> Aleksandar Grujicic (Traducteur)

ISBN : 9782742795314
Éditeur : Actes Sud (2011)


Note moyenne : 4.67/5 (sur 3 notes) Ajouter à mes livres
La chronique douce-amère d’un écrivain en panne d’inspiration. Profitant d’une bourse, il se rend en Italie, au bord du lac de Côme. Grâce à de brèves rencontres, des conversations improbables et des petites épiphanies, la vie lui paraît à nouveau prometteuse.
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 4.00/5
    Par nadejda, le 04 juin 2011

    nadejda
    Le narrateur de «Côme», jeune écrivain originaire de Serbie, est invité par la fondation Rockfeller qui lui offre une bourse pour une résidence d'un mois à Bellagio sur le lac de Côme (le livre est divisé en trente chapitres, un par jour). Lui est alloué un studio, dans une villa avec vue sur le lac, la villa Maranese. Les repas sont pris dans le cadre luxueux de la villa Serbelloni. Dans ce lieu privilégié, par le luxe et la beauté de l'environnement, notre auteur, sans aucune envie d'écrire, se sent totalement décalé par rapport aux autres pensionnaires. Il a laissé son pays dévasté par la guerre et se retrouve brusquement dans un cadre idyllique au milieu de musiciens, chercheurs, professeurs, universitaires pour la plupart, se demandant ce qu'il est venu faire là.

    Au début, il tente de donner le change, fait croire qu'il travaille pour échapper au concert du soir ou à des conférences ennuyeuses, s'achète une cravate (la cravate est de bon ton pour aller manger au Serbelloni) et une chemise neuve pour moins dénoter au milieu des autres invités.
    Puis rapidement il se fait des amis à l'extérieur, au village de Bellacio en la personne de Alda la serveuse du café «le Spiritual», Augusto patron du bistrot «le Sport» et finalement au sein même des pensionnaires de la villa où il est repéré par ceux qui, comme lui sont hors normes.

    Il aime le bon vin toscan, les vieux cognacs et whisky que lui servent, en complice, ses amis serveurs, Gregorio et Mahatma, qui lui offrent des prétextes pour s'éclipser et rejoindre la salle de télé où il peut assister à des match de foot en compagnie d'une bonne bouteille. 

    Par son observation, des autres résidents et de leurs travers, de leurs antagonismes, leurs petites mesquineries qu'il regardent d'un oeil amusé ou parfois exaspéré, il nous offre des scènes très drôles. 

    Il fuit souvent la villa et ses pensionnaires pour de longues promenades d'exploration des collines qui dominent le village de Bellagio et s'essaie même à gravir le sommet du mont San Primo, de 1682 mètres d'altitude. 
«J'en avais envie. Je le contemplais de ma fenêtre tous les jours, et à présent le temps était venu d'y monter. Je n'étais jamais monté au sommet d'une montagne. J'ai fini mes préparatifs et je suis parti.» Il ne se pose pas de question. Il y va. 
Et y retournera à la demande de son vieil ami, Monsieur Sommerman ornithologue à ses heures, pour observer à sa place le grand aigle doré.
    «Il était énorme, cet aigle. le grand aigle doré, ainsi qu'on le nommait.(...) J'étais tout petit, et petite était ma vie et tout dans ma vie et tout en moi, toutes les illusions que je gardais, tout ce qui me constituait...Mon corps a expiré de peur et d'admiration.»

    Il vagabonde. Il fait une escapade à Côme, erre sans but précis dans la ville, «Je me suis mis à déambuler dans les ruelles. Je crois que c'est l'une des choses les plus agréables, d'arriver pour la première fois dans une ville et de parcourir, sans but, une rue après l'autre.»
    Sous ses dehors nonchalants le narrateur nous donne une belle leçon de vie en laissant entrevoir au fil de ses échanges avec ses amis villageois, de ses promenades, par son observation de leur vie quotidienne («J'ai toujours aimé les marchés»), le fossé qui existe entre eux et les riches résidents des somptueuses villas, clients des boutiques et des hôtels de luxe. Il se fait le passeur chaleureux entre ces deux mondes qui s'ignorent l'un l'autre, et sait, mine de rien, nous les faire découvrir et aimer avec le même sourire, sans a priori.
    Ce récit, plein de décontraction et de douceur ironique, offre au lecteur la même parenthèse que celle vécue par l'auteur. Il nous donne vraiment l'impression d'habiter ces lieux et l'on s'y sent comme en état d'apesanteur. Mais tout a une fin....malheureusement.
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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 29 septembre 2011

