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> Boris de Schloezer (Traducteur)
> Sylvie Luneau (Éditeur scientifique)
> Gustave Aucouturier (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070425177
Éditeur : Gallimard (2002)


Note moyenne : 4.38/5 (sur 542 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
1805 à Moscou, en ces temps de paix fragile, les Bolkonsky, les Rostov et les Bézoukhov constituent les personnages principaux d'une chronique familiale. Une fresque sociale où l'aristocratie, de Moscou à Saint-Pétersbourg, entre grandeur et mis... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 01 janvier 2013

    Nastasia-B
    Ah ! Nous y voilà ! Il fallait bien que je m'y colle un jour, depuis le temps que j'ai la trouille au ventre de n'être point le moins du monde, dans ma misérable critique, à la hauteur de l'œuvre dont elle se prétend la messagère. Tant pis, j'aime trop Tolstoï pour ne pas risquer quelque chose, mouiller ma chemise et prendre les bourrasques, nez au vent, sous le feu croisé des vrais connaisseurs de la littérature. Je vais donc me lancer dans certaines conjectures et interprétations qui n'engagent que moi, mais qui sont le reflet que je crois fidèle à ce que m'inspire ce chef-d'œuvre.
    On ne peut pas, décemment, dresser le portrait d'une fresque telle que La Guerre et la paix, sans s'étaler dans quelque longueur, ce sur quoi je vous prie, par avance, de m'excuser ou, si la tâche s'avère trop pénible, de sauter lestement vers un autre commentaire que vous jugerez plus disert.
    Tout d'abord, et avant toute chose, quel est le projet littéraire de l'auteur en s'engageant dans la construction d'un tel monument ? On peut certes lui rendre grâce de nous l'avoir exprimé assez clairement sous forme d'essai dans son épilogue, quoique l'essai qui clôture le roman n'apporte pas de justification à toute la partie roman de l'ouvrage. Car La Guerre et la paix est : 1- un roman, 2- un roman historique et 3- un essai. Tous trois à la fois et tous trois imbriqués les uns dans les autres, d'où sa résistance à toute catégorisation stricte.
    Cependant, tel un fil conducteur, Lev Tolstoï nous rappelle périodiquement son projet littéraire tout au long du cours majestueux du roman fleuve. En substance, j'en retiens qu'à l'échelon individuel, nous avons le sentiment de prendre des décisions, de diriger nos vies, de faire des choix bons ou mauvais, en un mot, d'être libres. Mais en réalité, quand on prend un peu de hauteur, dans l'espace ou dans le temps, on s'aperçoit qu'on ne décide réellement d'à peu près rien, que nous sommes comme l'insecte aquatique ou le passager d'un train, qui, tout en se déplaçant dans différentes directions, dans son cours d'eau ou dans la succession des wagons, n'en est pas moins le jouet du mouvement général, inexorable, supra humain. le poids de l'histoire et de la destinée décide de tout, même de ce que nous croyons être nos décisions propres. C'est ce que, bien des années plus tard, un autre auteur dans un autre roman a brillamment appelé « l'insoutenable légèreté de l'être ».
    Je vais illustrer cette démarche de Tolstoï non au moyen de l'épilogue, ce qui eût été facile, mais plutôt de ces quelques passages issus du corps du roman (j'ai retenu ces quelques extraits, j'aurais pu en choisir bien d'autres à d'autres endroits du livre) :
    « Très attentif aux propos que Bagration échangeait avec les chefs et aux instructions qu'il leur passait, Bolkonski remarqua non sans surprise qu'en réalité le prince ne donnait aucun ordre mais s'efforçait seulement de faire croire que tout ce qui arrivait par la force des choses, par hasard ou par la volonté des chefs de corps, se faisait sinon par son ordre, du moins conformément à ses intentions. Néanmoins, bien que les événements fussent livrés au hasard et ne dépendissent nullement de sa volonté, la seule présence de Bagration obtenait, grâce au tact dont il faisait preuve, de surprenants résultats. Les chefs qui l'approchaient avec des visages bouleversés le quittaient rassérénés ; les officiers et les soldats, soudain ragaillardis, le saluaient de joyeuses acclamations, prenant plaisir à étaler devant lui leur bravoure. »
    Livre premier, Deuxième partie, Chapitre XVII.
    « Au lieu d'une beauté marmoréenne ne faisant qu'un avec la toilette, il devinait sous le voile léger du vêtement tous les charmes d'un corps adorable. Et dès l'instant où il avait fait cette découverte, il ne lui était plus possible de voir autrement , de même que nous ne pouvons nous laisser prendre une seconde fois à une supercherie.
    "Ainsi, vous n'aviez pas encore remarqué combien j'étais belle ? semblait dire Hélène. Vous n'aviez pas vu que j'étais une femme ? Oui, je suis une femme, qui peut appartenir à celui-ci ou à celui-là, à vous comme à un autre." Et sur-le-champ Pierre sentit qu'Hélène non seulement pouvait mais devait être sa femme, qu'il ne pouvait en être autrement. Il le sut dès cette minute aussi sûrement que s'il s'était trouvé avec elle devant l'autel. Comment et quand cela se ferait-il ? Il l'ignorait ; il ne savait même pas si ce serait là un heureux événement (il prévoyait même vaguement le contraire), mais il était sûr que cela aurait lieu. »
    Livre premier, Troisième partie, Chapitre I.
    « C'en est donc fait, songeait-il... Et comment tout cela est-il arrivé ? Si vite ! Je vois maintenant que ce n'est pas seulement pour elle ni pour moi, mais pour eux tous que « cela » doit inévitablement s'accomplir. Tous sont tellement convaincus que « cela » arrivera que je ne peux pas décevoir leur attente. Comment cela se fera-t-il ? je n'en sais rien, mais cela sera, cela sera certainement. » (…) « Cela devait fatalement arriver, se disait Pierre ; il est donc fort inutile de se demander si c'est un bien ou un mal. En tout cas, maintenant que la chose est conclue, me voilà délivré de mes doutes angoissants ; c'est toujours cela de gagné. »
    Livre premier, Troisième partie, Chapitre II.
    « La marche des choses de ce monde est arrêtée d'avance, elle est subordonnée au concours de tous les libres arbitres des personnes qui y prennent part, et les Napoléon n'ont sur elle qu'une influence extérieure et apparente. »
    Livre troisième, Deuxième partie, Chapitre XXVIII.
