> François-Michel Durazzo (Traducteur)

ISBN : 9782843045226
Éditeur : Zulma (2010)


Note moyenne : 3.67/5 (sur 3 notes) Ajouter à mes livres
Enfant maudit, Juan Capistrán se voue dès l’adolescence à la conquête d’une fillette qui le dédaigne. Devenue femme, la belle Carmen l’ignore plus que jamais… En toile de fond des récits du vieux conteur et des interprétations romanesques de Froylán, son biographe : la ... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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  • Par christianebrody, le 10 novembre 2011

    christianebrody
    Un train pour Tula ou Recherche Carmen désespérément.
    Juan Capistràn, vieillard invalide à la charge des bonnes sœurs, raconte sa perpétuelle recherche du bonheur à Froylán récemment licencié et qui se rêve écrivain. Devenu biographe à temps plein, il recueille les souvenirs, les romance tout en se débattant avec sa propre existence.
    La vie de Juan Capistrán suit celle de Tula, petit village au milieu de nulle part, son église, ses haciendas, ses débits de boissons, ses personnages hauts en couleurs, débrouillards et roublards… Produit d'un viol, Juan Capistrán vient au monde en tuant sa mère. Banni par sa grand-mère, il est confié aux bons soins de Negra, la bonne à tout faire. Tombé sous le charme de Carmen, il met tout en œuvre pour s'attirer ses faveurs. D'apprenti pianiste, projet qu'il abandonne rapidement, il se contraint à passer quelques temps dans une grotte infestée de crotales sans oublier d'en informer l'intéressée puis opte pour le métier de soldat, un métier qui consiste surtout à marcher, à livrer des sacs de farines ( le pays étant souvent en guerre ou subissant les escarmouches de bandits), à se faire masser les pieds par des prostituées, à noyer son chagrin dans le mescal. Les années s'égrènent, le retour auprès de sa dulcinée ne se passe pas comme prévu.
    Pendant ce temps, Tula reçoit la ligne télégraphique, se dote d'une école de musique, organise un concert mémorable en réunissant cent pianos dans ses rues, concourt modestement à la création de l'hymne nationale, engage par petite annonce un général capable de défendre ce petit bourg d'éventuelles agressions, crée de nouveaux cimetières, tant et si bien que l'annonce d'un tracé ferroviaire met toute la population en ébullition. Là non plus, tout ne se passe comme prévu. Entreprenants et dégourdis, les Tultèques s'organisent et construisent eux-même leur ligne de chemin de fer.
    On nage dans le romanesque absolu. Des passions impossibles, des personnages au caractère trempé, volontaire, dominateur, veule, vénale, des amours déçus que les litres de mescal engloutis n'effacent pas, et la continuelle quête du bonheur qui se perpétue.
    L'autre point d'intérêt du livre est le glissement de la personnalité de Froylán ( un homme plutôt lâche et velléitaire) qui, au fil des confidences de ce vieil homme aigri, tel le prédateur moyen se met à traquer Carmen, la sienne. Symbole du fantasme de ces deux hommes, Carmen, insoumise, indépendante, souvent cruelle, elle reste majestueusement inaccessible à ces pantins, ces hommes encore à l'état embryonnaire.
    Une histoire drôle et loufoque, bien écrite, rythmée, plaisante. Il y a sans doute des ressemblances avec le Macondo de Cent ans de solitude… peut-être le côté grandeur et décadence d'une petite ville, les personnages pittoresques, la frénésie ambiante mais là s'arrêtent les similitudes. Un train pour Tula, sans être un grand livre poursuit le même objectif que son aîné: celui de faire plaisir au lecteur. le but est atteint.
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    • Livres 4.00/5
    Par sentinelle, le 13 décembre 2010

    sentinelle
    « Un train pour Tula » fait partie de ces romans qui diffusent un charme subtil, un je ne sais quoi comme une petite musique, une atmosphère et un ton particuliers qui ne laissent pas indifférent. Sous des allures de contes, des personnages truculents s'emparent du récit où les mises en abîme s'en donnent à cœur joie. Roman gigogne où la transmission et la passation générationnelles transcendent l'hérédité en prenant quelques chemins de traverse savoureux.

