paix se présente ici comme un vaste champ d'expérimentation qui permettrait de se glisser dans la peau d'un personnage pour un temps, pensant avoir trouvé en lui le représentant idéal de ses propres valeurs et aspirations, avant de se glisser dans la peau d'un autre, que le temps nous aura rendu plus proche. Suivre les personnages dans leurs réflexions et leurs contradictions est l'occasion d'une profonde remise en question personnelle et invite à considérer les erreurs de chacun avec plus de tolérance, voire à éprouver de la sympathie pour des individualités en proie aux tourments existentiels.
    Ce livre est d'autant plus beau qu'il ne cherche pas particulièrement à l'être. Il mêle l'intelligence de Tolstoï à une pensée originale, et son caractère profondément humaniste vient apaiser la lucidité cruelle de ses propos. On alterne sans cesse entre réconfort et désespoir. J'aimerais pouvoir m'approprier ce texte et le porter en moi toute ma vie pour retrouver, à chaque fois que j'en aurais besoin, le passage de Guerre et paix qui saurait me réconforter, me confirmer ou m'instruire de la situation –car je crois qu'il n'y a rien, dans la vie, dont ce livre ait oublié de parler.


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-guerre-et-paix-1865-1869-de-..
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 24 janvier 2011

    Woland
    III - Sur le plan romanesque, "La Guerre & la Paix" s'attache à l'évolution de la société russe, et tout spécialement de la société aristocratique, happée dans le tourbillon des guerres napoléoniennes. (En dépit de tout ce qui demeure lié au nom de Tolstoï, force est d'admettre qu'il évoque rarement le peuple dans ce roman. Quelques silhouettes, ici et là, Platon Karateiev bien sûr, figure quasi christique ... mais sinon le peuple russe reste anonyme, un peuple parmi "les peuples" dont se gargarisent si bien les empereurs dans leurs différents discours. ) Tolstoï a coupé au plus simple : pour servir ici de guide à son lecteur, il a choisi sa propre famille et son histoire.
    Sa mère par exemple, Maria Nikolaievna, née Volkonsky, qui mourut alors qu'il n'avait que dix-huit mois, se retrouve dans le personnage de la princesse Maria Nikolaïevna Bolkonski, la fille tyrannisée - et pourtant aimée - du vieux prince Bolkonski, lequel trouve ses racines chez le feld-maréchal Nikolaï Volskonsky. La famille était illustre - et il arrivait à ses représentants de se prétendre avec raison des origines largement antérieures aux Romanov.
    Le comte Nicolas Rostov, lui, symbolise bien entendu le comte Nikolaï Illitch Tolstoï, père de l'écrivain.
    Mais toutes les équivalences que l'on cherche à établir entre les créatures nées de la cervelle du romancier et leurs modèles de chair et d'os ne sont pas aussi faciles à établir. le personnage de Natacha intrigue et l'on y voit en général deux sources : ou bien l''épouse de Tolstoï, Sophia Behrs, ou bien la soeur de Sophia qui vivait avec le couple et entretint toujours avec son beau-frère une relation assez ambiguë. A moins qu'il ne s'agisse d'un hybride des deux soeurs, en une sorte de fantasme qui retient au passage des traits de caractère puisés çà et là chez telle ou telle jeune fille, parente ou non, que Tolstoï trouvait à son goût.
    A notre avis - mais ce n'est qu'une opinion - Tolstoï a réparti les tourments de sa propre nature entre deux hommes : le torturé et pessimiste prince André Bolkonski, frère de la princesse Maria, et le rayonnant et généreux comte Pierre Bezoukhov qui, à la fin de la chronique, épouse Natacha Rostov. Il est sans doute possible - et même certain - qu'il ait dispensé à l'un comme à l'autre telle ou telle caractéristique pêchée chez un proche ascendant, paternel ou maternel, mais si l'on s'intéresse un tant soit peu à la vie et au caractère de Tolstoï lui-même, on ne peut nier l'évidence.
    Le manichéisme qui sous-tend le binôme André/Pierre est à lui tout seul une signature tolstoïenne : d'un côté, une personnalité jeune encore mais austère, bougonne, revêche, se déclarant anti-cléricale mais incapable de cesser de s'interroger sur le sens de la vie et sur celui de la Mort, un aristocrate hautain et dédaigneux avec ses pairs mais relativement simple et aimable avec les gens de plus petite extraction, un homme hanté par l'idée de se dépasser mais qui, fasciné par les rêves, est trop cartésien pour s'abandonner pleinement à leur emprise ; de l'autre, une espèce de grand enfant naïf, bonne pâte, qui donne sans compter et se plie à la volonté d'autrui parce qu'il ne veut pas blesser en disant "non", un noble certes mais que ses pairs jugent souvent avec condescendance en raison de sa bonté qu'ils prennent pour de la faiblesse et aussi de sa bâtardise originelle, un rêveur enthousiaste enfin, un vrai, de la plus belle eau, qui voue un véritable culte à Bonaparte avant de vouloir assassiner Napoléon Ier de ses propres mains et qui, une fois l'ordre rétabli en Europe, est prêt à repartir en campagne contre les excès mystiques d'Alexandre. ;o)
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  • Par keisha, le 03 août 2010

