> Michel Lederer (Traducteur)

ISBN : 2264036168
Éditeur : 10/18 (2003)


Note moyenne : 4.05/5 (sur 105 notes) Ajouter à mes livres
À chaque époque son destin, à chacun sa route, à chacun son chemin. Or, le destin d'Edgar Mint, aussi singulier soit-il, colle parfaitement aux années 2000. Imaginez un gamin de sept ans, élevé par une mère apache alcoolique et une grand-mère qui n'ouvre la bouche que p... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Folfaerie, le 18 novembre 2010

    Folfaerie
    Que ça fait du bien de découvrir un grand roman américain ! Après quelques déceptions fort récentes, j'ai retrouvé un plaisir fou avec cette lecture qui constitue un coup de coeur.
    Edgar Mint est un gamin hors du commun. Enfant métis non désiré (sa mère Indienne s'est consolée avec l'alcool, le père, un blanc, a pris la fuite), Edgar vit une vie bien médiocre sur la réserve de San Carlos jusqu'au jour où, à l'âge de 7 ans, il est victime d'un accident : le postier roule sur sa tête ! Voilà une entrée en matière peu banale !
    Sauvé in extrémis par Barry, un curieux médecin, Edgar est placé à hôpital Sainte-Divine où il va se construire une petite famille au cours de la période où il est soigné. Ses compagnons de chambre sont aussi bien malades de la tête que du corps, à l'image du vieux bougon d'Art, qui ne se remet pas de la mort de sa femme et de ses enfants. Celui-là a l'idée de génie d'offrir à Edgar une machine à écrire mécanique, car l'enfant sorti du coma a tout à réapprendre.
    Malgré les dysfonctionnements habituels de ce genre d'établissement, Edgar est plutôt content de son sort car il est devenu plus ou moins la mascotte de l'hôpital. Mais le destin en décide autrement, et voilà notre miraculé, considéré comme guéri, obligé d'intégrer l'école Willie Sherman, réservée aux enfants indiens et essentiellement peuplé de gamins à problèmes et de laissés pour compte. Une partie de sa vie très dure. Presque sans transition, Edgar est plongé dans un monde de violence où règne la loi du plus fort. le pire cauchemar d'Edgar se matérialise sous les traits d'une petite brute, Nelson, qui fera de ce dernier son souffre-douleur. Brady Udall dépeint d'une manière très réaliste le quotidien de profs et des élèves de ce type d'établissements. Malgré la présence d'un ami, Cecil, Edgar vit l'enfer sur terre. Là encore, l'enfant se tire miraculeusement de tout : des brimades, des accidents, de l'anéantissement total. Sa capacité de résistance, son aptitude à survivre à toutes les catastrophes sont impressionnantes.
    De loin en loin, Barry et Art continuent d'avoir un rôle dans la vie d'Edgar. Peu à peu néanmoins, Barry devient un poids, une entrave, comme nous le découvrirons dans la dernière partie du roman. Au moment où Edgar se désespère d'échapper à cette vie misérable, une rencontre va une nouvelle fois changer la donne. Repéré par des Mormons, Edgar est intégré dans un programme destiné à trouver des familles d'accueils à des enfants en perdition. A Richland, chez les Madsen, l'existence lui parait idéale, tout comme cette famille, un couple qui a deux enfants, un garçon, le petit génie de la famille, et la fille aînée, sans compter la multitude d'animaux recueillis. Edgar va cependat bien vite comprendre que ce portrait de la famille américaine idéale cache de nombreuses fêlures et un drame difficile à oublier.
    Les années ont passé, Edgar adolescent découvre, à retardement, les effets de la puberté, continue de chercher sa place, de fuir ses fantômes si familiers. Il fera des choix, prendra des décisions, qui, finalement, le ramèneront à bon port, au début d'une nouvelle existence, la sienne enfin, plus heureuse. Il sera l'élément déclencheur de drames, de réconciliations, provoquera un emboitement de faits qui auront des répercussions sur d'autres vies.
    Malgré le ton très dur, les descriptions sordides, le lien de parenté entre Udall et John Irving est évident : même tendresse, même truculence et même humour. Edgar mène sa vie comme on mène une barque ballotée par les flots, avec hésitation mais l'envie de s'en sortir. Parfois il s'échoue lamentablement pour rester coincé, parfois il aborde sur des rives accueillantes, et tout comme chez John Irving, le destin d'Edgar va croiser celui des autres personnes qui traversent sa vie, amenant le lecteur à faire connaissance, de manière plus ou moins brève, avec des hommes et des femmes loin d'être aussi banals et ordinaires qu'on pourrait le croire.
    Là encore, comme d'autres écrivains américains, Udall a choisi de peindre le portrait d'une Amérique misérable. Des paumés, des blessés, des laissés pour compte... Tous n'ont pas la force et la volonté d'Edgar, pour la plupart la fin est tragique. Et pourtant, rien de larmoyant dans ce roman, qui prend aux tripes et donne à réfléchir.
    Une excellente découverte, que je recommande chaudement.
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    • Livres 5.00/5
    Par Zora-la-Rousse, le 01 novembre 2011

