Avant d'avoir lu la nouvelle traduction de Hoepffner du chef d'oeuvre de
Mark Twain, certains considéraient le bouquin comme un livre pour enfant un peu bébête.
Demandez au contraire à tout américian cultivé, et on vous répondra que le livre est un classique, à ranger parmi les meilleurs livres qui soient au monde, en tout cas comme ZZZe livre fondateur de la littérature américaine, qui coupe le cordon ombilical avec celle qui vient d'Angleterre.
Pourquoi ? Entre autre à cause de la langue populaire employée, et qui devient, sous la plume de Twain, pour la première fois aux USA (et peut-être aussi dans le monde anglo-saxon), promue au rang d'idiome littéraire. L'enfant parle comme les gosses du Missouri de l'époque et l'esclave en fuite utilise le dialecte (la langue faudrait-il dire ici) des noirs, ceci bien avant que Céline ait fait exploser les codes chez nous, et même avant l'Ulysse de Joyce.
Flaubert,
Maupassant et les écrivians naturalistes avaient bien risqué quelques audaces de ce genre, mais bien plus timides que celles des anglo-saxons. Enfin je crois, à moins que l'on ne me démontre le contraire......
L'article que je joins ci-dessous en lien explique bien les difficultés qu'il y a à traduire Huck Finn. Dans des traductions précédentes, Hoepffner dit que les enfants utilisaient quelques expressions populaires au début puis s'exprimaient en employant l'imparfait du subjonctif dans le reste du livre et parlaient comme dans la comtesse de Ségur. Je ne puis juger des traductions anciennes, ayant lu le livre directement en anglais, l'ayant étudié et ayant eu à disserter sur lui lors de l'épreuve du CAPES, ce qui m'a valu une bonne note à la dissertation. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles j'adore ce bouquin, mais pas la seule. La raison principale, c'est précisément la langue populaire employée, qui s'affranchit des codes et transcrit même les prononciations locales du Missouri, ce qui paraît encore sacrilège à certains chez nous.
Ceci dit, cet emploi de la langue populaire dans la grande littérature existait déjà en anglais bien avant Twain. C'est le cas de Fielding entre autres, par exemple, et surtout de
Shakespeare...
Hoepffner dit dans l'article que je joins en lien, que selon lui, aujourd'hui, on ne peut rendre la langue des noirs de l'époque qu'en utilisant le sabir des Djeunes des cités en 2008. Je ne suis pas certain que l'anachronisme soit la meilleure façon de rendre la gouaille des parlers populaires d'antan. Par exemple, dans une traduction récente de l'Ulysse de Joyce, à laquelle Hoepffner a participé, on traduit "fellow" par "keum". Il me semble que cela ne correspond pas du tout à la transgression voulue par Joyce. Au début du 20ème siècle, en Français, "type" aurait sans doute été l'équivalent de "fellow". Même si cela ne choque plus aujourd'hui, cela devait incommoder fortement le bourgeois de l'époque. C'est prendre le lecteur pour un imbécile que de considérer qu'il ne peut lui-même estimer la modernité (ou l'audace ?) que pouvait présenter l'emploi d'un terme comme "type" ou "fellow" pour un locuteur contemporain des héros du roman de Joyce.
Quoi qu'il en soit, l'interview du traducteur, Hoepffner, est très intéressant et s'il peut vous donner envie de lire ou de relire le bouquin avec des yeux d'adultes et dans la version intégrale, c'est toujours ça de gagné.... Bonne lecture, peut-être...
Et si vous avez des enfants ou petits enfants en âge de lire, je ne puis que le recommander (mais en version intégrale bien sûr, pas en version expurgée d'argot...)
http://bibliobs.nouvelobs.com/2008/09/18/cest-mark-twain-quil-ressuscite
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