    keisha
    Voici le commentaire qu'au cours de ma lecture je laissais chez A girl from earth :

    " Hier soir je lisais le premier chapitre de la deuxième partie, qui présente l'armée russe en Autriche (Napoléon joue le rôle du méchant dans ce bouquin) et franchement Tolstoi est génial, en deux coups de plume il donne l'ambiance, il fait ressortir trois quatre personnages, c'est vif, c'est marrant, c'est bien vu! Pas de grandes descriptions (ouf!) mais on a l'impression d'y être. Et pourtant, une armée en route, ce n'est pas mon sujet favori..."

    Maintenant que j'ai terminé le pavé en question, mon enthousiasme demeure intact.

    Quel contexte historique?
    L'histoire se déroule entre 1804 et 1820, et particulièrement en 1812, au moment où les armées napoléoniennes arrivent jusqu'à Moscou. Mais si, vous connaissez : l'incendie de la ville, puis la retraite de Russie, la Berezina. Mais vu surtout du côté russe, sous la plume d'un Tolstoï qui vit soixante ans plus tard et porte sur l'histoire un regard tout personnel. Il mêle personnages de fiction et historiques, les rend tous extrêmement vivants.

    Comme je le disais plus haut, pas de longues descriptions de combat. Un plan d'ensemble, et tout de suite une plongée sur quelques personnages, soit à un moment clé de leur existence, soit pour saisir une ambiance. Très cinématographique en fait.

    Tolstoï n'hésite pas non plus à nous faire part de ses opinions sur les causes des événements historiques et l'espace restreint de liberté que chacun, même à un poste élevé, possède en réalité. Il est sans illusion sur la "gloria militar"

    "On n'attribue aux militaires du génie que parce qu'ils sont revêtus de pouvoir et d'éclat et que la foule des lâches flatte le pouvoir en lui attribuant des qualités qu'il n'a pas. Les meilleurs généraux que j'ai connus étaient au contraire inintelligents ou distraits."
    " Il savait par sa propre expérience qu'on mentait toujours en racontant des faits de guerre, comme lui-même avait menti. Ensuite, la guerre lui avait appris que les choses s'y passent tout autrement qu'on ne se l'imagine et ne le raconte."
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    Oui mais, il y a bien une histoire d'amour quand même?
    Oh que oui, et même plusieurs!
    Vous croyez que je vais résumer 1500 pages en quelques lignes? Évidemment on s'attache aux familles Rostov, Bolkonsky et Bézoukhov, en particulier aux amours de Natacha, Pierre, André et Marie, mais tant de personnages autres, tant d'événements interviennent que je renonce. Alors faites comme moi, découvrez cela sans en rien savoir...
    Tolstoï nous décrit merveilleusement l'évolution des sentiments, les désirs, la passion, ils nous rend ses héros vivants et sympathiques.

    Un p'tit bout:
    "Elle se retourna. Pendant plusieurs secondes ils se regardèrent dans les yeux en silence, et ce qui était lointain et impossible devint soudain proche, possible, inéluctable."

