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> Michel Lederer (Traducteur)

ISBN : 2264036168
Éditeur : 10-18 (2003)


Note moyenne : 4.06/5 (sur 236 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
À chaque époque son destin, à chacun sa route, à chacun son chemin. Or, le destin d'Edgar Mint, aussi singulier soit-il, colle parfaitement aux années 2000. Imaginez un gamin de sept ans, élevé par une mère apache alcoolique et une grand-mère qui n'ouvre la bouche que p... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Cera1volta, le 02 novembre 2012

    Cera1volta
    Y a pas marqué La Poste!
    "Tu as quelque chose de spécial en toi, Edgar, un destin à accomplir."
    Le Destin miraculeux d'Edgar Mint nous raconte un pan de vie, celui du jeune Edgar Mint, petit garçon métissé (de mère indienne alcoolique et d'un aspirant cow-boy blanc qui n'assumera pas sa paternité) ayant survécu à l'écrasement de son crâne par la jeep du facteur à l'âge de 7 ans. de la réserve apache de San Carlos où il vivait avec Grand mère Paule après que sa mère l'ait abandonné, en passant par l'hôpital Ste Divine de Globe où il rencontrera quelques personnages hauts en couleur qui le suivront dans son évolution de manière plus ou moins pressante et bienveillante, jusqu'au pensionnat Willie Sherman, véritable enfer pour petits indiens rebelles et/ou orphelins où, entre souffre-douleur et amitié à la vie-à la mort, le petit Edgar perdra son innocence et sa naïveté ; l'Edgar adolescent trouvera la foi et sera ensuite placé chez une famille mormone, les Madsen de Richland. Mais, comme si chaque hâvre de paix trouvé lui était interdit, Edgar devra s'arracher à cette famille aimante et poursuivre son chemin avec pour ultime but retrouver le facteur qui lui avait roulé dessus et le libérer de sa culpabilité. Sa quête s'achèvera devant une porte à Stony Run, porte qui une fois entrouverte lui révèlera ce passé oublié d'avant ses 7 ans, avant que sa tête soit écrabouillée. La boucle sera ainsi bouclée.
    Udall comme Irving avec Une prière pour Owen a su complètement me saisir par cette histoire. Deux auteurs américains différents, deux destins d'enfant différents et, si Irving a poussé plus loin dans l'histoire d'Owen pour nous raconter aussi sa vie d'homme, Udall s'est lui arrêté aux marches de celle d'Edgar nous laissant tout juste entrevoir ce qu'elle serait. J'ai ressenti à la lecture de ce roman ce que j'avais ressenti à l'époque de ma lecture du roman d'Irving, une profonde immersion dans l'histoire, une profonde empathie pour cet enfant. Un flot d'émotions qui me balayaient au fil des pages. Tantôt navigant en eaux tumultueuses, parfois en eaux paisibles, souvent en eaux troubles. Scrutant pages après pages cet horizon inquiétant qui se profilait pour Edgar, craignant de le voir englouti jusqu'à ce qu'enfin le livre se referme. Jamais je n'ai cédé à l'ennui. Ce roman, je le sais, va profondément me marquer comme cela avait été le cas pour celui d'Irving. Je me sens encore toute remplie de ces émotions qui m'ont traversée de part en part : sourire, rire, larmes, appréhension, révolte. A la fois tendre et dur, drôle et triste, doux mais horrible Le Destin miraculeux d'Edgar Mint est un roman à vivre qui prend aux tripes!
    Certains pourraientt être gênés par le procédé de narration employé, alternance entre la voix d'Edgar "je" et la voix à la troisième personne "Edgar..." Peut-être un fait-exprès, fragmentation de l'esprit d'Edgar qui se regarde agir et tape noir sur blanc sa vie à la machine à écrire en nous la donnant parfois à lire. Udall montre au travers de ce destin d'enfant métis qui vient croiser d'autres destins aussi tragiques que le sien, toute la misère humaine d'une Amérique profonde avec ses minorités indiennes, ses êtres en perdition, blessés de la vie, mais qui toujours gardent en eux une forme de foi. Ce roman ne serait rien sans certains personnages. Je songe au Dr Pinkley, à Art, à Jeffrey, au directeur Whipple, à Nelson et Dents pourries, à Cecil, à la famille Madsen, à Rosa...
    Extrait d'un passage qui m'a bouleversée parce qu'il sonne tellement juste, parce qu'il a aussi trouvé une résonnance en moi :
    "J'empoignai ma chemise et essayai en vain de la déchirer. Depuis l'instant où nous avions quitté le centre de détention, je ne cessai de prier, suppliant Dieu d'effacer tout ce que la femme avait dit à Clay. Dans la cabine du pick-up, puis en longeant les couloirs interminables de l'hôpital, j'avais conclu des marchés, promettant à Dieu de ne plus jamais pêcher s'il faisait en sorte que ce soit une erreur, un mensonge, un malentendu. J'aurais voulu avoir ma machine à écrire pour mettre mes promesses noir sur blanc afin qu'elles prennent un caractère définitif. Les mots que je murmurais dans le secret de mes paumes disparaissaient sitôt franchi le seuil de mes lèvres, mais je continuais quand même à les dire avec toute la foi que je puisais en moi : Je T'en supplie, je ferais n'importe quoi, je donnerais n'importe quoi pour que ce ne soit pas vrai, je T'en supplie. Mais il était bien là, la mort inscrite sur tout son corps en lignes d'ombre et de lumière. [...] Je voulais pleurer, rire ou crier, protester, mais les os et les muscles tétanisés, je me tenais là, tremblant de rage, tandis que bruissait le sac de Dum Dum serré dans mon poing.
    En un instant, les minuscules flammes de croyance et d'espoir que j'avais allumées dans cette pièce s'éteignirent, ne laissant dans ma poitrine qu'un désir calciné, froid comme des cendres. Je voulais tuer le Dieu qui avait fait cela à [...], qui m'avait fait cela à moi. Il pouvait peut-être me pardonner d'avoir voler, me pardonner tous mes autres pêchés, mais moi, je ne LUI pardonnerais jamais cela."
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    • Livres 5.00/5
    Par Kaya, le 13 avril 2014

