Avec le passage obligé, Tremblay clôt La Diaspora des
Desrosiers.
Quatrième volet de ce cycle, après
La Traversée du continent,
La Traversée de la ville et
La traversée des sentiments, c'est aussi le plus sombre.
Le passage obligé, c'est pour Joséphine, celui qui la mène irrémédiablement vers la mort. Dans sa maison de Saskatchewan, l'aïeule des
Desrosiers, femme bonne et intègre, agonise mais, toujours digne, s'efforce de cacher au mieux ses souffrances à son mari et à ses petits-enfants.
Pour Nana, contrainte de prendre la relève de sa grand-mère mourante, et d'assumer avant l'heure le rôle de petite maman et de maîtresse de maison pour son petit frère, ses jeunes sœurs et son grand-père, c'est le passage prématuré de l'enfance à l'âge adulte. Elle doit pour cela quitter l'école qu'elle aime tant et laisser derrière elle des études qui lui auraient permis d'échapper au destin réservé aux enfants de sa condition.
Pour la première fois de sa vie de jeune adolescente, elle va connaître la douleur de la perte d'un être cher et du deuil. Son seul réconfort : le cahier de contes de Josaphat-le- Violon. le temps de sa lecture, un spunky écossais, trois femmes invisibles, un violon magique et une bonne sœur malfaisante lui font oublier ses peines et ses soucis.
Pendant ce temps, à Montréal, Maria, la mère de Nana, hésite toujours entre assumer son désir d'indépendance et jouer pleinement son rôle de figure maternelle. Pour elle, le passage obligé va consister à prendre enfin la décision qui scellera son destin et de celui de ses enfants.
Autour de ces trois générations de femmes, gravitent d'autres figures féminines : Tititte et Teena, les sœurs de Maria ; Alice, leur belle-sœur anglophone mal mariée à leur frère Edouard ; Ti-Lou leur cousine courtisane à Ottawa, dont les femmes de la famille envient la liberté et
Le train de vie, tout en dénonçant les mœurs légères.
« le prix à payer. Tout ce qu'on ne dit pas… Les hommes… la ribambelle sans fin d'hommes qui soufflent pis qui se sentent puissants parce qu'y sont capables de payer pour faire ça pis qui vous obligent à faire des choses que leurs femmes refusent de faire… Ce qui se passe en arrière des belles robes, des beaux meubles, pis du bon manger… La chose elle-même. À répétition. À l'infini. Ça prend une force qui me manque. Un courage que j'aurais jamais pu avoir. »
Émouvantes, espiègles, impétueuses, fières ou horripilantes, toutes se démènent du mieux qu'elles peuvent pour composer avec leur situation, pas toujours facile, et tendre au plus près de l'existence à laquelle elles aspirent. Tremblay sait tout de leurs espoirs, de leurs craintes, de leurs travers, de leurs fêlures, de leurs souffrances. Il n'a pas son pareil pour se faire la voix (aux accents de joual !) des petites gens pour lesquels son attachement et sa tendresse transpirent à chaque page.
Avec ce récit touchant, passage obligé aussi pour les inconditionnels de l'auteur québécois,
Michel Tremblay démontre cette fois encore quel conteur hors pair il est.
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