    Mais après avoir examiné le projet littéraire, encore faut-il nous interroger sur les motivations véritables de Tolstoï, notamment pour la partie la plus romanesque, et c'est là que j'outrepasse largement les limites décentes de la conjecture.
    Lév Tolstoï commence donc par nous présenter un certain nombre des personnalités qui émailleront son récit, tous ou presque représentants de la vieille aristocratie russe, du grand monde d'alors. Il s'attache à nous le bien montrer, à nous le faire humer et ressentir sans omettre de nous préciser que sous ce vernis de belles manières et de grandeur d'âme siège le même pesant de mesquineries, de vilenies et autres mauvais penchants qu'ailleurs. Il est juste un peu mieux dissimulé.
    Trois familles principalement, et les personnalités gravitant autour vont nous occuper : les Rostov, les Bolkonski et ce qu'il reste des Bézoukhov.
    Comme dans Anna Karénine, l'auteur pompe abondamment dans sa propre biographie pour donner corps à ses personnages. Pierre Bézoukhov et André Bolkonski sont en fait un dédoublement de la propre personnalité de l'auteur. Il en va probablement de même du personnage de Nicolas Rostov où Tolstoï règle ses comptes avec les illusions de sa jeunesse militaire mais où l'on lit surtout un portrait du propre père de Tolstoï qui a pris part à la campagne de Russie. Lequel Nicolas devient quelques années plus tard un véritable sosie du comte rural qu'était l'auteur au moment où il rédigeait La guerre et la paix.
    Si l'on ajoute à cela que le domaine familial des Bolkonski à Lyssia Gori ressemble à s'y méprendre au domaine familial de l'auteur à Iasnaïa Poliana, que son propre grand père s'appelait Nicolas Volkonski et qu'il ressemble comme deux gouttes d'eau au vieux Nicolas Bolkonski, père du prince André, qu'il fut lui-même aide de camp du véritable Koutouzov en 1812 (l'auteur dédouble donc son propre grand-père en Nicolas et André Bolkonski) la ressemblance est saisissante.
    J'ajoute à cela un passage qui peut paraître anodin mais qui ne l'est pas car on sait que Tolstoï s'est beaucoup documenté, notamment dans les archives familiales, pour rédiger son œuvre. C'est le vieux prince Bolkonski qui parle à son fils André :
    « - Sans doute mourrai-je avant toi. Sache donc que ce sont là mes mémoires ; il faut les remettre à l'empereur après ma mort. Et voici une lettre et une reconnaissance du Mont-de-Piété : c'est un prix pour celui qui écrira l'histoire des campagnes de Souvorov ; à transmettre à l'Académie. Voici enfin mes remarques personnelles, lis-les après moi, tu y trouveras profit. »
    Livre Premier, Première partie, Chapitre XXVIII.
    Enfin, si l'on se souvient que Tolstoï perd ses parents jeunes et que le mot de la fin revient au petit-fils du vieux prince Bolkonski, on prend la pleine mesure de l'importante part d'autobiographie familiale qu'il y a dans la motivation à rédiger la partie « roman » de La guerre et la paix.
    Mais il nous reste, ce me semble, à examiner une dernière motivation de l'auteur. Lév Tolstoï était trop amoureux de la littérature française pour n'avoir pas lu ou grandement entendu parler des Misérables d'Hugo, sorti en 1862 et qui fait la part belle tant à l'influence des événements historiques (tels que la bataille de Waterloo ou les révoltes des années 1830) qu'à leur poids sur la destinée de certains personnages, notamment Thénardier et Marius pour Waterloo et Gavroche sur les barricades. Comment Tolstoï, vu ses convictions sur la destinée, ses expériences militaires et son héritage familial aurait-il pu ne pas être sensible à un tel schéma romanesque et ne pas vouloir se l'approprier en le poussant plus encore dans cette direction, avec une ampleur jusque là jamais vue ?
    Puisque j'en suis au chapitre des influences de la littérature française, encore faut-il que je m'avance d'un pas supplémentaire sur le terrain douteux des conjectures et de mes interprétations personnelles.
    On a beaucoup parlé et beaucoup hésité sur la traduction que l'on devait apporter au titre de l'ouvrage. En russe, il n'y a pas d'article ce qui donnerait le très puissant et très évocateur « Guerre et Paix ». Alors pourquoi diable Lév Tolstoï en personne, en sa qualité de parfait bilingue francophone (le nombre impressionnant de passages en français dans le texte en atteste) a-t-il tenu à ce que le titre français soit « La Guerre et la paix » ? Cela semble moins efficace comme titre et l'on a bien traduit en français des titres antinomiques dans le même genre comme « Crime et Châtiment » ou « Maître et Serviteur ». Alors pourquoi ce titre ? Selon moi, il faut aller chercher l'explication du côté d'un très évident clin d'œil au fameux roman de Stendhal « Le rouge et le noir », lui aussi très empreint du sceau de la destinée. Stendhal, au demeurant, ayant comme Tolstoï transpiré sur les champs de bataille, à l'époque napoléonienne, qui plus est. Je signale au passage que Stendhal est peut-être l'auteur francophone dont le style littéraire semble le plus voisin de celui de Tolstoï.
    Ouf ! Nous y voilà avec l'examen du projet littéraire de l'auteur, je vous ai sans doute bien endormi et je me dois de faire court désormais. Vous savez maintenant que l'auteur a cherché à mêler 1- l'histoire de sa famille et 2- l'Histoire avec un grand H dans 3- une réflexion plus vaste sur la destinée et le libre arbitre (d'où 1- le roman, 2- le roman historique et 3- l'essai.)
    Le contexte retenu est celui des campagnes napoléoniennes de 1805 (Austerlitz), 1807 (traité de Tilsit) et surtout 1812 (campagne de Russie).
    Le résultat est tout simplement grandiose, un livre monumental dans tous les sens du terme.
    Au-delà des basses terres de la partialité, de l'effet de mode ou de la notoriété indue est un royaume où ne pénètrent que les grands parmi les grands. Ceux qui foulent du pied ce domaine ont au bout de la plume des mots, des formules, des constructions qui jamais ne se fanent ou ne subissent de vents contraires. Ces quelques élus sont des artistes du verbe comme il existe des artistes de la sculpture ou de l'image. Lév Tolstoï est de ceux-là. Il fait partie du royaume de ceux qui ont écrit des œuvres que le temps, au lieu de les ternir, rend plus brillantes chaque jour. du moins, c'est mon avis, un malheureux avis pris dans le cours houleux de l'histoire, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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  • Par raton-liseur, le 28 mars 2012

