Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

> Laura Derajinski (Traducteur)

ISBN : 2351780469
Éditeur : Gallmeister


Note moyenne : 3.62/5 (sur 258 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
En Alaska, Irene et Gary, mariés depuis trente ans, tentent de préserver leur mariage en s’aventurant sur une petite île. Lorsque l’hiver survient, les choses se compliquent et le couple doit faire face à ses rêves avortés et à son passé douloureux.
Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (66)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 3.00/5
    Par manU17, le 23 juillet 2014

    manU17
    Une région de l'Alaska. le temps de prendre une retraite bien méritée est venu pour Irène et Gary. Une retraite sereine et reposante ? Pas si sûr…
    Gary a décidé qu'ils allaient s'installer sur un îlot d'un lac glaciaire, sur les rives duquel ils ont vécu toutes ces années, dans une cabane qu'il va construire de ses propres mains. le projet n'enthousiasme guère Irène. Il la rebute plutôt. Mais elle est déterminée à l'accompagner dans ce projet fou. A tort ou à raison, elle pense que Gary s'apprête à la quitter. Et Irène n'est pas du genre à lui offrir une trop belle occasion de la rejeter sous un prétexte fallacieux…
    Après le terrible Sukkwan island, David Vann nous propose ici une réflexion sur l'usure liée au temps qui passe en forme de métaphore sur le couple. Outre le couple Irène-Gary, on a les couples formés par leurs deux enfants, un garçon et une fille, tous deux en couple, ainsi que des relations ou amis. Des couples d'âges différents à des stades différents pour une vision globale.
    Si la plume de David Vann m'a une fois de plus séduit, je suis un peu resté sur ma faim. Ayant adoré et dévoré Sukkwan island, tout au long de ma lecture, j'ai attendu fébrilement ce climax que je sentais venir et qui, j'en étais persuadé, allait tout bouleverser et tout remettre en question. J'ai attendu, attendu et il a fini par arriver mais à la toute fin du roman quand je ne l'espérais plus vraiment. Et le pire, c'est qu'il ne m'a absolument pas surpris tant je l'ai trouvé prévisible !
    Désolations et légère déception donc…


    Lien : http://bouquins-de-poches-en-poches.blogspot.fr/2014/07/desolations-..
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          2 42         Page de la critique

  • Par InColdBlog, le 28 février 2011

    InColdBlog
    Gary s'est mis en tête de construire une cabane en rondins sur la parcelle de terrain qu'il a achetée sur Caribou Island, de l'autre côté du lac Skilak.
    Cette cabane au cœur d'une nature intacte, Gary en rêve depuis longtemps. Elle cristallise à ses yeux l'idéal de l'esprit pionnier qui l'a attiré sur les terres d'Alaska. C'est pour cet idéal, ce mythe de la « frontière », qu'il a délaissé la Californie et sa thèse en littérature médiévale pour venir s'installer ici, sur la péninsule Kenai, avec sa femme Irene, plusieurs dizaines d'années auparavant.
    Plutôt que de devenir professeur d'université, Gary s'est improvisé constructeur de bateaux et pêcheur, des occupations plus conformes à ses nouvelles aspirations. Mais aucun de ses projets ne s'est révélé à la hauteur de ses attentes, le laissant profondément insatisfait de sa vie.
    “Gary was a champion at regret. Every day there was something, and this was perhaps what Irene liked least. Their entire lives second-guessed. The regret a living thing, a pool inside him."
    En trente années de mariage, Irene a appris à connaître son mari. En son for intérieur, elle sait que la nouvelle entreprise de Gary est vouée à l'échec, d'autant qu'il surestime ses capacités en décidant de construire sa cabane en partant de zéro et sans l'aide de quiconque “No foundation, even. No plans, no experience, no permits, no advice welcome.”
    Qui plus est, Irene n'a aucune envie d'aller s'enterrer sur ce bout d'île perdue, sans rien du confort auquel elle est habituée dans leur maison surplombant le lac.
    Ce projet, c'est celui de Gary, et de lui seul. Malgré tout, elle accepte de l'aider à construire la cabane : rester à l'écart de ce projet rendrait la situation et les relations avec son mari encore plus difficilement supportables.

