> Gilles Deleuze (Autre)

ISBN : 2070369595
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.85/5 (sur 162 notes) Ajouter à mes livres
Tous ceux qui m'ont connu, tous sans exception, me croient mort. Ma propre conviction que j'existe a contre elle l'unanimité. Quoi que je fasse, je n'empêcherai pas que, dans l'esprit de la totalité des hommes, il y a l'image du cadavre de Robinson. Cela suffit - non ce... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

> voir toutes (7)

Critiques et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 07 décembre 2010

    LiliGalipette
    Roman de Michel Tournier. Lettre T de mon Challenge ABC 2010.
    Le récit s'ouvre sur le naufrage de la Virginie: Robinson Crusoé est sur la plage de l'île qu'il nommera Speranza. D'abord porté par le désir de fuir cette île perdue, il s'acharne à construire un radeau qui n'a de salut que l'idée. Robinson est hanté par "la peur de perdre l'esprit" (p. 23), terrifié par la solitude et le risque de perdre son humanité. le temps se disloque, les phases de désespoir se succèdent. Il tire de l'épave du bateau des reliques de civilisation qu'il organise pour recréer un monde humain dans un univers purement naturel. Dans un log-book, il consigne ses réflexions solitaires et ses souvenirs. Sans cesse, il lutte contre l'attrait d'une vie fangeuse, dénuée de règles et de respect pour sa personne. Pour combattre les élans de désespoir qui l'étreignent, Robinson rationalise son existence sur l'île: il dénombre, il dessine, il cultive, il thésaurise, il applique à sa solitude le carcan de la vie en société. "Ma victoire, c'est l'ordre moral que je dois imposer à Speranza contre son ordre naturel qui n'est que l'autre nom du désordre absolu." (p. 50) Robinson s'instaure Gouverneur de l'île, Juge, Pasteur, Général, etc. poussant à l'extrême la folie organisatrice de sa solitude.
    Mais son rapport avec Speranza évolue à mesure qu'il la découvre. L'île devient compagne et femme. Robinson s'aventure dans une exploration philosophique, psychologique et ésotérique des lieux. Robinson développe un désir tellurique et végétal et il féconde, de façon quasi mythologique, la terre de Speranza, donnant naissance à des mandragores fabuleuses. Lié indéfectiblement à l'île, il la célèbre en lui dédiant le Cantique des Cantiques. L'osmose avec Speranza est miraculeuse et se fonde sur un transfert d'humanité et de nature.
    L'univers parfaitement réglé de Robinson est bouleversé quand, en voulant le tuer, il sauve un Indien Araucan destiné à un sacrifice humain. Maintenant accompagné de Vendredi, "un Indien mâtiné de nègre" (p. 148), Robinson croit pouvoir créer une véritable société, fondée sur un rapport de maître à esclave. Mais si Vendredi est reconnaissant et dévoué, il reste inexorablement libre et ne se plie pas au carcan civilisé de l'île administrée. Une catastrophe rend les deux hommes à l'état naturel. Désormais, c'est Vendredi qui enseigne. Robinson découvre un nouvel état d'existence immédiate, libéré de l'humanité policée, vers une existence vouée à la nature, à la libido, au soleil et au vent, "un chemin vers ces limbes intemporelles et peuplées d'innocents où il s'était élevé par étape" (p. 251)
    Michel Tournier propose une variation autour du Robinson Crusoé de Daniel Defoe. Ce naufragé d'un nouveau genre, après s'être laissé aller à la nostalgie et à la déréliction, retrace les étapes de la civilisation et les impose à l'île jusqu'à un paroxysme outrancier et grostesque que Vendredi fera voler en éclats. Vendredi n'est plus le bon sauvage qu'il faut éduquer. En détruisant l'ordre économique et moral imposé par Robinson à Speranza, il est devenu le sage qui guide l'homme vers une nouvelle réalité.
    Je me rappelle avoir lu l'oeuvre de Defoe avec émerveillement et incrédulité, fascinée par cet homme têtu et intègre qui n'abandonne pas son humanité. Mais l'oeuvre de Tournier est autrement plus bouleversante. Ce Robinson est bien plus humain que son prédécesseur: il avoue et vit sa folie, il fait l'expérience des limites de la raison et de la réalité. En se fondant dans la grotte et en fécondant la combe rose, il explore une sexualité nouvelle: seul avec l'île, il n'est pas solitaire, sa perversité végétale est créatrice et l'aide à se détacher des aléas de l'état humain. Assuré d'une descendance, aussi mythologique soit elle, il n'a plus à craindre de disparaître ou de ne jamais quitter Speranza. Sa troisième période d'existence sur l'île, après le désespoir et la rationalisation maladive, est d'une poésie sans égale: entièrement tourné vers le soleil et le vent, Robinson devient un élément tellurique, parfaitement intégré dans la vie sauvage de Speranza.
    Voilà un des textes les plus puissants que j'ai lus. La variation de Michel Tournier sur le thème de la robinsonnade est une réussite. Les accents poétiques et philosophiques du texte sont beaux et offrent de quoi méditer. Voilà un livre que je recommande et la postface de Gilles Deleuze est passionnante!
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 25 octobre 2011