    Kaya
    Quel roman surprenant ! Je viens de refermer à l'instant "le destin miraculeux d'Edgar Mint" et oui, vraiment, je suis surprise. En ces temps oisifs de vacances de Pâques, je n'ai pas le courage de former des phrases et des paragraphes cohérents, logiques. J'aborderai alors l'intérêt du roman en trois points, trois éléments constitutifs du livre de Brady Udall, parfaitement subjectifs et aléatoires.
    1) la narration. Dès les premières pages, j'ai été intriguée par l'étrange choix narratif de l'auteur qui écrit tantôt à la première et tantôt à la troisième personne. Il alterne les deux au sein d'un même paragraphe, voire d'une même phrase. Cela donne un grain d'écriture assez particulier, qui m'a semblé fort chaleureux, comme si un Edgar plus âge regardait de haut le petit Edgar.
    2) la religion. J'ai été étonnée de la place qu'elle prenait dans le roman. Ça m'a dérangée au départ, surtout lorsque le petit emménage dans une famille de Mormons qui semblent absolument parfaits, alors qu'à mon sens, personne n'est parfait. Et puis on aperçoit les failles, les fêlures chez ces derniers autant que chez les autres catégories de personnages... J'ai fini par apprécier cette thématique de la spiritualité. Quoique moi-même non-croyante, cela m'a amené à d'intéressantes réflexions.
    3) Amérique. J'aime bien les romans qui me font voyager au travers des différents états d'Amérique, mais seulement quand c'est bien fait. Ressentir la chaleur étouffante du désert, ou la fraîcheur de territoires plus verdoyants, passer d'une ville à l'autre, chacune ayant une ambiance particulière. Ici le voyage est garanti.
    Bref, lisez ce roman qui vous fera rire, rêver, pleurer peut-être, mais ne vous décevra pas, j'en suis sûre.
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    • Livres 4.00/5
    Par Folfaerie, le 18 novembre 2010