    Quand s'ouvre le roman, Irene et Gary sont sous une pluie battante, occupés à charger des rondins de bois sur leur bateau. Une tâche pénible et fastidieuse que la météo rend plus épuisante encore. La saison est bien avancée ; la température a déjà chuté et les premières neiges ne devraient plus tarder. Trempée par l'eau glacée qui la transperce jusqu'aux os, Irène est transie de froid. Néanmoins, elle tient à se montrer à la hauteur des attentes de Gary. Résignée, elle fait ce que son mari lui demande, sans rien dire.
    “The wind and rain formed a roar, against which Irene could bear no other sound. She walked mute, found the bow, placed her log, turned and walked back, no longer hunched. There was no dry part left to save. She was soaked through.
    Gary walked past her a kind of bird man, his arms curved out like wings first opening. Trying to keep his wet shirt away from his skin? Or some instinctive first response to battle, readying his arms? When he stopped at the truck bed, water streamed off the end of his nose. His eyes hard and small, focused.
    Irene moved in close. Should we stop? She yelled over the roar.
    We have to get this load out to the island, he yelled back, and then he pulled another log, so Irene followed, though she knew she was being punished. Gary could never do this directly. He relied on the rain, the wind, the apparent necessity of the project. It would be a day of punishment. He would follow it, extend it for hours, drive them on, a grim determination, like fate. A form of pleasure to him.
    Irene followed because once she had endured she could punished. Her turn would come. And this is what they had done to each other for decades now, irresistibly. Fine, she would think. Fine. And that meant, just wait.”
    De la même façon, elle obtempère quand Gary, indifférent au gros temps, lui enjoint d'embarquer avec lui pour transporter le chargement jusqu'à Caribou Island. La traversée s'avère périlleuse : la pluie cingle les visages et empêche d'y voir correctement, les eaux agitées secouent dangereusement le bateau. Les vagues passent par-dessus le bastingage, l'eau s'engouffre sans peine dans l'embarcation déjà trop chargée, manquant de la faire couler avant qu'elle puisse gagner sa destination.
    Arrivés de justesse sains et saufs, Irene et Gary ne sont pas au bout de leur peine pour autant. Aux abords de la parcelle, pas de plage mais de gros rochers qui les empêchent d'accoster et les obligent à entrer jusqu'à la ceinture dans l'eau glacée pour débarquer leur chargement. Encore un détail pratique qui a échappé à la vigilance de Gary.
    Cette scène d'ouverture, réellement éprouvante pour les nerfs du lecteur, ne laisse rien présager de bon pour la suite. Et effectivement, les choses ne vont pas aller en s'arrangeant.
    Tandis que Gary, toujours aussi mal préparé, s'escrime à bâtir sa cabane avec des outils inappropriés, n'anticipant aucun des problèmes qui ne manquent pas de surgir, Irene va être la proie de violentes migraines causées, pense-t-elle par une méchante sinusite due au froid. Elle se retrouve clouée au lit, le crâne vrillé par la douleur malgré les antalgiques.
    Pendant ce temps, Gary poursuit son travail, mû tout autant par son rêve que par le ressentiment qu'il nourrit à l'égard de sa femme qu'il soupçonne de simuler sa maladie pour l'obliger à abandonner son projet.
    Témoin de ce fiasco, leur fille Rhoda, âgée d'une trentaine d'années, s'inquiète du tour que prennent les événements et de la tension croissante qui enfle entre ses parents. Elle-même impliquée dans une relation sentimentale qui ne la satisfait pas vraiment, elle veut croire que les choses vont s'arranger pour ses parents. Quant à leur fils, Mark, il y a longtemps qu'il a pris ses distances avec sa famille, menant une existence marginale, partageant son temps entre la pêche, les compétitions de karting et les séances de fumette avec ses potes.