    Sans oublier le couple Berg-Véra, pas romantique pour deux sous, dont la description de la réception chez eux est un chef d'oeuvre d'ironie.
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    Quoi d'autre?
    De nombreux moments de grâce totale. Par exemple avec Natacha, au bal ou à l'opéra, dans les frémissement de ses premières amours. Ou André, pour lequel un arbre qui reverdit au printemps est le symbole de son retour à la vie
    "'Oui, c'est bien ce même chêne, et sans raison aucune il se sentit envahi par un sentiment printanier d'allégresse et de renouveau.Tous les instants les plus importants de sa vie, soudain, tous à la fois, lui revinrent en mémoire. Et le ciel infini d'Austerlitz, et le visage mort, chargé de reproches de sa femme, et Pierre sur le bac, et la fillette bouleversée par la beauté de la nuit, et cette nuit, et la lune...Tout cela, d'un coup, il se le rappela."
    Des morceaux de français à l'intérieur
    La plupart des personnages russes appartiennent à une classe sociale aisée et n'hésitent pas à dialoguer en français dans le texte.
    "Affalé dans un fauteuil, l'uniforme déboutonné, Koutouzov [ général en chef de l'armée russe, personnage historique] tenait à la main un roman français qu'il referma à l'entrée du prince André en marquant la page avec un couteau. C'était Les chevaliers du cygne, une oeuvre de Madame de Genlis.
    On pense à Virginia Woolf
    L'empereur comprit-il ce qui se passait dans l'âme de Rostov? (Il avait tout compris, sembla-t-il à Rostov.) Toujours est-il que pendant deux secondes il fixa de ses yeux bleus ( la lumière en coulait douce et pure) le visage de l'enseigne.
    Digressions? Non
    Le style de Tostoï est faussement simple, et très efficace. Malgré la longueur, tout reste intéressant, même des récits de bataille, même un haletant récit de chasse au loup. Il a l'art de croquer en quelques traits la nature; une habitation, un personnage même pas nommé, qui devient présent, "on le voit".
    Pour convaincre et expliquer ses idées plus abstraites, il utilise des comparaisons tirées des mathématiques, de la physique, de la botanique, de la zoologie...
    "Il en est du mécanisme d'une action militaire comme du mécanisme d'une horloge..."
    Ainsi s'exprimait Tolstoï en 1868
    Qu'est-ce que "La Guerre et la paix"? Ce n'est pas un roman, moins encore un poème, moins encore une chronique historique. "La Guerre et la paix est ce qu'a voulu et a pu exprimer l'auteur dans la forme où cela s'est exprimé."
    Le récit se termine en 1820, mais on aurait pu continuer avec plaisir avec les personnages... Tolstoï avait prévu d'écrire sur le complot des Décembristes (1825) et on ne peut que regretter qu'il ne l'ait pas fait.
    Pour terminer tout court : A lire absolument (prévoir du temps quand même), vous pensez bien qu'on pourrait écrire des pages et des pages sur Guerre et Paix, je n'ai pas tout dit des raisons de mon enthousiasme...


    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-guerre-et-paix-4..
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 24 janvier 2011