    Folfaerie
    Que ça fait du bien de découvrir un grand roman américain ! Après quelques déceptions fort récentes, j'ai retrouvé un plaisir fou avec cette lecture qui constitue un coup de coeur.
    Edgar Mint est un gamin hors du commun. Enfant métis non désiré (sa mère Indienne s'est consolée avec l'alcool, le père, un blanc, a pris la fuite), Edgar vit une vie bien médiocre sur la réserve de San Carlos jusqu'au jour où, à l'âge de 7 ans, il est victime d'un accident : le postier roule sur sa tête ! Voilà une entrée en matière peu banale !
    Sauvé in extrémis par Barry, un curieux médecin, Edgar est placé à hôpital Sainte-Divine où il va se construire une petite famille au cours de la période où il est soigné. Ses compagnons de chambre sont aussi bien malades de la tête que du corps, à l'image du vieux bougon d'Art, qui ne se remet pas de la mort de sa femme et de ses enfants. Celui-là a l'idée de génie d'offrir à Edgar une machine à écrire mécanique, car l'enfant sorti du coma a tout à réapprendre.
    Malgré les dysfonctionnements habituels de ce genre d'établissement, Edgar est plutôt content de son sort car il est devenu plus ou moins la mascotte de l'hôpital. Mais le destin en décide autrement, et voilà notre miraculé, considéré comme guéri, obligé d'intégrer l'école Willie Sherman, réservée aux enfants indiens et essentiellement peuplé de gamins à problèmes et de laissés pour compte. Une partie de sa vie très dure. Presque sans transition, Edgar est plongé dans un monde de violence où règne la loi du plus fort. le pire cauchemar d'Edgar se matérialise sous les traits d'une petite brute, Nelson, qui fera de ce dernier son souffre-douleur. Brady Udall dépeint d'une manière très réaliste le quotidien de profs et des élèves de ce type d'établissements. Malgré la présence d'un ami, Cecil, Edgar vit l'enfer sur terre. Là encore, l'enfant se tire miraculeusement de tout : des brimades, des accidents, de l'anéantissement total. Sa capacité de résistance, son aptitude à survivre à toutes les catastrophes sont impressionnantes.
    De loin en loin, Barry et Art continuent d'avoir un rôle dans la vie d'Edgar. Peu à peu néanmoins, Barry devient un poids, une entrave, comme nous le découvrirons dans la dernière partie du roman. Au moment où Edgar se désespère d'échapper à cette vie misérable, une rencontre va une nouvelle fois changer la donne. Repéré par des Mormons, Edgar est intégré dans un programme destiné à trouver des familles d'accueils à des enfants en perdition. A Richland, chez les Madsen, l'existence lui parait idéale, tout comme cette famille, un couple qui a deux enfants, un garçon, le petit génie de la famille, et la fille aînée, sans compter la multitude d'animaux recueillis. Edgar va cependat bien vite comprendre que ce portrait de la famille américaine idéale cache de nombreuses fêlures et un drame difficile à oublier.
    Les années ont passé, Edgar adolescent découvre, à retardement, les effets de la puberté, continue de chercher sa place, de fuir ses fantômes si familiers. Il fera des choix, prendra des décisions, qui, finalement, le ramèneront à bon port, au début d'une nouvelle existence, la sienne enfin, plus heureuse. Il sera l'élément déclencheur de drames, de réconciliations, provoquera un emboitement de faits qui auront des répercussions sur d'autres vies.
    Malgré le ton très dur, les descriptions sordides, le lien de parenté entre Udall et John Irving est évident : même tendresse, même truculence et même humour. Edgar mène sa vie comme on mène une barque ballotée par les flots, avec hésitation mais l'envie de s'en sortir. Parfois il s'échoue lamentablement pour rester coincé, parfois il aborde sur des rives accueillantes, et tout comme chez John Irving, le destin d'Edgar va croiser celui des autres personnes qui traversent sa vie, amenant le lecteur à faire connaissance, de manière plus ou moins brève, avec des hommes et des femmes loin d'être aussi banals et ordinaires qu'on pourrait le croire.
    Là encore, comme d'autres écrivains américains, Udall a choisi de peindre le portrait d'une Amérique misérable. Des paumés, des blessés, des laissés pour compte... Tous n'ont pas la force et la volonté d'Edgar, pour la plupart la fin est tragique. Et pourtant, rien de larmoyant dans ce roman, qui prend aux tripes et donne à réfléchir.
    Une excellente découverte, que je recommande chaudement.
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    • Livres 5.00/5
    Par Zora-la-Rousse, le 01 novembre 2011

