Il y a une dizaine d'années, les succès coup sur coup du
Journal de bridget jones de
Helen Fielding et de
Sex and the city de
Candace Bushnell lançaient un nouveau sous-genre littéraire qui allait déferler sur les rayons : la chick lit'. Bon, certains pinailleurs iront jusqu'à dire qu'on peut remonter jusqu'à
Jane Austen et même Madame de
La Fayette pour comprendre l'impact de ce phénomène. Je veux bien, mais là n'est pas le sujet. Ce qui est sûr, c'est qu'une brêche énorme s'est ouverte, dans laquelle moultes écrivaines se sont engouffrées à coups de féminisme libéré et autre revanche sur la littérature machiste... pour le meilleur, mais bien souvent aussi pour le pire. Parmi elles, Carrie Bradshaw Catherine Townsend tient une chronique "sexe" dans un journal national, et a décidé d'en faire un livre. Si les deux journalistes souffrent de ressemblances évidentes, Townsend enfonce le clou jusqu'à plagier certains dialogues que l'on retrouve dans la série. Et tant qu'à copier éhonteusement les copines, autant faire de même avec
Le Journal de Bridget Jones, auquel
Chroniques d'une croqueuse emprunte quasiment mot à mot certaines scènes. Si ce n'était que ça, on pourrait parler, à la limite, d'un hommage maladroit. Malheureusement, le livre entier est une "douleur dans le cul", comme on dit outre-Manche. Là où Fielding utilisait la forme du journal intime avec malice pour nous raconter une histoire qui tient la route, Townsend ne fait qu'aligner des épisodes sans queue(s) ni tête (enfin, surtout sans tête!), telles des aventures de Martine. Ainsi peut-on lire "Catherine et la sodomie", "Catherine et son nouveau sex-toy", "Catherine se retrouve dans un plan à trois", et ainsi de suite. Ce n'est pourtant pas que la belle n'a pas essayé de nous raconter quelque chose, mais elle n'y parvient tout simplement pas. Les personnages sont dépeints à coups de rouleau et à la gouache, si bien qu'on en confond à peu près tous les mecs qu'elle croise dans le livre, mais également ses copines. le style dépasse rarement mon propre langage parlé, et encore quand j'approche du coma éthylique. Les situations qui se veulent croustillantes ne sont qu'un amas de clichés et de lieux communs, qui ne provoquent pas grand-chose si ce n'est des soupirs d'exaspération. Enfin la personne/le personnage de Catherine lui-même, s'il cherche à être émouvant, n'est qu'un concentré d'arrogance et d'incohérence qui empêche le lecteur de s'attacher vraiment à cette fille qui se cherche à travers le sexe. Quand on prône son intelligence, la moindre des choses est d'avoir un minimum de recul sur les choses et sur soi, si ce n'est une énorme autodérision.
Je conseillerai donc à First Editions d'éviter de perdre leur temps à éditer des inutilités pareilles et d'en passer un peu plus à corriger leurs coquilles, qui malgré tout reste le seul élément qui retienne vraiment notre attention.