    raton-liseur
    On dit pudiquement de ces livres que ce sont des monuments de la littérature. Ces livres qui sont dans toutes les bibliothèques, dont on a tous entendu parler, mais que l'on n'a pas lus et qui font un peu peur. Ils sont certes intimidants ces deux gros volumes, surtout aujourd'hui où l'épaisseur des livres à succès est plus proche de la longue nouvelle que du roman…
    J'ai donc pris mon courage à deux mains, pour un livre dont je connaissais bien peu de choses : la campagne napoléonienne vue du côté russe, mes connaissances préalables s'arrêtaient là. Et je ne regrette pas de m'être enfin jetée à l'eau et d'avoir lu au long cours ce livre qui emprunte à tous les genres !
    La légende veut que le titre de la traduction soit sujet à polémique, non pas seulement pour savoir s'il faut y inclure des articles ou non, mais parce que le mot russe que l'on traduit par « paix » (sur les instructions de Tolstoï lui-même semble-t-il) a un double sens en russe, signifiant autant « paix » que « peuple ». On pourrait donc aussi bien enseigner dans les écoles « La guerre et les gens ». Un titre moins accrocheur, mais qui me semble une clef de lecture intéressante.
    « La guerre et les gens », c'est l'illustration de la construction duale du livre. Ce sont « les gens », les Rostov, les Bolkonsky, toute une galerie de personnages, pris dans le tourbillon des évènements historiques, les subissant, ou y prenant part, parfois cherchant même à les influencer, et c'est « la guerre », une dissertation hélas poussive et répétitive sur les méthodes de l'analyse historique. Lorsque la ligne romanesque (« les gens ») est prépondérante, comme dans la première moitié du livre, la lecture est passionnante. Elle devient plus difficile quand la dissertation historique (« la guerre ») prend le pas sur la fiction, et finit même par l'étouffer.
    J'ai d'autant moins aimé cette sorte d'essai sur l'histoire (ou pour être plus exacte sur l'historiographie, qui est quelque chose qui me fascine pourtant) que le ton en est à la fois pédant et polémique. Son argumentation est remplacée par un soi-disant bon sens qui ne passe pas l'épreuve de l'analyse ou à une distorsion des faits tellement évidente que j'ai l'impression qu'on me prend vraiment pour plus bête que je ne suis… Ce genre de discours lénifiant, qui trouve ses échos chez certains de nos politiques actuels, m'a fait parfois pensé aux exécrables pseudo-justifications des confessions de Rousseau, ce qui n'est pas bien haut dans mon estime livresque… Il ne m'aurait pas déplu que le livre soit amputé de certaines de ces longueurs, ce qui aurait réduit let livre de près d'un tiers de lecture inutile et répétitive.
    Je suis peut-être un peu injuste tout de même, il y a des éléments intéressants dans les ratiocinations de Tolstoï ! Sa vision déterministe de l'histoire, concluant que les décisions individuelles n'ont aucune influence sur des évènements qui devaient inéluctablement arriver, m'a donné à réfléchir, même si je ne suis pas Tolstoï jusqu'au bout de son raisonnement qui finit par transformer l'histoire en une sorte de futur écrit à l'avance, d'autant que celui-ci est peu étayé et finit par ressembler plus à une obsession d'auteur qu'à une démonstration.
    Par contre, je souscris à cette idée qui était probablement neuve à l'époque et n'est guère partagée aujourd'hui, selon laquelle l'histoire qui s'écrit est la somme imprévisible de milliers de décisions individuelles et que ce ne sont pas les rois et autres grands hommes qui écrivent l'histoire (Tolstoï fait une analogie parlante avec la fonction d'intégration en mathématique. Il l'utilise pour la durée, mais elle pourrait aussi illustrer cette intégration de choix individuels qui créent les conditions d'un évènement).
