Ce Carnet, de petit format, qui comprend 184 pages et feuillets encartés, est demeuré inédit jusqu'à ce jour. Il fut commencé, comme le précise Valéry, le 23 avril 1936 à Alger, où il s'était rendu pour faire ... > voir plus
La chronologie est falsifiante.
Elle consiste à ranger des éléments - événements par avant et après sur une ligne pourvue d'un sens.
Or nous n'avons d'avant et d'après q'une notion qui exige une Même fourni par l'instant.
Charlemagne après César?
Donc on introduit une même de proche en proche - comme on quarre une courbe par une ligne brisée.
César peut ignorer Salomon aussi bien Salomon ignore César. Mais l'histoire connaît les deux et par là les falsifie.
Si un film accélère, ralentit, etc. c'est aux dépens de quelque chose.
Il y a incommensurabilité en éléments - états réels d'observation.
Illusion - on ne peut regarder historiquement que d'un seul point.
Le décor est en carton si l'on déplace le point de vue.
Ma critique ne consiste qu'à examiner ce que l'on pense quand on pene histoire -
et les conséquences de ce mode de penser.
Histoire non indépendante des individus car ce qui en est indépendant en histoire est insignifiant.
Toxique car excitant et non aliment. C'est-à-dire qui ne peut se transformer qu'en simulation et imitations.
La puissance publique repose sur les plus basses parties de chaque personne: les parties les plus sensibles:
La crédulité
L'inertie
L'irréflexion
La crainte
L'imitation
Les impressions.
Elle est menacée par les puissances contraires - Puissances Privées.
- Critique - Réflexion - Courage, originalité.
- l'expérience et la raison montrent qu'ils faut un peu de tout.
Toute "politique" se réduit à ceci: celui qui a la force, ou qui est censé l'avoir, peut faire ce qu'il veut.
(...)
Le christianisme est contre le dogme de l'Etat car il donne à chaque individu valeur infinie.
L'individu se doit de tolérer et de mépriser l'Etat.
L'Etat est affaire d'ordre pratique, nécessité pratique, donc de la vie passagère. Rien de la vie éternelle ne le concerne. Il n'y connaît rien. Il en gêne la poursuite et même la contrarie (guerres). Donc, obéis - mais ce mal nécessaire est un mal.
L'Eglise accomode tout ceci.
La presse, la radio, le cinéma tendent à la ruine de la culture.
Et tous les moyens de dispersion à base d'intensité et de vanité.
Ils sont, d'ailleurs, dominés par des fins politiques et commerciales. Politique et commercialisation [économie] étant choses statistiques, et donc ennemies de la culture.
Les mesures contr'elles prises par les Etats dictatoriaux sont, d'autre part, dirigés contre la culture hétérodoxe.
Peu de contraintes sociales - justice, guerre, fiscalité, formalités, etc. - supportent d'être énoncées en toute netteté - sans se montrer bientôt des applications abitraires de la force et l'échange d'un mal réel contre un bien hypothétique.
Politique et "sociétés" reposent sur l'insincérité générale.
Nous n'en savons pas assez pour raisonner en politique puisque celle-ci ne peut qu'invoquer une idée de l'homme, si elle se prétend autre chose qu'une afffaire de fait et d'expédients.
Entre le droit divin et la Déclaration des droits de l'homme, on peut hausser les épaules, au choix.