Matus, prof d'histoire et ancien marathonien aux rêves de gloire, n'a qu'une idée en tête : reprendre le Texas aux « gringos » pour le rendre aux mexicains. Pour cela, il décide de partir à la conquête de Fort Alamo, là où s'est jouée l'indépendance du Texas en 1836. Sauf que notre histoire ne se déroule non pas au début du XVIIIème siècle, mais plus de cent ans après, en 1968 ! Dans son projet fou, Matus entraîne avec lui cinq jeunes gens un peu simplets, qui rêvent d'autre chose que leur quotidien infantilisant, dans lequel tout ce que l'on attend d'eux est de faire de beaux dessins, savoir compter jusqu'à dix et connaître son alphabet…
Ainsi, cette drôle d'armée se compose du gros Comodoro, jeune homme plein de bravoure et de fantasmes, d'El Milagro, « le miraculé », seul rescapé d'un accident de voiture, du jeune Cerillo, enfant couvé par sa mère, qui part faire la guerre dans sa tenue du dimanche… Il y a aussi Ubaldo, l'artiste de la bande et le seul à prendre sa mission vraiment au sérieux et la jolie Azucena, tour à tour maîtresse, mère et infirmière du petit groupe. Menée par l'autoproclamé « général » Matus, cette armée singulière va tenter de marquer l'histoire par sa bravoure et son patriotisme invétéré…
«
L'Armée illuminée » est un roman rendu extrêmement drôle par son décalage permanent entre les grandes idées de gloire et de batailles de ses personnages et la réalité, souvent brutale, des faits. Toutefois, l'extravagance de certaines situations contribue grandement à rendre nos improbables héros plus humains et plus attachants que tous les autres personnages, dénués de fantaisie et de charisme. L'aberration de la guerre est dénoncée de façon originale, par l'absurdité même de ses soldats. Néanmoins, comme dans tout récit de bataille, celui-ci n'échappe pas à une certaine part de drame, car, si cette parodie de guerre amuse et séduit le lecteur par son surréalisme, elle n'en reste pas moins un affrontement armé, qui implique son lot de blessés et de tués… La force de ce récit réside donc dans son habileté à mélanger les genres et les tons, habileté qui charme et interpelle le lecteur à chaque instant. L'écriture de
David Toscana est lumineuse, parfois grinçante et ne laissera personne indifférent. Une très jolie découverte pour ma part!