    Zora-la-Rousse
    Quelle étrange histoire que celle d'Edgar Mint ? Voici un roman tour à tour doux, violent et poétique. Un roman à la Dickens, d'une écriture limpide et sans concession.
    « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », voilà qui ferait sourire Edgar. Enfant métis d'un père « anglo », cow-boy de pacotille, évaporé dès l'annonce de la grossesse, et d'une mère indienne sombrée dans l'alcoolisme avant même sa naissance, il se trouve déclaré mort après être passé sous les roues d'une voiture de facteur et ressuscité grâce à l'intervention d'un jeune médecin, dont il bouleversera bien malgré lui la vie. Son existence le ballotera d'un hôpital à un pensionnat, à une famille d'adoption, mais l'amènera surtout à se construire, malgré tout, en « résilient ». J'ai d'ailleurs adoré cet aspect « neuropsychologique » de l'histoire, cette forme d'apraxie, liée à son traumatisme( ?), qui l'empêche d'écrire manuellement et qui l'attache à vie à sa machine à écrire (son Hermès jubilé 2000) pour survivre par la force d'une écriture quasi frénétique et hypnotique ; cette hypermnésie qui l'empêche d'oublier et l'oblige à tout répertorier ; cette particularité à parler de lui à la 3ème personne en alternance avec le « je » narratif, démontrant s'il en était besoin sa vision fragmentée de lui-même … Comment grandir dans cette Amérique glauque et inhumaine où le malheur n'épargne ni Edgar ni ses proches ? Personne n'en sort indemne, certains grandis. Dont moi.
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    • Livres 4.00/5
    Par BMR, le 27 décembre 2007

    BMR
    D'habitude on n'est pas trop fan des histoires de gosses, mais cet auteur n'écrit pas comme s'il avait 13 ans et il a depuis bien longtemps oublié la naïveté de l'époque où il n'avait pas encore de poils au menton : c'est de la vraie littérature, pour adultes, c'est dur et c'est fort.
    Brady Udall, on connait déjà : on l'avait découvert récemment avec quelques nouvelles qui valaient le détour et étaient même montées sur le podium du Best-of 2007.
    Revoici donc cet auteur avec un gros roman et toujours un art très abouti de camper toute une histoire en quelques lignes.
    Un roman ample, foisonnant, débordant d'imagination, de drôlerie, de tendresse mais aussi de dureté, qui raconte l'histoire d'Edgar, un gosse à moitié abandonné qui fera le dur apprentissage des choses de la vie.
    Un gosse «cabossé» (à sept ans, le facteur lui roule sur la tête) comme tous les personnages perdus dans cet ouest américain et qui vont l'accompagner pendant un bout de chemin, jusqu'à ce qu'Edgar retrouve la paix de sa tête cabossée.
    Edgar, c'est aussi un demi-Apache et l'on retrouve donc dans cette histoire quelques échos aux histoires d'indiens de Tony Hillerman dont on parlait il y a peu.
    Enfin, Brady Udall est mormon et si cela ne transparassait guère dans ses nouvelles, quelques chapitres pleins de tendre ironie font ici la part belle à une famille de l'Utah qui reccueille le petit Edgar.
    Mais au fil des pages, le roman est peut-être un peu répétitif et, s'il s'agit d'une première découverte de Brady Udall, on préférera les petites nouvelles plus percutantes de Lâchons les chiens.
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    • Livres 5.00/5
    Par bertrandbdx, le 17 juillet 2011