    Et surtout, il y a l'autre partie, cette grande fresque romanesque qui s'étend sur près d'une décennie, des prémisses d'une invasion napoléonienne glorieuse à la déroute humiliante de la suivante (en 1805 ce sera Austerlitz, en 1812 la Berezina). Dans ce tourbillon historique, des aristocrates russes se croisent, des liens se nouent et se dénouent, de bals en champs de bataille. Et sur cette scène de théâtre, ce sont toutes les expériences, tous les espoirs et toutes les désillusions de la vie qui défilent, toute la complexité des sentiments humains et des relations sociales qui se révèlent aux yeux du lecteur, non sans rappeler parfois un projet ambitieux à la Rougon-Macquart, même s'il semble que ce soit plutôt Les Misérables, que Tolstoï a lu peu de temps avant d'entreprendre l'écriture de ce livre (un projet qui lui a pris plus de dix ans, ainsi qu'à sa femme qui a copié et recopié je crois pas moins de sept fois le manuscrit !), qui aurait inspiré sa plume (l'entremêlement d'une histoire individuelle et d'une réflexion plus générale se retrouve d'ailleurs effectivement dans de nombreux livres de Victor Hugo).
    Les personnages évoluent beaucoup au cours du roman, modifiant leur comportement ou leur vision de la vie au gré de leurs expériences et de leurs erreurs, leur trajet s'apparentant à une quête de sens. Les deux personnages d'André Bolkonsky et de Pierre Bezoukhov sont au centre de cette fresque. Beaucoup ont vu dans ces hommes que lie une profonde amitié malgré leur antagonisme profond deux facettes de la personnalité de Tolstoï lui-même. D'un côté Pierre, si gentil, si généreux qu'il en devient faible et manipulable à souhait, qui se perd dans l'enthousiasme de ses idéaux mais qui a l'inconstance d'un enfant qui se lasse vite de ses jouets trop rutilants, révolution française puis franc-maçonnerie puis patriotisme puis… de l'autre, André, toujours froid et hautain, hermétique à la frivolité de la société parce que seul ses principes moraux et le sens du devoir lui semblent dignes de lui. Mais ce personnage lunaire et pessimiste et ce personnage solaire et toujours heureux ont en commun un questionnement incessant sur le sens de la Vie, sur l'idée de Dieu, sur l'apprivoisement de l'idée de la Mort, à l'image de Tolstoï lui-même, qui oscilla toute sa vie entre mysticisme et athéisme, entre sa naissance aristocratique et son ascétisme.
    De ces deux facettes de Tolstoï lui-même, c'est du personnage d'André Bolkonsky que je me suis sentie la plus proche. Comprenant les futilités des conventions sociales, c'est entre les deux campagnes napoléoniennes qu'il est le plus attachant, comme un héros de Camus avant l'heure, ayant réaliser la vanité de la vie sociale et ne vivant que pour lui-même, heureux de plaisirs simples mais exigeants. Il se laissera cependant emporter dans une nouvelle campagne militaire, où le patriotisme puis le mysticisme l'éloigneront de moi mais le rapprocheront certainement du cœur de Tolstoï.
    En définitive, le parcours des personnages n'impose pas une réponse qui aurait une valeur universelle aux grandes questions de l'existence, puisque, si Tolstoï a plus d'affection pour certains de ses personnages, il leur permet toutes les croyances et tous les choix, comme son le roman de « La Guerre et la Paix » s'amusait à contredire l'essai « La Guerre et la Paix » . Il est seulement réconfortant de savoir que tous, à leur façon, trouveront l'apaisement dans l'épilogue.
    En conclusion, voici un livre plein de contradictions, entre fierté patriotique et individualisme, entre sens de l'Etat et sens de la famille, entre libre-arbitre et déterminisme, et tant d'autres contradictions apparentes dont nous passons chaque jour de notre vie à résoudre. C'est un livre où chacun peut se retrouver, un livre à l'image du bouillonnement bien peu rationnel de la vie. Il y est question de guerre bien sûr, de petits accommodements avec la morale, mais il contient aussi de très belles pages sur le fait de tomber amoureux ou sur la recherche de sens.
    Pour moi, ce livre est la découverte d'un auteur que je n'avais encore jamais lu, un auteur complexe, parfois daté (le sexisme de ses dernières pages est horripilant de bons sentiments mal venus) mais dont la vision demeure intéressante et que j'espère continuer à découvrir dans d'autres ouvrages, où il se fera Pierre ou André, ou plus probablement un peu des deux.
    PS : Je ne peux m'empêcher d'ajouter une note sur l'édition de poche folio. Je n'ai en effet jamais vu un livre avec autant de coquilles, au point qu'elles en ont gêné ma lecture ! Je ne la conseille vraiment pas et j'espère que les éditions concurrentes ne négligent pas autant la relecture de leurs épreuves !
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    • Livres 5.00/5
    Par ibon, le 11 janvier 2014