    Zora-la-Rousse
    Quelle étrange histoire que celle d'Edgar Mint ? Voici un roman tour à tour doux, violent et poétique. Un roman à la Dickens, d'une écriture limpide et sans concession.
    « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », voilà qui ferait sourire Edgar. Enfant métis d'un père « anglo », cow-boy de pacotille, évaporé dès l'annonce de la grossesse, et d'une mère indienne sombrée dans l'alcoolisme avant même sa naissance, il se trouve déclaré mort après être passé sous les roues d'une voiture de facteur et ressuscité grâce à l'intervention d'un jeune médecin, dont il bouleversera bien malgré lui la vie. Son existence le ballotera d'un hôpital à un pensionnat, à une famille d'adoption, mais l'amènera surtout à se construire, malgré tout, en « résilient ». J'ai d'ailleurs adoré cet aspect « neuropsychologique » de l'histoire, cette forme d'apraxie, liée à son traumatisme, qui l'empêche d'écrire manuellement et l'attache à vie à sa machine à écrire (son Hermès jubilé 2000) pour survivre par la force d'une écriture quasi frénétique et hypnotique ; cette hypermnésie qui l'empêche d'oublier et l'oblige à tout répertorier ; cette particularité à parler de lui à la 3ème personne en alternance avec le « je » narratif, démontrant s'il en était besoin sa vision fragmentée de lui-même … Comment grandir dans cette Amérique glauque et inhumaine où le malheur n'épargne ni Edgar ni ses proches ? Personne n'en sort indemne, certains grandis. Dont moi.
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    • Livres 5.00/5
    Par liratouva2, le 08 décembre 2013

    liratouva2
    Ce livre est formidable. Je ne m'y attendais pas, l'ayant pris au hasard car bousculée par le temps. J'ai eu la main heureuse: j'aime les romans d'apprentissage et c'en est un.
    Edgar Mint est un jeune métis de Blanc et d'Apache, abandonné par son père, délaissé par sa mère alcoolique, apprenant la vie de vilaine manière , à l'hôpital tout d'abord car la voiture du facteur lui a roulé sur la tête, puis dans un orphelinat ghetto où il devient le souffre-douleur de garçons plus âgés, enfin dans une famille de Mormons un peu bancale après la mort récente du dernier enfant. (L'auteur lui-même a été élevé chez les Mormons).
    Racontée ainsi, l'histoire semble très triste et en effet, ce n'est pas un destin bien gai que celui d'Edgar Mint et pourtant on s'attache vite à cet enfant et l'intérêt pour son évolution ne cesse de s'accroître au fil des pages. Il est très attachant, sorte d'Oliver Twist moderne, plein de ressources, de charme, d'humour, de force et de fragilité à la fois., d'autres l'ont comparé au jeune Garp d'Irving. On voudrait le protéger, l'avertir des dangers qui l'entourent et le quitter au bout de cinq cents pages est un vrai déchirement.
    Ce roman est très riche, poétique, sans temps mort, digne des plus grands, bref un coup de cœur que mon pauvre résumé, écrit à la va vite, trahit à la façon d'un squelette: toute la chair en a disparu.