    bertrandbdx
    Surprenant dans tous les sens du terme, tel est le mot qui résume le mieux ce livre à mes yeux.
    Avec une quatrième de couverture très évasive, vous rentrez dans ce livre sans idée précise de ce qui vous attend. Et c'est peut être ce qui donne une certaine saveur à ce roman: ne pas savoir où l'auteur nous emmène.
    Alors pour ne pas rompre le mystère, disons juste que ce livre retrace la vie d'Edgar, un enfant issue d'une réserve indienne.
    Mais à la manière de Voltaire dans Candide, cet enfant par le biais de son innocence nous fait découvrir concrètement ce qui se cache derrière des mots comme alcoolisme, violence, désoeuvrement ou encore solitude.
    Il en ressort des moments très durs, des épisodes tristes, et des instants de bonheur. Dés lors la philosophie d'Edgar face à la vie paraît simple et limpide pour nous amener sur une fin surprenante.
    En conclusion un roman qui vaut le détour.
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    • Livres 4.00/5
    Par belledeschamps, le 01 mars 2008

    belledeschamps
    Biographie d'Edgar Mint, petit métis indien. A 7 ans, le facteur lui roule sur la tête avec sa camionnette et tout le monde le considère mort. C'est sans compter sur l'intervention du docteur Barry qui le ressuscite. Après une longue convalescence à l'hôpital Sainte Divine, il est scolarisé au lycée Willie Shermann, réservé aux enfants indiens. Là l'univers est dur, Edgar est le souffre douleur de tous. Puis l'adoption dans la famille Mardsen où les parents se déchirent à la suite du décès accidentel de leur dernier fils. Enfin Edgar réalise son unique quête : retrouver le facteur à l'origine de son premier accident. Ou du moins, la femme du facteur. ll découvre alors que ce couple stérile était sur le point d'acheter Edgar à sa mère alcoolique au moment de l'accident, afin de l'adopter. Il connaît alors 17 ans de bonheur avec cette femme qui aurait dû être sa mère : "17 ans à être bon et gentil l'un envers l'autre". Même si le ton est celui de la comédie, les passages au lycée sont durs par l'acharnement de la violence et la cruauté des enfants entre eux.
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Citations et extraits

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  • Par Penelope, le 07 mai 2010

    Le premier touriste auquel j'aie jamais eu affaire était un énorme hippie qui trimbalait toutes ses possessions dans un Caddie. Ne portant qu'un short raide de crasse et des sandales de cuir, il se baladait partout, manœuvrant son chariot parmi les graviers et les hautes herbes comme si, telle la plus heureuse de ménagères, il faisait ses courses dans un supermarché.
    Quand il vit que je le regardais, il s'avança vers moi, m'examina au travers de la haie épineuse de ses cheveux, puis écarta les bras pour englober les quartiers des officiers, les anciens baraquements, les écuries en haute de la colline et les montagnes au loin.
    "Génial, dit-il lentement, détachant chaque syllabe. C'est absolument génial."
    Il demeura ainsi vacillant un peu, puis il se tourna vers moi. " Tu peux me dire quelque chose, tu sais, dans ta langue maternelle?
    - Cunnilingus", dis-je.
    Il me considéra un instant, sourcils froncés, puis il fit: "Génial."
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  • Par clarinette, le 05 juillet 2008

    Si je devais ramener ma vie à un seul fait, voici ce que je dirais : j’avais sept ans quand le facteur m’a roulé sur la tête. Aucun événement n’aura été plus formateur. Mon existence chaotique, tortueuse, mon cerveau malade et ma foi en Dieu, mes empoignades avec les joies et le peines, tout cela découle de cet instant où, un matin d’été, la roue arrière gauche de la Jeep de la poste a écrasé ma tête d’enfant contre le gravier brûlant de la réserve apache de San Carlos.
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  • Par BMR, le 27 décembre 2007

    [...] Dans le jardin de devant se dressait, squelette calciné, un vieux peuplier frappé par la foudre qui n'offait pratiquement pas d'ombre jusqu'à ce que ma mère ait pris l'habitude d'accrocher des boîtes de bière aux branches noircies à l'aide de fil de pêche. Les centaines de canettes, auxquelles une bonne douzaine venait chaque jour s'ajouter, tintaient doucement quand la brise se levait, mais elles ne contribuaient guère à donner de la fraîcheur à la maison.
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  • Par BoulieBouffeTout, le 06 septembre 2010

    "J'apprendrais ainsi qu'il existe une différence entre les enfants blancs et les enfants indiens. Chez les Blancs, il y a tout le temps des cafteurs. Et chez les Indiens ? Eh bien, un Indien ne cafterait même pas pour sauver sa propre mère. Au fil des années, en effet, les Indiens ont appris à connaître le prix du silence."
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  • Par BoulieBouffeTout, le 06 septembre 2010

    "Je m'abstins de le dire, mais j'avais l'impression qu'avoir une femme ou une mère de rechange au cas où il arriverait quelque chose à la première, ce n'était pas une si mauvaise idée en soi.'"
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