    Woland
    II - L'ambiguïté caractérise également la réflexion personnelle de l'écrivain sur les forces qui dominent l'univers. Tolstoï n'a pas ce mysticisme parfois si exalté de Dostoievski et qui dérange par ses excès. Son mysticisme se veut - encore - raisonnable et raisonné. Saisi très jeune, dit-on, par l'absurdité et la fragilité de l'existence humaine, il cherche, comme tant d'autres, un sens à tout cela. Trop slave, trop russe pour sombrer dans l'athéisme, Tolstoï, qui mourra excommunié par l'Eglise orthodoxe, est un croyant sincère et farouchement anti-clérical. Déjà.
    Ce qui étonne et même stupéfie, c'est que cette foi ignore royalement le libre-arbitre. Ainsi, la guerre devient un phénomène voulu par l'autorité divine et dans lequel l'homme n'est qu'une marionnette. Dans de telles conditions, on ne comprend pas comment Tolstoï, dans certains passages de sa fresque, impute tout naturellement la responsabilité de telle ou telle bataille, de tel ou tel massacre, à Napoléon ou à tel général russe. La contradiction est flagrante mais elle semble si peu déranger l'auteur russe qu'on en vient à se demander s'il s'en rend compte.
    A certains, l'ambiguïté tolstoïenne rappellera les méandres du discours de St Augustin qui, selon ceux à qui il s'adressait, mettait en avant l'importance du libre-arbitre ou, au contraire, la niait complètement en évoquant le fameux "péché" originel qui aurait déterminé le destin de l'Homme. Mais si l'on accepte, avec une relative facilité, les atermoiements et contradictions d'un père de l'Eglise, canonisé qui mieux est, si ceux-ci s'expliquent aussi par les visées politiques de l'Eglise, Tolstoï, lui, ne peut bénéficier de pareilles "circonstances atténuantes." D'autant qu'il a aimé la réputation de penseur et de grand esprit pacifiste qu'on lui fit.
    Entraîné par cette ambivalence spirituelle, le discours de l'écrivain se brouille en maints endroits. Quant à sa théorie sur l'Histoire (largement exposée dans la toute dernière partie du deuxième tome), elle se fait elle aussi trop floue, trop changeante pour convaincre. Néanmoins, l'effort de la pensée, le désir sincère de poser les bonnes questions et de faire avancer la réflexion sont bien là. Comme le prince André, comme Pierre Bezoukhov, Tolstoï cherche l'Autre et se cherche lui-même, au-delà de tout, y compris de la Mort, cette Mort dont on sent bien que, en dépit de sa foi toujours affirmée avec superbe, il a une peur panique. (A suivre ...)
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 24 janvier 2011

    - "Eh ! bien, mon prince, Gênes et Lucques ne sont plus que des apanages, des domaines de la famille Buonaparte. Non, je vous préviens que si vous ne me dites pas que nous avons la guerre, si vous vous permettez encore de pallier toutes les infamies, toutes les atrocités de cet Antéchrist (ma parole, j'y crois), je ne vous connais plus, vous n'êtes plus mon ami, vous n'êtes plus mon fidèle serviteur, comme vous dites. Eh ! bien, bonjour, bonjour. Je vois que je vous fais peur, asseyez-vous et racontez."

    Ainsi parlait, en juillet 1805, Anna Pavlovna Scherer, une demoiselle d'honneur bien connue et une intime de l'impératrice Maria Feodorovna, en accueillant le prince Vassili, personnage important et haut fonctionnaire, arrivé le premier à sa soirée. Anna Pavlovna toussait depuis quelques jours, elle avait la grippe, disait-elle (c'était alors un mot nouveau dont ne se servaient que de rares personnes). Dans les billets qu'elle avait fait porter dans la matinée par un laquais en livrée rouge, il était dit à tous sans distinction :

    "Si vous n'avez rien de mieux à faire, monsieur le comte (ou mon prince) et si la perspective de passer la soirée chez une pauvre malade ne vous effraie pas trop, je serai charmée de vous voir chez moi, entre sept et dix heures. Annette Scherer."

    - "Dieu, quelle virulente sortie !" répondit le prince sans s'émouvoir le moins du monde d'un pareil accueil ; il portait l'uniforme chamarré de la cour, orné de plaques, avec bas et escarpins, et arborait, sur son visage plat, une expression claire. ... [...]
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  • Par Woland, le 24 janvier 2011

    [...] ... Napoléon avait commencé la guerre avec la Russie parce qu'il ne pouvait pas ne pas aller à Dresde, parce qu'il ne pouvait pas ne pas être grisé par les honneurs, ne pas revêtir l'uniforme polonais, ne pas céder aux sollicitations d'une matinée de juillet, parce qu'il n'avait pu réprimer une explosion de colère en présence de Kourakine, puis de Balachov [messagers du Tsar].

    Alexandre se refusait à tout pourparler parce qu'il s'estimait personnellement offensé. Barclay de Tolly [général allemand d'origine écossaise, se battant pour la Russie] s'efforçait de commander de son mieux l'armée afin de faire son devoir et d'acquérir la gloire d'un grand capitaine. Rostov [Nicolas Rostov, l'un des personnages principaux du roman] s'était lancé à l'attaque des Français parce qu'il n'avait pu résister à l'envier de galoper en rase campagne. Et c'est exactement de même, suivant leurs dispositions personnelles, leurs habitudes, leurs conditions de vie et leurs desseins, qu'agissaient tous les innombrables individus qui prenaient part à cette guerre. Ils avaient peur, paradaient, se réjouissaient, s'indignaient, raisonnaient, croyant savoir ce qu'ils faisaient et le faire pour eux-mêmes, alors qu'ils étaient tous des instruments inconscients de l'histoire et accomplissaient une oeuvre dont le sens leur était celé mais que nous comprenons. Tel est le sort invariable de tous les hommes d'action et plus haut ils sont placés dans la hiérarchie humaine, moins ils sont libres.