    Lien : http://liratouva2.blogspot.fr/2013/12/le-destin-miraculeux-dedgar-mi..
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Citations et extraits

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  • Par blueman38, le 08 février 2013

    Pendant ce temps-là, frère Hughes apportait son témoignage, nous disait combien il aimait le livre de Mormon. Il savait que c’était un livre qui détenait la vérité, que Joseph Smith était un prophète de Dieu, que Jésus-Christ était son sauveur à lui personnellement, qu’Il avait souffert et était mort sur la croix pour ses nombreux, et même, il faut l’avouer, ses innombrable péchés. Ses yeux s’embuèrent de larmes, lesquelles se mirent à couler, traçant deux sillons parallèles sur ses joues veloutées. Cet homme avait l’art de pleurer et j’avais envie de pleurer avec lui. Néanmoins, rien de tout cela, ni mon embarras, ni l’invocation de Dieu, ni l’émotion sincèrement chrétienne de notre professeur, n’eut pour effet de décourager ma zigounette qui, avais-je l’impression, s’efforçait de percer un trou dans mon pantalon.
    Il m’autorisa enfin à regagner ma place, et Scotty Webster murmura assez fort pour que tout le monde entende : « Hé ! Tout à l’heure, Edgar sera les Lamanites et nous les Néphites, et on va se faire la guerre ! » Je jetai un regard autour de moi, me sentant particulièrement vulnérable, mais personne ne parut répondre à l’appel aux armes de Scotty.
    Ce soir là, après avoir été persécuté toute la journée du sabbat par une érection tenace, j’ai su que le moment était venu. Cette situation ne pouvait pas se prolonger. J’avais lutté des semaines durant et je savais que, en dépit des terribles conséquences, j’allais commettre l’irréparable : J’allais me branler. Oh ! oui ! c’était un péché, et un grave péché : les responsables de notre église avaient consacré beaucoup de temps et d’énergie à nous expliquer. Au début, pour parler de masturbation, ils avaient employé un langage sibyllin,indéchiffrable, qui ressemblait à un code secret. Lors de notre réunion sacerdotale hebdomadaire, ils nous avaient remis à chacun une brochure intitulée « Pour jeunes gens uniquement ». Elle comportait des photos d’une chaîne de montage avec plein de rouages et quelques cheminées qui crachaient des nuages de vapeur, et qui expliquait que le corps d’un jeune homme est pareil à l’usine qui produirait certaine substance. Parfois, disait-on, l’usine produit trop de ladite substance, de sorte qu’il faut de temps en temps l’évacuer, en général au milieu de la nuit. Ces « émissions nocturnes » sont tout à fait naturelles et n’ont rien de honteux, mais si le garçon trafique sa propre usine pour que la substance soit évacuée selon ses désirs, là on a affaire à un péché. Nos corps sont des temples, concluait la brochure, avec lesquels on ne doit pas jouer.
    Je l’ai relue quatre fois, de la première à la dernière ligne, et je n’y ai strictement rien compris.
    Plus tard, adossé au mur derrière l’église, j’essayais encore de percer ce mystère quand Vince Brown, un ado aux grosses lèvres charnues qui s’excitait en parlant au point de postillonner, s’est glissé vers moi.
    « Tu sais de quoi il est question, là dedans !? » dit-il, hurlant presque. Je dus me reculer pour éviter les postillons qui volaient partout. « Je savais pas, mais mon frère m’a dit ! De se branler ! » Maintenant Vince me mugissait dans la figure après m’avoir pratiquement cloué contre le mur.
    « Tu sais bien ! Se taper une queue !? »
    Selon toute apparence, la brochure n’était pas aussi efficace que les responsables de l’église l’avaient espéré, car deux semaines plus tard, l’épiscopat organisa un mercredi soir une réunion spéciale après la journée Boy Scouts. L’évêque Newhauser, un homme au dentier d’une blancheur éclatante et aux yeux d’un bleu très clair, nous expliqua que dans les sphères dirigeantes, on commençait à s’inquiéter des « pensées et actes impurs » parmi les jeunes de la communauté.
    « Nous avons décidé d’agir », affirma l’évêque Newhauser, planté devant le tableau noir portatif. La réunion se tenait dans une grande salle où les projecteurs étaient braqués sur le devant de la scène, tandis que nous étions laissés dans la pénombre, entourés de tentures de velours qui sentaient la poussière. « Nous n’allons pas rester tranquillement assis pendant que Satan sème l’ivraie en notre sein, poursuivit l’évêque. Le pouvoir de procréer est sacré. » Sous l’effet des projecteurs, les premières gouttes de sueur éclataient sur son front comme de petites cloques. « Et quand on joue avec… » Il s’interrompit d’un seul coup et se racla la gorge. « …Je veux dire quand on en abuse, quand on abuse de ce pouvoir que nous détenons, on ne profane pas seulement sa propre personne, mais également sa famille, son Dieu et Son Eglise sur terre. »