    ibon
    Une petite crainte avant de commencer ce pavé paraît bien naturelle et pas seulement pour la tendinite au pouce qui pointe à cause du poids de la culture russe...
    Tout comme un peu d'angoisse aux côtés du prince André ou du fougueux Nicolas Volkov, dans le brouillard du côté d'Austerlitz, attendant le déclenchement d'une immense bataille qui couvre 10 verstes (km) de front !
    Et même en temps de paix, l'intérêt pour les personnages ne décroît pas tant que ça. Même si je reconnais avoir éprouvé un soupçon d'ennui pendant les amours de Natacha Volkov. Les envolées assassines du vieux prince Bolkonsky sur ses enfants et surtout sur sa pauvre fille Marie ou les états d'âme de son fils André ou de Pierre sur leurs mariages m'ont remis en selle. Ah Pierre, une mention spéciale pour ses gaffes en société!
    Confortablement installé, ne voulant finalement plus lâché ces passages en temps de paix, j'ai découvert un Boris arriviste, un prince Basile intéressé uniquement par l'argent et son fils Anatole, par les femmes. Et enfin des personnages assez nombreux mais bien identifiés car Tolstoï rappelle systématiquement une particularité physique si bien que le lecteur perdu dans les prénoms et surnoms distinguera:
    La princesse Lise à sa lèvre supérieure duveteuse, la princesse Hélène à son physique avantageux au contraire de la princesse Marie, fort laide et de Pierre, fort gros, etc.

