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> Marc de Gouvenain (Éditeur scientifique)
> Lena Grumbach (Traducteur)

ISBN : 2868699294
Éditeur : Actes Sud (1993)


Note moyenne : 3.98/5 (sur 41 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Piétinée par un troupeau de vaches, Solveig, la soprano, ne pourra prendre sa place à sunne dans L’Oratorio de Noël. Autour de ce drame fondateur va s’orchestrer, dans la Suède de notre siècle, le destin de trois générations de Nordensson — leurs tribulations, leurs rêv... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (4)

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    • Livres 5.00/5
    Par lilicrapota, le 12 octobre 2011

    lilicrapota
    On retrouve dans celui-ci le même foisonnement de personnages que dans les autres ; à ceci près que tous les personnages sont reliés par les liens du sang et que le temps du récit est assez long pour faire se succéder trois générations de Nordensson.
    Tout commence par un drame : Solveig meurt, écrasée par un troupeau de vaches. Son fils, Sidner, portera la culpabilité de l'accident tout au long de sa vie : son geste (il a poussé le vélo de sa mère, juste avant qu'elle n'atterrisse dans les vaches) le poursuivra dans sa vie, ses rêves, empiètera sur ses actes, déterminera même le tracé de sa vie. de la même façon, son père ne se remettra jamais de la mort de sa femme : il ne cessera de la chercher, allant même, lors de sa correspondance avec une australienne, jusqu'à s'imaginer qu'elle a fait croire à sa mort et qu'elle a pris les traits d'une autre. Ce n'est que quand il entreprend son voyage pour aller la rejoindre en Australie qu'il se rendra enfin compte qu'elle est morte. Insoutenable, cette révélation le poussera à se suicider en se jetant dans l'eau. Seule sa fille, Eva-Liisa, semble s'être remise de la mort de sa mère (elle était encore jeune quand c'est arrivé).
    Le roman est surtout centré sur Sidner : son enfance (le drame, le déménagement, la ville, son ami, la vie à l'hôtel où son père travaillait…) puis ses premiers émois amoureux (sexuels devrait-on plutôt dire !) et le voilà catapulté père sans qu'il s'y attende (Fanny, déçue par un homme qu'elle avait idéalisé complètement vu que c'était un homme public et qu'elle ne le connaissait pas, fait l'amour à Sidner : il résultera de cette brève union un fils, sur lequel Sidner malgré son bon vouloir n'a aucun droit mais auprès duquel il finit par trouver sa place). Pour finir, Sidner se rend en Australie pour rendre à l'ancienne amoureuse de son père un bijou (ici symbolique de « si je te rends ce bijou, alors tu pourras aimer à nouveau »). Au-delà de cette trame, on a les tribulations du frère de Solveig avec un enfant qu'il croit être le sien mais qui ne l'est pas, et en cinquième partie le livre « les caresses » censé être écrit par Sidner à l'intention de son fils (partie que j'ai trouvée absolument inintéressante…ben oui !).
    En trame de fond Bach et son oratorio de Noel, le roman semble suivre la structure musicale de l'oratorio et nous explique sa création. Cet oratorio qui aurait dû être chanté à Sunne par Solveig et sa chorale ne le sera pas puisque Solveig est morte ; il revient régulièrement tout au long du roman puis un nouveau projet de le monter voit le jour (on ne le verra pas se concrétiser, le roman s'arrête (ou commence) au moment où ça va se faire : la boucle est bouclée.
    Intéressant : la perception du temps dans le roman. A l'image de cette citation, quand Sidner entre dans une boutique d'un opticien-horloger, et qu'il se retrouve face à plein de pendules qui indiquent toutes une heure différente : « Elles tictaquaient inlassablement, chacune dans son temps, sans se soucier l'une de l'autre. Aucune n'était fausse, aucune n'était juste, il n'y avait ni avant ni après. Toutes n'étaient préoccupées que d'elles- mêmes et de leur propre mécanisme.» le temps est comme arrêté sur certains événements (mort de Solveig) qui se répètent inlassablement dans les esprits et les cœurs, d'autre fois il file aussi vite que le vent ou s'étire, mais toujours par couches successives, en même temps, les temps se superposent comme autant de strates de vies possibles d'un même individu.
    Pas aussi bien que Le livre d'or des gens de sunne, mais quand même…y'a encore un paquet de bonnes choses là-dedans !
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    • Livres 3.00/5
    Par Corboland78, le 25 mars 2012