    Lien : http://livresque-sentinelle.over-blog.com/article-un-train-pour-tula..
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)

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Citations et extraits

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  • Par sentinelle, le 10 décembre 2010

    Il y avait quatre cimetières à Tula. L’un d’eux se situait initialement à l’extérieur, à côté de ce qui avait été le temple du Rosaire, mais ensuite, à mesure que le hameau grandit, il se retrouva presque au centre du village. C’était le plus ancien, il avait été ouvert par frère Juan Bautista de Mollinedo, le fondateur de Tula. C’est là qu’on inhumait le tout-venant, ceux qui de leur vivant ne s’étaient distingués ni par leurs bonnes œuvres, ni par leurs fautes, des gens qui allaient à la messe le dimanche et se confessaient de temps en temps. Un autre cimetière était distant de trois lieues. Là-bas, on portait les morts dont la vie avait été dissolue, comme des lépreux, pour éviter toute contagion, sous prétexte que le mal s’enracine jusque dans les âmes. La petite crypte sous l’autel de l’église faisait office de troisième cimetière, réservé à ceux que le père disait quasi sancti, et, sur le mont du Camposanto, s’élevait un dernier cimetière où l’on enterrait les morts qui n’étaient pas certains de la grâce divine.
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  • Par sentinelle, le 10 décembre 2010

    — Si cela t’intéresse, mon fils, je peux t’envoyer au séminaire.
    Il fit non de la tête.
    — Ou si tu préfères…
    — Connaissez-vous Carmen ?
    — Quelle Carmen ?
    Domenico serra les dents. Le nom aurait dû suffire. À quoi bon un nom de famille ? À des gens comme elle, des êtres comme elle, un seul nom suffisait. Imaginait-on quelque chose comme "Crois-tu en Dieu ? —Lequel ? —Dieu González." ?
    — La connaissez-vous ? insista-t-il.
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  • Par sentinelle, le 10 décembre 2010

    Tu verras qu’elle a plusieurs visages, plusieurs formes, et que finalement ce n’est qu’une seule et même femme. Ecris-la et réécris-la, mille et une fois. Dès que tu sauras bientôt qui elle est, tu sauras aussi qui chercher.

    J’ai eu l’impression d’être le personnage d’un conte où le prince doit retrouver sa bien-aimée parmi une multitude, en la reconnaissant à la pointure de son pied, à un grain de beauté sur l’épaule ou à la voix qui chante dans la forêt. Il ne manquait plus que le vieux Capistran m’avertisse que je devais la rencontrer avant minuit.
    — Et que ferais-je quand je l’aurai trouvé ?
    — Tu sauras la femme que tu as… Elle s’appelle Patricia, n’est-ce pas ? Pas grand-chose en réalité.
    — Alors ne comptez pas sur moi, ai-je dit, en sentant une sorte de trouble m’envahir.

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  • Par sentinelle, le 10 décembre 2010

    Domenico

    Apprends ce nom qui n’est pas celui d’un homme mais d’un cœur qui part en quête de batailles et de guerres pour se signaler à toi. Domenico n’a pas d’autre musique que le grondement des fusils et le cri des blessés. Tiens-toi prête, Carmen, car le jour où tu t’y attendras le moins, Domenico viendra ravir ton âme.

    Tula, Tamaulipas, 13 février 1863
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  • Par sentinelle, le 10 décembre 2010

    Peu à peu Patricia est devenue un être sans plus d’importance qu’une simple chaîne. En ce moment, tandis que j’écris ces lignes, elle est dans la chambre, en train de regarder la télévision et peut-être de penser à moi. Toute la journée elle répète que je ne suis plus le même, que je ne lui dis plus les choses d’avant, et elle insiste sur cet avant comme quelqu’un qui parle de la préhistoire. Avant Jésus-Christ. Pour moi seul existe l’après-Carmen. Préhistoire signifie "précarmen", et Patricia appartient au "précarmen". Elle n’est plus qu’un souvenir qui malheureusement occupe une place physique dans mon lit, un souvenir dont parfois je me sers.
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