Fraîchement quitté, le narrateur examine au scalpel les différents états de sa solitude forcée, avec un humour déraisonnable. Ou comment transformer une catastrophe sentimentale en un désastre jubilatoire.
Un livre que je n'ai pas ramené des Utopiales.
Un livre à lire pour rire, ou à offrir à quelqu'un qui a de l'humour et qui ne vit pas seul.
Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Tronchet est le créateur de l'inénarrable personnage de BD Jean-Claude Tergal, citoyen de Rochin, éternellement vétu d'un anorak, quitté par Isabelle, et qui ne s'en remet pas.
Ce roman est la mise en texte de la BD. Et c'est largement aussi drôle.
Il y a pourtant de belles compensations à la mésestime de soi : tout est bon à prendre. Le simple regard d'une femme sur moi, moi, la bouse humaine, me considérant comme un être à part entière (oh, je ne demande pas plus), m'est un délice. Un sourire ? Alors là, je défaille.
Le regard clair de la caissière du Super U, planté dans le mien, sans malice (mais on ne peut jurer de rien), et me demandant si j'ai la "carte champion" (en ce moment pas trop, non).
Plus généralement, je m'aperçois qu'on ne photographie que les moments heureux. On n'a pas toujours le réflexe de sortir l'appareil dans la chambre d'un ami qui attend une greffe du foie. Je n'ai pas non plus de témoignages photographiques de cette fameuse engueulade sous la pluie, à la recherche du cric dans le coffre de la voiture de location.
On en arrive à ce résultat désolant : celui qui se retrouve seul l'est encore plus au milieu de l'incompréhension généralisée. C'est la double peine. Voilà une donnée scientifique souvent vérifiée : personne ne peut ressentir intimement la souffrance de l'abandonné conjugal. Une victime d'un accident de la route, oui, ça nous touche. Un chômeur fraîchement licencié, c'est pas mal non plus. Un enfant orphelin, n'en parlons pas, ça marche à fond, le compassio-mètre est au maximum. Mais un type qui nous raconte que sa femme l'a quitté, honnêtement, hein, on s'en tape.
Quelqu'un l'a revue. Albéric, un ami à qui je l'avais présentée. Je me souviens qu'elle l'avait trouvé rigolo. Oui, bon, pourquoi pas. Donc, il l'a revue. Et il m'a annoncé l'affaire de cette façon : "Tiens, au fait, jai revu Isabelle." Très rigolo, en effet, ce garçon. Déjà, la formulation, c'est n'importe quoi : "Tiens, au fait...". Quand on annonce une nouvelle énorme, on ne dit pas "tiens, au fait..." ! "Tiens, au fait, ton enfant qui a disparu en 1983, on l'a retrouvé. Il a été élevé par les loups..."
Mon plus gros échec : un numéro de magie avec deux verres et deux tubes. Hop ! Je soulève, le verre d'eau devient verre de vin. Enfin, aurait dû. Pourtant, en répétition, ça fonctionnait bien. Je m'en suis tiré par un jeu de mot très fin dont j'ai le secret : "J'ai changé l'eau en vain." Qui ne l'a pas fait rire puisque c'est surtout drôle à l'écrit.