    Corboland78
    Fils de pasteur, Göran Tunström est né en 1937 en Suède dans le Värmland, dont sont originaires ses personnages. Il est mort à Stockholm en l'an 2000. Ce roman L'Oratorio de Noël est paru en 1983.
    Débuts du XXe siècle, Solveig et Aron ont deux enfants, Sidner le fils et Eve-Liisa la fille. Aron est radioamateur et Solveig chante à l'église, jusqu'au drame quand elle se fait piétiner à mort par un troupeau de vaches. La saga va alors commencer et Göran Tunström tisse une fresque magistrale qui s'étend sur trois générations, d'Aron le père à Victor le fils de Sidner, de la Suède à la Nouvelle–Zélande, les deux extrémités du monde.
    Formidablement bien construit ce roman nous entraîne au cœur de l'humain, la vie et la mort, la folie et l'amour. Les personnages se croisent, se quittent, reviennent au fil des chapitres et le lecteur doit s'appliquer pour suivre les évènements et les faits qui se succèdent, parfois éloignés semble-t-il de notre sujet mais tout se tient en réalité et l'auteur dirige son théâtre de marionnettes avec maestria.
    Impossible de tout résumer, mais l'idylle qui va se nouer entre Aron devenu veuf et Tessa une jeune femme vivant en Nouvelle-Zélande rencontrée par le biais de son poste émetteur est un des points forts du livre. Tunström décrit à merveille la solitude affective de Tessa, prisonnière des rigidités de son époque et d'un frère trop possessif, qui pensera s'évader grâce à la correspondance secrète échangée avec Aron, lequel se risquera à partir vers ce pays lointain pour y refaire sa vie, mais… dans une saga rien n'est jamais simple, ni acquis. Je ne peux en dire plus sans vous gâcher le plaisir de la lecture, mais sachez que Sidner lui aussi partira beaucoup plus tard en terres australes, pour un pèlerinage de mémoire.
    Il faudrait aussi que j'évoque Splendid fils de cul-de-jatte, le copain déluré de Sidner quand il était gamin ou bien Selma la poétesse et surtout Fanny qui deviendra la mère de leur fils Victor. Il y a encore la folie de certains des acteurs, les attentes et les espoirs déçus, Torin l'oncle rouquin de Sidner qui rame dans ce monde qui lui est étranger. Vous le voyez, ça foisonne, ça grouille, ça part dans tous les sens de prime abord, mais tout est sous contrôle de l'auteur.
    Quand la partition de cet Oratorio de Noël s'achève, une œuvre de J.S Bach, vous êtes groggy, sonné par ce texte riche et plein de vie mais attention « la vie, on l'a compris, est épouvantable, mais ce n'est pas une raison pour mourir. »
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    • Livres 4.00/5
    Par mireille.lefustec, le 25 octobre 2011

    mireille.lefustec
    Très beau

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    • Livres 4.00/5
    Par EmmanuelleT, le 23 janvier 2012

    EmmanuelleT
    C'est un récit, avec de rares beautés de plume, mais le récit est fascinant. Comment le projet de Solveig, de chanter L'oratorio de Bach, elle qui meurt d'un accident horrible, se transmet même au travers de la peine, de la folie, à travers plusieurs générations… Comment agit la transmission, de l'amour, du désir, de la compétence, ainsi renforcés? Quel beau contact avec la littérature suédoise…

    Lien : http://souslepommierleblogdelecritoire.wordpress.com/2011/08/25/lora..
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Citations et extraits

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  • Par Alice_, le 18 janvier 2014