    Il ajouta que nous avions des armes pour combattre le mal qui régnait parmi nous. Il inscrivit au tableau avec beaucoup d’application :
    NE PAS RESTER PLUS DE D’UNE MINUTE AUX TOILETTES.
    AU LIT, TOUJOURS GARDER LES MAINS SUR LA COUVERTURE ET AU DESSUS DE LA TAILLE.
    ÈVITER LES ACTIVITÈS SOLITAIRES.
    EN CAS DE PENSÈES IMPURES, CHANTER UN CANTIQUE.
    PORTER TOUJOURS DEUX SLIPS.
    PRIER. PRIER. PRIER.
    Avant de nous libérer, il leva les mains comme pour restaurer le calme, alors que personne n’avait bronché au cours de l’épreuve qu’on nous avait infligée. Il était maintenant en nage, au point que la cravate qui pendait autour de son cou ressemblait à une lavette.
    « Et pour qu’il n’y ait pas de méprise, conclut-il, serrantles poings, je vous précise que nous parlons ici… nous parlons de… de masturbation. » Il attendit un instant que le vilain mot ait produit son effet, puis il reprit : « Ce que je veux dire, jeunes gens, c’est occupez vos mains à des tâches saines. »
    J’avais fait de mon mieux. J’avais essayé de prier et de chanter des cantiques, j’avais même réduit le temps que je passais dans la salle de bains rose, mais en vain. J’avais atteint le point de rupture. J’allais occuper mes mains à une tache malsaine.
    Pourtant, même dans cet état de folie hormonale, j’éprouvais un sentiment amer d’impuissance. Dans cet univers de bien et de mal, il y avait des règles, des lois édictées pour mon propre bien-être, et je savais avec certitude que je ne pourrais pas les respecter.
    Ce soir-là dans mon lit, j’attendis que Brayton émette les petits bruits indiquant qu’il dormait, et quand l’horloge de parquet sonna onze heures, je me glissai hors de mon lit. Après avoir vérifié qu’aucune lumière ne filtrait sous les portes des autres chambres, je descendis l’escalier sur la pointe des pieds, veillant à ne pas déranger les perroquets, et mon érection et moi avons débouché dans le jardin.
    A l’église, on m’avait appris que la maison était un lieu sacré, un havre destiné à la cellule familiale, un temple au même titre que celui de Salt Lake City. Dans le salon, à côté de l’horloge, figurait une grande tapisserie à l’aiguille brodée par la mère de Clay, grand-mère LaRue, et qui proclamait : Cette maison est un temple – Que personne ne le profane. Aux yeux des mormons, à peu prés tout été d’une manière ou d’une autre sacré. Je m’apprêtais donc à profaner mon propre corps, mon propre temple, et j’espérais que Dieu reconnaîtrait au moins que je le faisais en dehors de la maison des Madsen.
    A peine arrivé à la citerne, je l’avais déjà sortie et, dents serrées, il ne me fallut que trois ou quatre mouvements maladroits du poignet pour qu’un formidable orgasme me vide de mes forces et que, jambes flageolantes, je tombe à genoux.
    Je restai ainsi, raide comme un piquet, m’efforçant de prolonger éternellement cet instant, et soudain, je sentis l’éclair d’un court-circuit jaillir quelque part au plus profond de mon cerveau endommagé, puis la vibration électrique monter le long de mes jambes, annonciatrice d’une crise, et je basculais dans les ténèbres familières.
    Je repris connaissance allongé à plat ventre, le visage dans la terre. Je roulai sur le dos et regardai le panache de mon haleine s’élever vers le ciel parsemé d’étoiles. Au loin, des maisons sur une colline émettaient une douce lumière dorée, comme si elles étaient immergées. Mon cœur battait lentement, solidement, et j’éprouvais une espèce de paisible lucidité, rien de ce que je me serais imaginé après avoir profané mon corps et déclanché en outre une crise d’épilepsie. Tournant la tête, je vis Adelle, l’une des chèvres, qui m’observait, le museau passé entre les planches de la barrière, luisant comme un morceau de charbon. Elle ne paraissait pas du tout inquiète de me voir ainsi, si bien que je me sentis étrangement à l’aise, couché sur le dos, le zizi dans mon poing, le pantalon de mon pyjama aux chevilles. Je m’aperçus alors que je recommençais à bander, et cette fois,, une trentaine de secondes de manipulations déjà moins maladroites me furent nécessaires pour accéder au frisson de la félicité. Les nerfs me picotèrent de nouveau, mais je ne m’évanouis pas. Je baignais dans un tel sentiment d’euphorie que je finis par m’endormir. Je me réveillai vers le petit matin, trempé de rosée, les cheveux pleins de brindilles et de plumes de poulets, les bras et la nuque couvert de terre, de graviers et de fétus de paille. Sale et heureux, je regagnai mon lit moelleux.
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  • Par Penelope, le 07 mai 2010