    brigittelascombe
    Il est une éponge imbibée d'alcool.Il est un jeune auteur serbe, vivotant de petits boulots, venu de ce "pays en piteux état" où "il faisait mal vivre" qui va se la couler douce durant un mois, Villa Maranèse au pied du lac de Côme et aux frais d'une bourse Rockfeller.
    Il est celui qui "se sent loin de tout", loin des "conneries de Belgrade",qui détonne "à boire,à fumer,sans cravate et sans veste" dans cet endroit chic bourré de gens snobs et intellectuels, qui "veut rester idiot et immature pour ne pas être embêté", qui grimpe au sommet de la colline Tragédia chaque jour pour se ressourcer au sein des bois, qui fait des efforts pour s'adapter "tiré à quatre épingles" mais qui s'ennuie dans ce monde qui n'est pas le sien,qui dort tout son saoul pour récupérer, qui s'intègre à tous les milieux et communique par dessins interposés avec Alda la serveuse,qui invite ses nouveaux amis italiens cafetiersfans de la Juventus(Augusto,Luigi et Alda et sa maman aussi) dont il ne connait même pas les noms de famille, qui fait rire Brenda,l'américaine, jolie rousse aux yeux verts.
    Il est celui qu'on veut sauver des eaux vineuses malgré lui,malgré tout, que l'on veut adopter.
    Il est celui qui nous émeut de se saouler ainsi, à tout va, sans jamais émettre la moindre plainte ni évoquer son pays, et de s'émouvoir lui même de quelques notes de piano, le son des cloches d'antan qu'il avait occulté.
    Il sera sans doute celui qui,de retour sera capable d'écrire un livre aussi fort que Côme car le talent de l'auteur Srdjan Valjararevic(auteur né à Belgrade en 1967 qui a déjà publié deux romans et des poésies) est de nous rendre réel son personnage principal.
    Je suis encore sous le charme! Bravo!
    Côme a déjà été salué par plusieurs prix en Serbie et a été traduit dans plusieurs langues.
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  • Par moustafette, le 09 août 2011

    moustafette
    Villa Maranese, sur les bords du lac de Côme, propriété de la fondation Rockfeller.
    Hors du temps, des tourments du monde et de ses contingences matérielles, ce lieu accueille en résidence scientifiques, universitaires et artistes de tous pays, afin de leur permettre de mener à bien leurs travaux. C'est là qu'un matin le narrateur se réveille avec une sacrée gueule de bois. Après une soirée bien arrosée, il a quitté la veille son ex-pays, la Yougoslavie, en plein éclatement, pour se retrouver dans ce décor magique avec pour vague projet d'écrire un roman. Très vague car, mis à part boire plus que sérieusement, ce jeune serbe aborde la vie en dilettante y compris l'écriture, activité à laquelle il s'adonne mollement sans aucune intention d'être un jour publié. Fidèle à lui-même, pendant que grosses têtes et petits génies triment comme de bons élèves, lui compte bien s'octroyer une parenthèse de farniente aux frais de la princesse d'autant plus que cave et buffet sont à volonté...
    Après quelques premiers jours apathiques, passés à donner le change à ses hôtes et autres invités, à explorer le domaine de la colline Tragedia où trônent les villas de la fondation et à sonder la carte des vins et alcools, le narrateur va élargir son champ d'action et, tels des cercles concentriques, s'éloigner du cocon pour partir à la découverte du village de Bellagio (et de ses bars, forcément) puis de la campagne et des montagnes environnantes pour finir par rejoindre la richissime ville de Côme.
    "Je n'avais d'ailleurs rien d'autre à faire, et j'ai toujours aimé ça, n'avoir rien à faire."
    Heureux homme ! Quel luxe ! Mais ne nous y trompons pas, ses journées ainsi que ses soirées seront bien vite remplies. Car même s'il noue des relations privilégiées avec les serveurs de la fondation qui deviennent rapidement ses complices lui permettant d'échapper à certaines obligations ennuyeuses, notre écrivain n'en dédaigne pas moins les échanges avec les autres résidents, échanges parfois moqueurs, souvent tendres comme avec M. Sommerman et sa femme Mme Rosemary. Mais c'est encore avec les villageois, représentants de la vraie vie et plus proches de son monde, qu'il se sentira le plus à l'aise et entretiendra des relations pleines d'émotions.
    Hymne à la contemplation de cet environnement idyllique, la nature occupe une place de choix dans le roman. La rencontre au sommet du mont San Primo, à l'initiative de M. Sommerman trop âgé lui-même pour en faire l'ascension, est un des moments magiques qui croisent la vie de notre héros. Et certaines de ses réflexions botaniques sont savoureuses.
    Passées les soixante-dix premières pages peu palpitantes, que l'on peut voir comme un exercice d'entraînement pour le personnage qui peine à trouver sa place dans cet univers surfait, faisant fi des masques la personnalité décalée de ce jeune serbe plein d'humanité éclate enfin et nous entraîne ensuite dans un jeu de ping-pong entre le dehors et le dedans, les nantis et les petites gens, pour donner au final une très belle galerie de portraits entre satire et véracité.
    Le lecteur ne boude pas son plaisir et le narrateur, car il lui faudra bien retrouver la tourmente, repartira, avec dans ses valises, une bonne dose d'espoir et de quoi, sans doute, en tirer un roman succulent plein d'inventivité.
    Décidément, la littérature de l'ex-Yougoslavie n'en finit pas de me séduire.