    Ma crainte s'est finalement rapidement dissipée, ce tome 1 imposant mérite bien un pouce levé. Bien portant malgré tout, même après avoir tenu ce livre pendant 15 jours.
    Il m'en vient d'ailleurs des palpitations à l'idée de commencer le tome 2.
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    • Livres 4.00/5
    Par Luniver, le 11 septembre 2012

    Luniver
    Les grands classiques impressionnent toujours, et celui-ci est longtemps resté dans ma liste « pense-bête », puis dans ma pile à lire. Et il aurait pu y rester encore longtemps si je m'étais aperçu avant la fin du livre que ce que j'avais en main était seulement le tome 1, et pas la version intégrale !
    Les évènements se déroulent pendant les guerres napoléoniennes : Tolstoï passe à la loupe quelques personnages représentatifs de la société russe de l'époque.
    Les Bolkonsky tout d'abord : le prince André, le héros le plus complexe du roman, ambitieux et tenté par la gloire des armes, mais qui cherche désespérément une paix intérieure qui lui glisse toujours entre les doigts ; sa sœur, la princesse Marie, réputée dans le monde pour sa laideur, a décidé de sacrifier tout son bonheur pour s'occuper de son père, qui, loin de lui en être reconnaissant, la tyrannise toujours plus.
    La famille Rostov ensuite, dans laquelle se nouent toutes les intrigues amoureuses du roman. Nicolas est un fervent admirateur de l'empereur et s'engage enthousiaste, et un peu désinvolte, dans l'armée. Il sera déchiré entre Sonia, son amour de jeunesse, et un mariage d'intérêt qui permettra à sa famille de rembourser ses dettes.
    Pierre Bézoukhof est le dernier personnage principal du roman. Noceur invétéré, et fils illégitime d'un comte richissime, il prend possession du titre et de la fortune de son père grâce à des manœuvres souterraines de gens qui espèrent obtenir ses faveurs. On lui force la main pour qu'il se marie avec Hélène, femme mondaine mais un peu sotte. Leur union prendra rapidement l'eau. Pierre tente de devenir meilleur et pendant la guerre, sera persuadé d'avoir un rôle crucial à jouer dans l'histoire de son pays.
    Tous ces personnages, et beaucoup d'autres plus secondaires, vont s'influencer, évoluer, prendre des directions différentes au cours des évènements. Mais malgré, on a l'impression que Tolstoï prend cette histoire comme prétexte (colossal et extrêmement détaillé, mais prétexte tout de même) pour exposer ses idées sur la guerre et l'histoire.
    Il prend à de nombreuses reprises la parole pour contester le point de vue des historiens. Il nie fermement que les «grands personnages de l'histoire» ou les «héros» aient la moindre influence sur les évènements, mais ne font que la subir, entraînés de la même façon que les soldats par des grands courants contre lesquels on ne peut lutter. Sa vision des batailles tranche aussi singulièrement avec le point de vue traditionnel : au lieu de voir des manœuvres géniales imaginées par les généraux et exécutées minutieusement par les troupes, Tolstoï voit plutôt une grande pagaille, dans laquelle personne n'a la moindre idée de ce qu'il se passe exactement, et où le sort de la bataille se joue principalement sur la motivation et le patriotisme des soldats qui prennent part aux combats. Son point de vue est intéressant, mais il est trop répété sans fournir d'arguments supplémentaires, et dans l'épilogue, il devient même franchement agaçant.
    L'œuvre est colossale, mais même si elle fait un peu peur quand on la voit la première fois, elle vaut largement le détour !
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    • Livres 5.00/5
    Par colimasson, le 11 décembre 2011

    colimasson
    La guerre et la paix est un titre qui en dit long. le Mal et le Bien, l'Activité et le Repos, la Haine et l'Amour… Les contraires se dressent l'un contre l'autre. Ils sont tout, sauf le Pire et le Meilleur, car ils se côtoient sans jamais que l'un ne soit plus respectable que l'autre.
    L'histoire se déroule de 1805, lors de la guerre de la Troisième Coalition, à 1812, lors de la Campagne de Russie. Entre les batailles de Schoengraben, d'Austerlitz et de Borodino, Tolstoï nous décrit minutieusement la Russie tsariste de l'époque à travers une galerie de personnages qui comporte, parmi ceux que je trouve essentiels, Pierre Bézoukhov, André Bolkonsky et Marie Bolkonsky. Les autres personnages, dont la psychologie est moins fouillée (mais tout de même longuement abordée), gravitent autour de ceux-ci pour leur donner des occasions régulières de s'illustrer dans leur rapport avec les choses, avec les autres, avec leurs croyances et leurs valeurs. D'ailleurs, je pense aussi que ces trois personnages et toutes les histoires qu'ils nouent à leur suite servent seulement de prétexte à Tolstoï pour ce qui m'apparaît être l'objectif principal de son ouvrage : faire la démonstration de sa théorie fataliste de l'histoire.

    Je pensais que Guerre et paix serait un roman. Après lecture, je m'aperçois que ce n'est pas le cas. La question de savoir quelle nature attribuer à ce livre a été posée à de maintes reprises. Tolstoï en parle lui-même dans l'appendice :
    « Qu'est-ce que « La guerre et la paix » ? Ce n'est pas un roman, moins encore un poème, moins encore une chronique historique. « La guerre et la paix » est ce qu'a voulu et a pu exprimer l'auteur dans la forme où cela s'est exprimé. »
    Pour ma part, je considère ce livre comme un essai masqué s'appuyant sur la fiction (un exemple développé sur plusieurs centaines de pages ?) pour démontrer sa thèse. le génie de Tolstoï tient au fait qu'il cherche à dissimuler son intention jusqu'à ce que les conclusions de ses démonstrations apparaissent de manière évidente.
    Dans le premier livre, il est encore possible de croire que Guerre et paix n'est qu'un roman. A partir du deuxième livre, Tolstoï se fait plus virulent. Des passages purement théoriques s'intercalent entre la fiction et viennent l'éclairer sous un autre angle. du singulier on passe au pluriel, on prend de plus en plus de recul. Napoléon était un grand Empereur dans le premier livre. Placé au centre des conversations, on parlait de lui avec terreur ou admiration, au choix. Dans le deuxième livre, il n'a pas plus d'importance qu'une fourmi et d'ailleurs, il est une fourmi : manipulé par lui-même et par les autres, par ce qu'il veut et ce qu'il croit vouloir, par l'idée du pouvoir et de la puissance, Tolstoï, au fil de sa démonstration, le réassigne à sa juste place. Il n'est rien de plus que les autres hommes car il ne peut pas échapper à l'Histoire.

