ISBN : 2707320056
Éditeur : Minuit (2007)


Note moyenne : 3.17/5 (sur 12 notes) Ajouter à mes livres
Il y a quelques années j'ai essayé de faire une photo, une seule photo, quelque chose comme un portrait, un autoportrait peut-être, mais sans moi et sans personne, seulement une présence, entière et nue, douloureuse et simple, sans arrière-plan et presque sans lumière.
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 26 octobre 2010

    vincentf
    Comment se fait-il, alors que ce qui nous est raconté n'est rien, une rencontre amoureuse non peinturlurée de sentiments, des voyages sans but, un appareil-photo jeté à la mer, qu'on soit sous le charme ? Toussaint, même si son oeuvre est reconnaissable parmi mille, demeure un mystère. L'appareil-photo mélange les deux registres de l'auteur, le comique de situation esquissé l'air de rien et le poétique (toujours de situation) révélé dans des détails d'une vie banale et extraordinaire. Les personnages ne sont présents que par leurs actions, hasardeuses, perdues, et ils sont, le narrateur en tête, mais aussi cette Pascale de rencontre qui devient compagne inséparable, foncièrement passifs, laissant la vie passer sur eux et essayant, comme on fait lorsque l'on prend une photo, d'en saisir l'essence. Parfois le narrateur s'enferme (dans des toilettes ou dans une cabine téléphonique, décor délabré, insalubre et banal) pour penser, c'est-à-dire pour laisser le flot de choses défiler dans la tête. Il y trouve le bonheur, peut-être le même bonheur que l'on trouve, on ne sait pas trop pourquoi, en lisant Toussaint.
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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 25 mars 2011

    [Incipit.]

    C'est à peu près à la même époque de ma vie, vie calme où d'ordinaire rien n'advenait, que dans mon horizon immédiat coïncidèrent deux événements qui, pris séparément, ne présentaient guère d'intérêt, et qui, considérés ensemble, n'avaient malheureusement aucun rapport entre eux. Je venais en effet de prendre la décision d'apprendre à conduire, et j'avais à peine commencé de m'habituer à cette idée qu'une nouvelle me parvint par courrier : un ami perdu de vue, dans une lettre tapée à la machine, une assez vieille machine, me faisait part de son mariage. Or, s'il y a une chose dont j'ai horreur, personnellement, c'est bien les amis perdus de vue.

    Ainsi, un matin, me suis-je présenté aux bureaux d'une école de conduite. C'était un local assez grand, presque sombre, dans le fond duquel plusieurs rangées de chaises se trouvaient disposées en face d'un écran de projection. Sur les murs étaient toutes sortes de panneaux d'indications, quelques affiches bleu pâle ici et là, décolorées et datées. La jeune femme qui me reçut me présenta la liste des documents que j'avais à fournir pour l'inscription, me renseigna sur les prix, sur le nombre de leçons qu'il me faudrait prendre, une dizaine tout au plus pour le code, et une vingtaine pour la conduite, si tout se passait bien. Puis, ouvrant un tiroir, elle me tendit un formulaire, que je repoussai sans même y jeter un coup d'œil, lui expliquant que, rien ne pressant, je préférais le remplir plus tard, si c'était possible, quand je reviendrais avec les documents par exemple, ça me paraissait beaucoup plus simple.

    Je passai la journée chez moi, ensuite, lus le journal, fis un peu de courrier. En fin d'après-midi, il se trouva que par hasard je repassai devant les bureaux de l'école de conduite. J'en profitai pour pousser la porte, et la jeune femme, me voyant entrer, crut qu'en réalité je revenais déjà pour l'inscription. Je dus la détromper, mais lui laissai entendre que les choses avançaient, j'avais déjà la photocopie de mon passeport et envisageais dans les heures à venir de voir ce qu'il y avait lieu de faire pour la fiche d'état civil. Elle me regarda un instant avec perplexité et me rappela au passage de ne pas oublier les photos (oui, oui, dis-je, quatre photos).

    Le soir même, ayant réussi à me procurer la fiche d'état civil (j'en avais même fait faire une photocop), je reparus aux bureaux de l'école de conduite. Je m'arrêtai un instant sur le seuil et levai la tête en direction du témoin sonore, carillon en cuivre sur lequel s'épuisait un petit marteau. La jeune femme m'expliqua en souriant que d'habitude elle le débranchait quand elle était là, et, se levant, elle contourna son bureau et traversa la pièce dans une robe claire très légère pour me montrer l'interrupteur qui le commandait. C'était un système assez ingénieux, je dois dire, et nous nous divertîmes quelques instants avec, coupant puis remettant la sonnerie en marche, ouvrant et refermant la porte, tantôt de l'intérieur et tantôt de l'extérieur, où il commençait à faire nuit. Nous étions tous les deux dehors justement, quand le téléphone retentit à l'intérieur. Elle rentra aussitôt et, pendant qu'elle répondait, j'attendis en face d'elle, déplaçant des objets du bout des doigts sur son bureau, ouvrant quelque registre. Dès qu'elle eut raccroché, elle me demanda où j'en étais dans la constitution de mon dossier, et nous fîmes ensemble une manière d'inventaire de tous les documents que j'avais déjà réunis. Mis à part les enveloppes timbrées, me semblait-il, il ne manquait que les photos pour que le dossier pût être enregistré. Avant de prendre congé, je lui confiai du reste à ce propos que, tout à l'heure, j'avais retrouvé chez moi quelques photos de quand j'étais petit. Je vais vous les montrer d'ailleurs, dis-je en sortant l'enveloppe de la poche de ma veste, et, faisant le tour du bureau, je les lui présentai une par une, me penchant au-dessus de son épaule pour m'aider du doigt dans mes commentaires. Alors là, dis-je, je suis debout à côté de mon père et là c'est ma sœur, dans les bras de ma mère. Là, on est tous les deux avec ma sœur dans la piscine ; derrière la bouée, c'est ma sœur oui, toute petite. Là, c'est encore nous, ma sœur et moi, dans la piscine. Voilà, dis-je en rangeant les photos dans l'enveloppe, je pense que vous conviendrez que cela ne nous est pas d'une grande utilité (pour le dossier, dis-je).
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  • Par vincentf, le 24 octobre 2010

    La première fois qu'il m'avait raccompagné, je me souviens, je fus assez surpris de voir ma voisine descendre en même temps que moi, et, m'attardant un instant avec elle sur le trottoir tandis que la voiture du chargé de cours s'éloignait, nous échangeâmes quelques mots devant ma porte. Elle s'y était adossée, curieusement, une main dans les cheveux, et ne semblait pas décidée à prendre congé. J'ignorais ce qu'elle me voulait et, comme le silence devenait pesant, nous faisions de grands efforts pour trouver quelque question à nous poser, de temps à autre, dont je méditais chaque réponse les yeux baissés en jouant pensivement du bout des doigts avec la ceinture de son manteau. Puis, finissant par rentrer chacun chez soi, je me rendis compte que nous habitions tout simplement le même immeuble.
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L'Artiste multi-facettes Jean-Philippe Toussaint revient à Toulouse nous présenter son nouveau roman, "La Vérité sur Marie".








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