    Lien : http://moustafette.canalblog.com/archives/2011/08/09/21761520.html
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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 11 octobre 2011

    brigittelascombe
    Côme,le superbe roman de Srdjan Valjarevic,tout en non dits, qui évoque le mois passé à ne rien faire (aux frais d'une bourse Rockfeller), dans la villa Maranèse au pied du lac de Côme, par un jeune auteur serbe(qui boit plus que de raison) venu de "ce pays en piteux état" où "il faisait mal vivre" obtiendra-t-il le prix des lecteurs du Var 2011 décerné lors de la fête du livre du Var à Toulon les 18,19 et 20 novembre prochains?
    A suivre:la compétition est rude face à Cristina Comencini(Quand la nuit) et Juan Manuel Florensa(Les mille et un jours des Cuevas).
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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 04 novembre 2011

    brigittelascombe
    Scoop: Côme de Srdjan Valjarevic, éditions Actes Sud, recevra le Prix des Lecteurs du Var 2011 qui se tiendra à Toulon les 18,19 et 20 novembre prochains. L'auteur sera présent pour recevoir son prix et j'espère que nous pourrons l'interviewer sur le stand RCF Méditerranée!
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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 04 juin 2011

    Les habitudes sont vraiment une sale affaire. On n'arrive pas à se libérer de certaines, et il y en a d'autres que l'on ne peut traîner partout avec soi. Trop coûteuses. Les habitudes de travail mises à part, bien sûr. On peut travailler n'importe où, si on est obligé, ou si on le veut. Moi, je n'ai pas ce problème-là. Je peux ne rien faire du tout. Peu importe où je suis. Si j'ai un problème avec certaines mauvaises habitudes, celle-ci ne concernent sûrement pas le travail. C'est dans ma nature, je pouvais me sentir chez moi à Bellagio parce que, de toute façon, je me sens chez moi absolument partout.
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  • Par nadejda, le 04 juin 2011

    ... j'ai pris un des livres que j'avais apporté de Belgrade, de courtes nouvelles de Robert Walser. Le livre se trouvait sur ma table de chevet, dans mon appartement de Belgrade, lorsque, à la hâte, j'avais fait mes bagages. Je l'ai ajouté aux autres affaires sans réfléchir. J'ai ouvert grande la fenêtre de ma chambre et la longue branche d'un châtaigner est presque entrée, disposée à me tenir compagnie. Je ne saurais dire combien de fois j'avais déjà lu ces nouvelles. Je ne me lasse pas de les relire, en fait. Je me suis contenté de survoler les phrases de Walser, de m'y promener un peu puis, je ne sais exactement à quel moment, je me suis endormi.
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  • Par nadejda, le 04 juin 2011

    J'avais de la chance avec le temps, l'air était limpide, il faisait clair et ensoleillé. Je me régalais de ce que je mangeais. Je regardais les Alpes, mais de tout près, à présent. Des lieux pas encore dégradés, qui n'ont aucune utilité et qu'on ne sait pas par conséquent comment corrompre. Devant un tel spectacle, j'étais moi aussi incapable de mesquineries.
    .... C'était comme si jamais je n'avais été nulle part auparavant. Ça valait largement la peine de monter. C'était comme si je n'avais jamais rien fait auparavant, ni de bon ni de mauvais. J'ai ressenti, tout le temps que j'ai passé là-haut, une fatigue et une sérénité pures. Rien d'autre, sur ce sommet.
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  • Par nadejda, le 04 juin 2011

    Mme Milita m'a envoyé un regard plein de méfiance.(...) elle observait sans cesse comment les autres étaient habillés, comment ils mangeaient ou comment ils se comportaient.
    --- Et quels sont les auteurs qui t'intéressent ?
    --- Robert Walser, Thomas Bernhard, Walter Benjamin, Robert Musil, Mlos Crnjanski... j'ai cité les noms en faisant très attention de choisir des écrivains que j'aimais vraiment, mais dont elle n'avait, à mon avis, jamais entendu parler.
    Elle m'a regardé déconcertée. J'avais réussi mon coup. Elle croyait sans aucun doute que je venais d'inventer tous ces noms. J'étais certain que nous n'allions plus jamais nous parler.
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  • Par moustafette, le 09 août 2011

    J'ai demandé s'il allait falloir abattre celui-ci et ils m'ont dit qu'ils n'en étaient pas sûrs, peut-être pas encore. Alors, le châtaignier va d'abord se faire soigner, me suis-je dit. Puis les médecins sont montés dans leur camionnette et sont repartis. Sur la portière du véhicule, on pouvait voir une grande image d'un arbre et une inscription en petites lettres, en italien. C'était une sorte d'ambulance forestière. Je suis resté un moment à côté de cet arbre, ce n'est jamais facile quand on est malade de se retrouver seul. On aurait dû planter un autre arbre à côté de celui-ci, pour lui tenir compagnie. Une petite mésange s'est posée sur une branche, je pouvais partir.
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