    Aujourd'hui, les acteurs des évènements de 1812 ont depuis longtemps quitté la scène, leurs intérêts personnels ont disparu sans laisser de trace et seuls demeurent devant nous les résultats historiques de cette époque.

    Mais admettons que ces hommes de l'Europe, sous la conduite de Napoléon, DEVAIENT s'enfoncer au coeur de la Russie et y périr, et toute la conduite insensée, contradictoire, cruelle des combattants de cette guerre nous devient compréhensible.

    La Providence contraignait tous ces hommes à concourir, tout en poursuivant des fins personnelles, à un résultat unique et grandiose dont aucun homme (ni Napoléon, ni Alexandre, ni encore moins l'un quelconque des combattants) n'avait la moindre idée. ... [...]
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  • Par Aela, le 31 janvier 2011

    Il tomba sur le dos. Il ouvrit les yeux dans l'espoir de voir comment se terminait la lutte des Français contre les artilleurs et si le canon avait été perdu ou sauvé. Mais il ne vit rien. Au-dessus de lui il n'y avait rien que le ciel; le ciel très haut, pas clair, mais incommensurablement haut, traversé de nuages gris qui glissaient lentement.
    "Comme c'est calme, paisible et solennel, pas du tout comme c'était quand je courais, se dit le prince André, quand nous courions, en criant et en nous battant.. c'est si différent ces lents nuages qui traversent ce ciel infiniment haut!
    Comment se fait-il que je ne voyais pas ce haut ciel avant? Et comme je suis heureux de l'avoir découvert enfin! Oui! Tout est vanité, tout est mensonge excepté ce ciel infini. Il n'y a rien, rien que cela. Mais même ce ciel n'existe pas, il n'y a rien que le silence et la paix. Dieu merci!"
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  • Par Bill_Veuzay, le 20 août 2011

    Elle éprouvait une joie étrange, inhabituelle, que son fils -ce fils qui avait frémi en son sein vingt ans auparavant - à cause duquel elle se querellait avec le compte qui le gâtait, ce fils qui avait appris à dire "chère maman" si récemment, que ce fils, qui était maintenant là-bas, dans une terre étrangère, dans un milieu étranger, soit cette homme courageux bravant la mort et qui lui écrivait des lettres. Toute l'expérience séculaire et universelle montrant que, depuis le berceau, les enfants, par des voies imperceptibles, deviennent des hommes n'existait pas ; la maturité de son fils représentait pour elle une joie si extraordinaire qu'on aurait pu croire que n'avaient pas existé ces millions d'hommes qui avaient atteint la même maturité. De même, jamais elle n'avait cru possible que cet être, qui avait frémi dans ses entrailles, se mît à crier et à téter le sein, se mît à parler, à comprendre, à étudier, et maintenant à être un mari, un serviteur de la patrie et un modèle de fils et de citoyen, maintenant non plus elle ne pouvait croire que ce garçon pût être un homme fort et courageux, modèle de fils et d'homme, tel qu'il était maintenant à en juger par cette lettre.
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  • Par liratouva2, le 28 juin 2010

    Chacun des invités accomplissait le rite de saluer cette tante que personne ne connaissait, qui n’intéressait personne et dont personne n’avait besoin. Anna Palovna assistait aux salutations avec une attention triste et solennelle en approuvant en silence. Ma tante parlait à tous en termes identiques de leur santé, de la sienne propre et de celle de Sa Majesté l’impératrice qui, grâce à Dieu, était aujourd’hui meilleure. Tous ceux qui s’approchaient sans manifester de hâte par politesse, quittaient la vieille dame avec le sentiment de soulagement qu’on éprouve après avoir rempli un devoir pénible, pour ne plus s’occuper d’elle de toute la soirée
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