    L'intérêt que l'on accordera ou non à Guerre et paix dépend peut-être de l'adhésion à cette théorie fataliste de Tolstoï. Je ne sais pas si elle m'a entièrement convaincue mais elle m'a plu, car ses conclusions bouleversent la conception que l'on se fait de l'homme et viennent relancer le grand débat sur l'idée du libre-arbitre. Impossible de contempler le monde de la même façon après avoir lu Guerre et paix. Les observations de Tolstoï trouvent encore un vaste champ d'application aujourd'hui et peuvent être mises en pratique au quotidien.
    Le deuxième livre me semble, pour cette raison, être le plus important. Si le premier m'a parfois intéressé pour les considérations sociologiques et psychologiques de Tolstoï sur les personnages, il n'a toutefois pas su me mettre l'esprit en ébullition comme le deuxième. Reste que ces considérations sociologiques et psychologiques sont d'une acuité qui méritent à elles seules le détour. Tolstoï montre que, s'il n'est pas schizophrène, son existence lui aura permis de nourrir de nombreuses réflexions sur les questions du rapport de chacun avec autrui, tentant peut-être de se glisser dans la peau de chaque personne qui aura eu de l'importance pour lui afin de la comprendre dans ses rouages les plus intimes -à moins qu'il ne se soit inspiré que de lui-même et de ses contradictions…
    L'écriture de Tolstoï n'est pas des plus agréables, mais après coup je me dis que c'est celle qui convient le mieux à la démonstration menée dans Guerre et paix. Cette écriture est froide, même lorsqu'elle parle des évènements les plus pathétiques, peut-être parce qu'elle est aussi monotone et impersonnelle. Si j'ai pu être rebutée par ce style au début de ma lecture, je me rends compte à présent qu'elle sert tout à fait à la compréhension car elle permet à Tolstoï de ne soutenir ni de ne condamner aucun de ses personnages. Il reste distant et se contente de décrire des faits qu'il ne cherche pas à juger. Cette absence d'engagement moralisateur donne au lecteur la possibilité de s'accrocher à l'un ou à l'autre des personnages, changeant d'attache et modifiant ses préférences au gré de l'évolution et de la maturation de chacun. Guerre et paix se présente ici comme un vaste champ d'expérimentation qui permettrait de se glisser dans la peau d'un personnage pour un temps, pensant avoir trouvé en lui le représentant idéal de ses propres valeurs et aspirations, avant de se glisser dans la peau d'un autre, que le temps nous aura rendu plus proche. Suivre les personnages dans leurs réflexions et leurs contradictions est l'occasion d'une profonde remise en question personnelle et invite à considérer les erreurs de chacun avec plus de tolérance, voire à éprouver de la sympathie pour des individualités en proie aux tourments existentiels.
    Ce livre est d'autant plus beau qu'il ne cherche pas particulièrement à l'être. Il mêle l'intelligence de Tolstoï à une pensée originale, et son caractère profondément humaniste vient apaiser la lucidité cruelle de ses propos. On alterne sans cesse entre réconfort et désespoir. J'aimerais pouvoir m'approprier ce texte et le porter en moi toute ma vie pour retrouver, à chaque fois que j'en aurais besoin, le passage de Guerre et paix qui saurait me réconforter, me confirmer ou m'instruire de la situation –car je crois qu'il n'y a rien, dans la vie, dont ce livre ait oublié de parler.


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-guerre-et-paix-1865-1869-de-..
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Citations et extraits

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  • Par Nastasia-B, le 27 mars 2013

    Tout homme vit pour soi-même, utilise sa liberté pour atteindre des buts particuliers, sent par tout son être qu'il peut ou non accomplir tel ou tel acte ; mais, dès qu'il agit, son acte accompli à tel moment de la durée devient irrévocable et appartient dorénavant à l'histoire, où il paraît non plus libre, mais régi par la fatalité.
    La vie humaine a deux faces. Il y a d'une part la vie individuelle, qui est d'autant plus libre que ses intérêts sont plus abstraits ; il y a d'autre part la vie élémentaire, grégaire, où l'homme doit inévitablement se soumettre aux lois qui lui sont prescrites.
    L'homme vit consciemment pour lui-même, mais participe inconsciemment à la poursuite des buts historiques de l'humanité tout entière. L'acte accompli est irrévocable et, par sa concordance avec des millions d'autres actes accomplis par autrui, prend une valeur historique. Plus l'homme est placé haut sur l'échelle sociale, plus importants sont les personnages avec lesquels il entretient des rapports, plus grand aussi est son pouvoir sur le prochain, plus chacun de ses actes revêt un caractère évident de nécessité, de prédestination.
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  • Par Nastasia-B, le 14 mai 2013