    lecassin
    Je suis entré dans le monde de M Tournier par son Vendredi... Et depuis, je n'en suis pas sorti. Les grands mythes revisités; et particulièrement celui de Robinson Crusoé, dont Tournier disait avoir voulu complétait l'aspect séxualité, en y incluant des apports récents de la psychanalyse...
    Quant au style : remarquable. Une prose pareille se déguste, par petite dose, au quotidien afin d'en profiter plus longtemps.
    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par foxofthelibrary, le 26 septembre 2010

    foxofthelibrary
    Excellente œuvre qui nous fait voyager, nous fait traverser le Pacifique, mais aussi l'immensité de notre esprit. Robinson Crusoé fait naufrage sur une île déserte. On peut observer plusieurs étapes dans son comportement. D'abord il se laisse enliser dans la dépression, dans la souille. Et cherche à s'enfuir absolument. Il entame la construction de l'Évasion qui n'aboutit pas. Après avoir longtemps refusé sa situation, qu'il allait rester sur l'île un temps probablement très long et indéterminé, il accepte finalement son état. Pour échapper à la solitude, il entreprend de domestiquer l'île, avec pour modèle la Bible. Il se glisse dans la peau du premier Homme. Il considère alors l'île "Sperenza" comme une femme. Qui assouvira ses besoins humains les plus intenses. Puis il y aura l'intrusion de Vendredi, un indien qui se rendait sur l'île pour un rite de sa tribu. Mais il échappe à la mort et se retrouve avec Robinson. Pour ce dernier, on entrevoit une autre facette de sa personnalité. Égoïste et imprégné des mœurs occidentaux de son temps. Au fil des années, il changera. Et deviendra l'homme de la Nature, tout en gardant sa spiritualité. Alors qu'un navire accostait sur l'île 28ans après son naufrage, Robinson décide de rester sur l'île. Alors que Vendredi s'en va sur le bateau. Non prêt à affronter la solitude une seconde fois, il allait mettre fin à ses jours. Mais un jeune mousse du navire sort de sa cachette, et c'est une nouvelle aventure qui commence pour eux.
    Un parcours très initiatique, liant corps, esprit, philosophie et nature.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par dukiduk, le 09 février 2011

    dukiduk
    aahhh ce livre!! il m'a fait voyager dans le Pacifique!! j'ai adoré suivre le cheminement de cet homme seul sur son ile qui se résout à affronter la situation.. puisqu'il n'a pas d'autre choix. J'avais d'abord lu Vendredi ou la vie sauvage qui est beaucoup plus simple puis je me suis lancé dans ce livre, qui est plus "philosophique" par la pensée, les reflexions que Robinson se fait. C'est un beau roman de Michel Tournier qui nous fait refléchir!
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Guitou, le 18 avril 2011

    Guitou
    Jamais je n'aurai un avis plus subjectif sur un livre que sur celui-ci. Je me rappelle encore très bien l'avoir lu quand j'étais petit. J'adorais ça et ne comprenais pas toutes les implications et pourtant je sentais que quelque chose n'allait pas chez ce Robinson. L'apothéose pour moi c'est le passage de la folie dans la grotte. J'étais tout choqué et inquiet pour mon héros qui semblait avoir un sérieux grain. Ce livre est incontournable pour moi et pour chaque personne qui s'est toujours demandée ce qu'elle ferait sur une île déserte... Devenir fou tout simplement.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (2 votes positifs)

> voir toutes (19)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par Couperine, le 03 décembre 2010

    Tous ceux qui m'ont connu, tous sans exception me croient mort. Ma propre conviction que j'existe a contre elle l'unanimité. Quoi que je fasse, je n'empêcherai pas que dans l'esprit de la totalité des hommes, il y a l'image du cadavre de Robinson. Cela suffit - non certes à me tuer - mais à me repousser aux confins de la vie, dans un lieu suspendu entre ciel et enfers, dans les limbes, en somme... Plus près de la mort qu'aucun autre...
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par lecassin, le 23 novembre 2011

    L'intelligence et la bêtise peuvent habiter dans la même tête sans s’influencer le moins du monde, comme l'eau et l'huile se superposent sans se mêler.
    Citation de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par Couperine, le 03 décembre 2010

    Survivre c'est mourir. Il faut patiemment et sans relâche construire, organiser, ordonner.
    Citation de qualité ? (9 votes positifs)
  • Par lecassin, le 23 novembre 2011

    Exister, qu'est-ce que cela veut dire ? Ça veut dire être dehors, sistere ex. Ce qui est à l'extérieur existe. Ce qui est à l'intérieur n'existe pas. Mes idées, mes images, mes rêves n'existent pas. [...] je n'existe qu'en m'évadant de moi-même vers autrui.
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par lecassin, le 23 novembre 2011

    Il s'avisa ainsi qu'autrui est pour nous un puissant facteur de distraction, non seulement parce qu'il nous dérange sans cesse et nous arrache à notre pensée actuelle, mais aussi parce que la seule possibilité de sa survenue jette une vague lueur sur un univers d'objets situés en marge de notre attention, mais capable à tout instant d'en devenir le centre.
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)






Acheter sur Amazon

Faire découvrir Vendredi ou les limbes du Pacifique par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (333)

> voir plus

Quiz