    L'Alaska, une nature à l'état sauvage peu hospitalière, des conditions de survie extrêmes, un homme qui s'improvise pionnier et se lance dans une aventure qui le dépasse, construit une cabane sans aucune préparation préalable… Force est de constater que Caribou Island présente de troublantes similitudes avec Sukkwan island (sans parler de leurs titres !). Et pourtant, on aurait bien tort de penser qu'il s'agit du même livre, qu'on va relire la même histoire.
    Alors que Sukkwan island se concentrait sur la relation père/fils, dans Caribou Island David Vann dissèque un mariage en déliquescence, un couple qui se heurte aux frustrations des promesses non tenues, aux désillusions qui nourrissent les rancœurs, au fossé qui sépare les idéaux de la réalité.
    “None of your life has measured up. You think you were destined for more. You think you were worth more.”
    Un dicton dit : A house is not a home (qu'on pourrait traduire par Une maison ne fait pas un foyer). De toute évidence, A cabin is not a home, non plus ; Gary s'y prend aussi mal pour construire sa cabane que pour bâtir son couple. Au fil des années, il en est arrivé à envisager le mariage comme “a thing ill-conceived from the start, something that had made both their lives smaller.” “He didn't understand marriage. The gradual denial of all one desired, the early death of self and possibility. The closing of a life prematurely. But this wasn't true, he knew. It was only the way it seemed right now, during a bad time.”
    Pour Irene, la cabane est l'arme ultime que Gary a trouvée pour la punir de la vie qu'il mène depuis qu'il l'a épousée, comme s'il la tenait responsable de ses déboires et échecs à répétition. Elle se sent désespérément seule, dans son couple mais aussi au sein de sa famille. Autour d'elle, tout le monde se demande si ses migraines ne sont pas psychosomatiques, un moyen d'attirer l'attention sur elle. Pourtant, sa souffrance, insupportable, est bien réelle. David Vann parvient à faire endurer à son lecteur la douleur qui lui martèle les tempes, à éprouver la confusion qui nimbe son esprit, et ressentir encore plus intensément le sentiment de claustrophobie qui règne sur l'île. On se sent comme tomber dans un gouffre sans fond, une spirale sans fin.
    Alors, qu'est-ce qui la pousse à seconder son mari dans son entreprise ? Elle pourrait tout aussi bien le laisser se débrouiller, qu'il construise sa cabane tout seul. Sa relative passivité s'explique par le traumatisme qui a marqué son enfance, un drame familial qui la plonge depuis dans l'angoisse permanente de se voir abandonnée. Elle sent que si elle ne suit pas son mari, son couple va exploser et elle ne saurait supporter un nouvel abandon. Et pourtant, d'un côté comme de l'autre, le moindre échange est lourd de reproches, d'agressivité à peine masquée. C'est à qui poussera l'autre le plus loin dans ses retranchements, tant physiques que psychologiques.
    Confrontée à la débâcle de son couple, Irene s'imagine qu'une sorte de malédiction frappe sa famille, que le destin se répète de génération en génération : d'abord sa mère, puis elle et ensuite sa fille, Rhoda. Et il est vrai que Rhoda ne semble pas réellement épanouie par sa vie avec Jim, dentiste de dix ans son aîné. Espérant toujours qu'il la demande officiellement en mariage, elle consulte les brochures et rêve d'une cérémonie sur les plages d'Hawaï, loin de ce coin perdu d'Alaska.
    “Irene felt a strange calm then. Rhoda standing before her, worried, condescending, understanding nothing. And yet Rhoda was the person she was closest to in this world. She stepped forward and gave Rhoda a hug, held her tight. I'll only tell you this once she said quietly. I'm alone now.
    Mom.
    Shh. Just listen. If you don't wake up, you'll be alone like this too. Your life spent, and nothing left. And no one will understand you. And you'll feel so angry, you'll want to do far more than throw a bowl through a window.
    Rhoda pushed away. What the fuck, Mum.
    That's all I have to offer you. Just the truth.
    You're scaring me, Mom.
    Well maybe you're starting to understand.”
    De son côté, Jim ne montre aucun empressement à épouser la jeune femme. Bien au contraire, coureur de jupons patenté, il compte bien profiter des quelques années qui s'offrent encore à lui pour prendre du plaisir, notamment avec Monique, une jeune touriste venue en Alaska avec son copain Carl, qui se montrera une manipulatrice perverse.
    Gary, Jim, sans oublier Mark, les hommes ne sortent pas grandis de Caribou Island. Les femmes y sont plus sensées, plus fortes ; en un mot, plus adultes. Elles n'hésitent pas à se montrer critiques envers ces hommes immatures : Monique dit de Carl: “This was one of the things she liked about Carl. Given enough time, he could recognize shit. And unlike most men, he didn't persist in stupidity just because someone was watching.” De son côté, Rhoda s'interroge : “Why can't they just be men? Why do they have to become men?”
    Et puis, bien sûr, la nature est l'autre personnage central de Caribou Island. L'Alaska de David Vann n'est pas celui des paysages idylliques étalés pleine page dans les brochures touristiques. Ce n'est pas non plus cette terre vierge où Gary rêvait d'imprimer ses rêves et de bâtir sa vie. Chez Vann, les grands espaces sont dénués de toute poésie et se montrent tour à tour inhospitaliers, menaçants ou déprimants.
    “Alaska felt like the end of the world, a place of exile. Those who couldn't fit anywhere else came here, and if they couldn't cling to anything here, they just fell off the edge. These tiny towns in a great expanse, enclaves of despair.”

