Le narrateur, détective new-yorkais, est sollicité par sa maîtresse pour re-chercher le mari d'une vieille dame. Celle-ci, rescapée du camp de concen-tration de Maïdanek prétend avoir aperçu deux fois de suite son mari, un pianiste renommé qui jouait dans l'orchestre d'Auschwitz et y aurait été exterminé.
Le « remarquable monsieur Fitzgerald » comme elle l'appellera très vite accepte de rencontrer Madame Weill qui survit aux USA en étant serveuse dans un restaurant. Malgré ses réticences initiales, dues notamment à ses doutes quant aux motivations réelles de son amie Fiona Shaw, une journa-liste, le détective accepte de commencer une enquête en se rendant au ser-vice de l'immigration. Julius Frances, le fonctionnaire qui le reçoit se montre plein de compréhension pour la rescapée qui lui a déjà rendu visite et lui laisse entendre la vanité de son entreprise, toutefois Fitzgerald trouve son attitude étonnante.
Il reçoit bientôt la visite d'un certain Kleinman, collaborateur occasionnel de Frances, qui veut le dissuader de poursuivre une enquête vouée à l'échec dès l'abord. On peut imaginer que le soin que prennent ces hommes à l'empêcher de chercher ne peut qu'inciter le détective à poursuivre.
Le roman de
Topor est un roman noir des plus caractéristiques : un détective désabusé, amateur de femmes et de whisky, revenu de tout et surtout de l'amour, du sexe, une enquête mal embarquée dès le départ, un chemin semé de cadavres : on connaît tous ces ingrédients.
Toutefois, ce qui distingue ce polar des autres, c'est son sujet : Qu'est-ce qui avait permis à ce juif virtuose de survivre dans l'enfer ? comment pouvait-on jouer de la musique alors que les autres partaient vers les chambres à gaz ? qu'est-il devenu, porté disparu, considéré comme mort, plus de 35 ans après la fin de la guerre ? Quel est l'intérêt de services plus ou moins secrets d'empêcher une vieille dame de retrouver celui dont, malgré le temps et les trahisons, elle est restée amoureuse ?
L'intérêt principal de ce roman, au-delà de sa trame bien ficelée – mais, somme toute, c'est le moins qu'on puisse attendre de ce genre de romans – c'est ce regard sur l'envers du décor, celui dont on ne parle jamais, qui nous montre que tous les héros ne sont pas forcément reluisants.