    Quand il habitait encore dans la forêt, on l'envoyait souvent faire des courses. Il s'en allait, content, avec sa liste de commissions. Un peu plus loin, il découvrait quelques fourmis qui croisaient son chemin. Elles étaient d'une taille inhabituelle, leur abdomen d'un brun très noir au soleil. Sidner se baissait et arrivait exactement en dessous du temps. Lorsqu'on le retrouvait, à quatre pattes, le visage à ras de terre, lorsqu'on lui tapotait le dos après lui avoir longtemps parlé sans obtenir de réponse, il se levait sans surprise et disait : "Oui, je voulais seulement... bon, j'y vais maintenant." C'était son privilège d'enfant, car les enfants ne s'en sortiraient pas sans le don de pouvoir disparaître hors de la prison étroite de leur corps; grandir, c'est s'éloigner de ce don.
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  • Par Alice_, le 12 février 2014

    - Vous avez beaucoup d'enfants?
    - Trois.
    - J'en ai un, dit Sidner. Huit ans.
    - ça aussi, c'est un âge sensible, dit Stephen Eliot. Ils ont une telle curiosité, ils croient en la vie, ils croient en nous, les adultes.
    (...)
    - Comme il est court, cet âge de foi. Beaucoup n'en ont même pas le temps d'y séjourner pendant les premiers mois de leur vie. C'est pourtant la période la plus importante, celle où l'on établit des fondations de la maison qui sera leur vie. Les enfants sont comme des œufs qui vacillent au bord d'une marche d'escalier. Pourquoi sommes-nous si négligents avec les enfants? Pourquoi leur donnons-nous si rarement le temps de croire? Pendant que ça leur est possible. Avant qu'une circulation trop intense vienne troubler le regard.
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  • Par julifly, le 13 octobre 2011

    Ouvrir un gros livre et s'enfoncer dedans! La jungle sur une page, un fleuve impétueux de l'autre côté. Personne ne peut vous atteindre sur l'étroite corniche entre le Point et la Lettre Majuscule. Comme un cloporte il peut se glisser entre le papier et le mot, rester immobile, parfois jeter un coup d'oeil un peu plus loin. Il peut chatouiller le dos des mots et lui seul les entendre rire. Il peut errer dans la forêt des mots où les jeux de lumière sont si beaux et, à chaque tournant du texte, découvrir du nouveau: des mots comme des arcades, comme des feuillages d'arbres, comme des corps ou des flammes. D'étranges animaux circulent, poussant des cris qui lui sont inconnus. Il y a là des villes secrètes, des villages, de curieuses embarcations et des gens qui discutent en un tas de langages.
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  • Par julifly, le 13 octobre 2011

    Dieu n'existe pas. Je crois en lui.
    S'il devait exister, il serait prisonnier du langage et donc notre esclave.
    Si nous devions exister, nous serions prisonniers de notre langage. C'est bien ce que nous sommes.
    Dès que je tourne mes yeux de nain vers Dieu et essaie de le fixer, il disparaît pour se préciser partout où il n'est pas. Son absence est la condition de son existence. On peut continuer comme ça, et c'est ce que je fais.
    Et je déteste ceux qui ne croient pas en Dieu. Il y a en moi suffisamment de vide pour que des roses puissent y faner. Suffisamment de cris pour que les nuits éclatent. Suffisamment de désir pour se laisser tuer par la guerre.
    Mais sans Dieu tant de mots doivent mourir: ceux qui ne trouvent plus de prise
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  • Par Alice_, le 23 janvier 2014

    Pour qui supporte le poids de la curiosité, écrira-t-il plus tard, le monde est un champs d'expériences qui s'accroît sans cesse. Mais qui peut le supporter, et qui ne le supporte pas? Quels sont les mécanismes qui en empêchent certains et offrent à d'autres ce don? Je n'en sais rien, car durant une longue période je ne savais pas moi-même si je voyais réellement, si je devenais complice ou si je ne faisais que traverser le monde comme un zombi sourd, muet et refermé sur lui-même.
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