    J'ai retrouvé dans Caribou Island tout ce qui m'avait emballé dans Sukkwan island, en mieux, en plus puissant encore. Caribou Island est plus complexe, plus ample que Sukkwan island (qui n'était en fait qu'une des nouvelles du recueil Legend of a suicide, faisant officiellement de Caribou Island le premier roman de David Vann).
    Autour des deux figures centrales, Irene et Gary, d'autres personnages évoluent dans des intrigues parallèles. Les chapitres, courts, se succèdent, alternant les points de vue des différents protagonistes. La beauté du style est en totale opposition avec l'ambiance de regrets, de désillusions, de claustrophobie dans laquelle baigne tout le roman.
    Enfin, de la première à la dernière page, la tension ne faiblit pas, laissant le lecteur en alerte constante, redoutant que l'issue tragique qu'il sait, dès les premières pages, inéluctable, ne finisse par survenir.

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2011/02/19/Bleak-cabin
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 13         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 10 septembre 2011

    LiliGalipette
    L'Alaska est une terre des confins, là où les hommes s'échouent ou se relancent. Pour Gary, c'est la terre des échecs. Son mariage avec Irene est en péril, mais jamais le courage ne lui est suffisant pour partir. Son envie d'ailleurs s'incarne dans un rêve vieux de trente ans : une cabane, celle qui aurait dû construire depuis des années. « L'idée était de bâtir une cabane à l'ancienne. Sans assise en ciment, sans permis de construire. La cabane devenue simple reflet d'un homme, à l'image de son propre esprit. » (p. 73) C'est avec des rondins inégaux qu'il décide de bâtir son rêve sur Caribou Island, une île au milieu du Skilak. Il espère apaiser les regrets de toute une vie et surtout oublier l'échec de son couple. « Un réconfort élémentaire, eux deux, le besoin qu'ils avaient l'un de l'autre. Pourquoi n'était-ce pas suffisant ? » (p. 56) Irene ne croit pas à cette folie de bâtisseur. Motivée par une culpabilité mêlée de reproche, et bien que terrassée par d'incessantes et inexplicables migraines, elle choisit d'aider son époux dans son entreprise.
    Le couple monte un bivouac sur l'île et s'emploie à construire la cabane, se coupant peu à peu du reste du monde. « Presque un chariot de pionniers d'un nouveau genre, en route vers une nouvelle terre et la création d'un nouveau foyer. » (p. 17) Mais l'hiver est précoce et avec lui se précipitent les doutes froids et les haines pétrifiées. « Quand le lac commencerait à geler, il y aurait une longue période où aucun bateau ne pourrait effectuer la traversée, et la glace ne serait pas assez solide pour leur permettre de traverser à pied. Ils seraient isolés, sans aucun moyen de communication en cas de problème. » (p. 241) La cabane ne sera finalement qu'une tour de Babel : Gary échoue à renouer avec lui-même et tout n'est qu'inachèvement et incapacité. La fin de cette épopée nordique est dramatique, forcément, et éternellement figée dans des neiges mauvaises.
    Pendant ce temps Rhoda, la fille de Gary et Irene, court à perdre haleine après un idéal de vie de couple et de mariage. Mais son compagnon Jim, de dix ans son aîné, prend conscience que sa vie ne peut pas se limiter à une seule femme. Son accomplissement passera par la possession et l'expression d'une sexualité sans complexe. Et Rhoda s'engage dans une voie qui pourrait être sans issue, sinon fatale.
    L'intertextualité à l'œuvre dans ce texte est magique. Elle ressuscite les légendes et les épopées scandinaves tout en convoquant les accords parfaits de chansons inoubliables, qu'il s'agisse de «'Suzanne' de Leonard Cohen ou des harmonies des Beatles.
    Les éditions Gallmeister publient des œuvres qui s'inscrivent dans le courant du Nature Writing. Désolations est une magnifique expression de ce courant littéraire. Ici l'Alaska se livre entre immensités glaciales et territoires hostiles. Chacun des personnages part en quête d'une terre meilleure. Mais l'Alaska n'est pas l'El Dorado. Alors se pose une lourde question : peut-on vivre de rêves en Alaska ? La fin de l'été marque le crépuscule de certaines choses et l'on ne sait si ce qui suivra sera une hibernation avant un beau réveil ou une mort sans retour.
    Je n'ai pas lu le premier roman de David Vann, Sukkwan Island, prix Médicis en 2010. Pour autant, impossible de passer à côté de tout ce qu'on en a dit. D'aucuns se demandent si le second roman sera à la hauteur du premier. Après lecture du magistral Désolations, je me demande plutôt de quel chef-d'œuvre je me suis privée en ne lisant pas Sukkwan Island. David Vann a un talent certain pour dépeindre les tourments des âmes livrées aux éléments. L'Alaska ne semble plus si hostile quand on a jeté un regard dans le cœur de Gary ou d'Irene. À se demander comment une telle terre n'a pas pu apaiser tant de haines et de rancœurs réciproques. Mais la réponse n'est pas là et il n'est pas certain qu'elle existe. Désolations n'est pas une œuvre à clés : c'est une vue d'hiver à travers une vitre froide. de l'autre côté s'accomplissent des choses grandioses et auxquelles rien ne s'oppose.
    J'ai lu ce roman presque d'une traite. La plume de David Vann est hypnotique et elle trace dans les consciences des voies insoupçonnées, qu'on ne peut qu'emprunter au risque de s'y perdre.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 22         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par Arakasi, le 24 avril 2014