    La vie et l'activité d'hommes des siècles passés, liés à moi dans le temps, ne peuvent m'apparaître aussi libres que la vie de mes contemporains, dont les conséquences me sont encore inconnues. Ainsi le degré de liberté ou de nécessité qu'on attribue à un acte dépend du plus ou moins grand laps de temps écoulé entre l'accomplissement de l'acte et le jugement qu'on porte sur lui.
    Si je considère un acte que je viens d'accomplir il y a un instant dans des conditions à peu près semblables à celles où je suis maintenant, mon acte m'apparaît incontestablement libre. Mais si je juge un acte un mois après l'avoir accompli et quand je me trouve dans d'autres conditions, j'avoue malgré moi que s'il n'avait pas existé, beaucoup de choses utiles, agréables, nécessaires même, qui en sont découlées, n'auraient pas eu lieu. Si je me reporte par le souvenir à un acte encore plus éloigné datant de dix ans et plus, ses conséquences m'apparaîtront encore plus évidentes, et il me sera difficile de me représenter ce qui aurait eu lieu s'il ne s'était pas produit. Plus je me reporterai en arrière dans mon souvenir, ou, ce qui revient au même, en avant par mon jugement, plus mes conclusions sur la liberté d'un de mes actes seront hésitantes.
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  • Par Nastasia-B, le 19 mars 2013

    Après avoir traversé la cour au galop, elle ouvrit la porte d'une palissade et montra à Pierre un pavillon de bois qui flambait d'une flamme claire, en répandant une forte chaleur. Tout un côté était déjà écroulé, tandis que de l'autre côté tout embrasé, une flamme étincelante sortait par les ouvertures des fenêtres et du toit. (...)
    Pierre se jeta vers le pavillon, mais la chaleur était si forte qu'il dut le contourner et qu'il se trouva près d'une grande demeure dont seul un côté du toit brûlait. (...)
    Les craquements, le fracas des murs et des plafonds qui croulaient, le sifflement et le ronflement du feu, les clameurs de la foule, la vue des tourbillons de fumée qui tantôt s'étalaient épais et noirs, tantôt montaient, illuminés d'étincelles, la vue des flammes gagnant de mur en mur, rouges et épaisses comme des meules ou pareilles à des écailles d'or, les sensations causées par la chaleur, la fumée et la course, tout cela fit naître chez Pierre l'excitation que produisent d'ordinaire les incendies sur les enfants. (...) Il fit en courant le tour du pavillon du côté de la grande maison et voulait déjà se précipiter dans la partie encore debout lorsqu'il entendit crier plusieurs voix juste au-dessus de sa tête, puis, immédiatement après, un craquement et le bruit de quelque chose de lourd tombant près de lui.
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  • Par Jooh, le 21 juillet 2013

    Je ne connais dans la vie que deux maux bien réels : c’est le remord et la maladie. Il n’est de bien que l’absence de ces maux. Vivre pour moi en évitant ces deux maux, voilà à présent toute ma sagesse.
    […]
    Mais chacun vit à sa façon : tu as vécu pour toi seul et tu dis que tu as failli gâcher ta vie et que tu ne connais le bonheur que depuis que tu as commencé à vivre pour autrui. Et moi, j’ai éprouvé l’inverse. J’ai vécu pour la gloire (et qu’est-ce que la gloire ? Toujours ce même amour pour les autres, le désir de faire quelque chose pour eux, le désir d’obtenir leurs louanges). Ainsi j’ai vécu pour les autres et je n’ai pas failli gâcher ma vie, je l’ai complètement gâchée. Et j’ai retrouvé la paix depuis que je vis pour moi seul.
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  • Par Woland, le 24 janvier 2011

    - "Eh ! bien, mon prince, Gênes et Lucques ne sont plus que des apanages, des domaines de la famille Buonaparte. Non, je vous préviens que si vous ne me dites pas que nous avons la guerre, si vous vous permettez encore de pallier toutes les infamies, toutes les atrocités de cet Antéchrist (ma parole, j'y crois), je ne vous connais plus, vous n'êtes plus mon ami, vous n'êtes plus mon fidèle serviteur, comme vous dites. Eh ! bien, bonjour, bonjour. Je vois que je vous fais peur, asseyez-vous et racontez."

    Ainsi parlait, en juillet 1805, Anna Pavlovna Scherer, une demoiselle d'honneur bien connue et une intime de l'impératrice Maria Feodorovna, en accueillant le prince Vassili, personnage important et haut fonctionnaire, arrivé le premier à sa soirée. Anna Pavlovna toussait depuis quelques jours, elle avait la grippe, disait-elle (c'était alors un mot nouveau dont ne se servaient que de rares personnes). Dans les billets qu'elle avait fait porter dans la matinée par un laquais en livrée rouge, il était dit à tous sans distinction :

    "Si vous n'avez rien de mieux à faire, monsieur le comte (ou mon prince) et si la perspective de passer la soirée chez une pauvre malade ne vous effraie pas trop, je serai charmée de vous voir chez moi, entre sept et dix heures. Annette Scherer."

    - "Dieu, quelle virulente sortie !" répondit le prince sans s'émouvoir le moins du monde d'un pareil accueil ; il portait l'uniforme chamarré de la cour, orné de plaques, avec bas et escarpins, et arborait, sur son visage plat, une expression claire. ... [...]
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