    Le premier touriste auquel j'aie jamais eu affaire était un énorme hippie qui trimbalait toutes ses possessions dans un Caddie. Ne portant qu'un short raide de crasse et des sandales de cuir, il se baladait partout, manœuvrant son chariot parmi les graviers et les hautes herbes comme si, telle la plus heureuse de ménagères, il faisait ses courses dans un supermarché.
    Quand il vit que je le regardais, il s'avança vers moi, m'examina au travers de la haie épineuse de ses cheveux, puis écarta les bras pour englober les quartiers des officiers, les anciens baraquements, les écuries en haute de la colline et les montagnes au loin.
    "Génial, dit-il lentement, détachant chaque syllabe. C'est absolument génial."
    Il demeura ainsi vacillant un peu, puis il se tourna vers moi. " Tu peux me dire quelque chose, tu sais, dans ta langue maternelle?
    - Cunnilingus", dis-je.
    Il me considéra un instant, sourcils froncés, puis il fit: "Génial."
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  • Par clarinette, le 05 juillet 2008

    Si je devais ramener ma vie à un seul fait, voici ce que je dirais : j’avais sept ans quand le facteur m’a roulé sur la tête. Aucun événement n’aura été plus formateur. Mon existence chaotique, tortueuse, mon cerveau malade et ma foi en Dieu, mes empoignades avec les joies et le peines, tout cela découle de cet instant où, un matin d’été, la roue arrière gauche de la Jeep de la poste a écrasé ma tête d’enfant contre le gravier brûlant de la réserve apache de San Carlos.
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  • Par liratouva2, le 08 décembre 2013

    Comme tout sentait bon! Je venais d'un enfer olfactif - odeur d'ammoniaque de l'urine, puanteur des chiottes qui, par les chaudes journées d'été, planait comme un nuage empoisonné, odeurs de serviettes sales, de désinfectant, de matelas moisi et d'encaustique, odeur poussiéreuse du passé qui s'échappait par les bouches de chauffage - et je tombais dans un paradis de fragrances: le linge propre qui apparaissait comme par miracle dans les tiroirs, le pain frais dans la cuisine, la salle de bains aux effluves de lavande, de citron et de parfum, les couettes et les oreillers qui sentaient comme un vif matin d'hiver.
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  • Par BMR, le 27 décembre 2007

    [...] Dans le jardin de devant se dressait, squelette calciné, un vieux peuplier frappé par la foudre qui n'offait pratiquement pas d'ombre jusqu'à ce que ma mère ait pris l'habitude d'accrocher des boîtes de bière aux branches noircies à l'aide de fil de pêche. Les centaines de canettes, auxquelles une bonne douzaine venait chaque jour s'ajouter, tintaient doucement quand la brise se levait, mais elles ne contribuaient guère à donner de la fraîcheur à la maison.
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