    Arakasi
    Après trente ans de mariage, trente ans de pénible vie commune ponctuée de crises et de tensions, Gary s’apprête à quitter Irène et cette seule idée la terrifie jusqu’au fond de l’âme. Elle a pourtant tout fait pour conserver son amour, a même accepté de s’installer avec lui des décennies plus tôt au bord du lac glaciaire Skilak en Alaska. Là, ils ont eu deux enfants maintenant adultes, ils ont vivoté, vieilli ensemble, mais tout cela n’a pas suffi à apaiser les frustrations de Gary, persuadé de mériter davantage : une meilleure vie, un meilleur travail et, bien entendu, une meilleure épouse. Dans un effort désespéré pour sauver son couple et éviter l’abandon, Irène consent à épauler son mari dans la mise en œuvre de sa dernière lubie, à savoir la construction d’une cabane sur l’île Caribou au centre du lac Skilak où Gary souhaiterait passer sa retraite au milieu de la nature. Mais l’hiver arrive rapidement et l’île ne tardera pas à être progressivement coupée du rivage, isolant Gary et Irène dans leur cocon de rancœur, d’amertume et de haine glacées. Impuissante à les aider et aveuglée par ses propres problèmes personnels, leur fille Rhoda observera de loin cette dramatique dégénérescence et s’avérera incapable de prévenir l’inéluctable.
    Au premier abord, l’intrigue de « Désolations » rappelle beaucoup celle de « Sukkwan Island », le premier roman de David Vann racontant l’odyssée tragique d’un père et de son fils cherchant à bâtir une cabane sur une île au sud de l’Alaska, au point que l’on peut s’inquiéter légitiment : Vann peinerait-il à renouveler ses intrigues ? Une inquiétude sans fondement, je tiens à la préciser tout de suite, car si les deux romans possèdent plusieurs thématiques en commun – l’affrontement entre l’homme et la nature, l’incapacité à communiquer, le pourrissement des liens familiaux, les ravages de la solitude et de l’isolement… – « Désolations » reste une œuvre indépendante et tout aussi digne d’intérêt que « Sukkwan Island ». Là où le roman précédent plaçait le lien père/fils au centre du récit, « Désolations » se concentre sur la dissection des relations de couple et de leur lente dégradation faite de déceptions réciproques, de promesses brisées et de malveillance refoulée. Le récit est également plus touffu et plus complexe que celui de « Sukkwan Island », mais tout aussi oppressant, réfrigérant et malsain. Sous la pellicule gelée de sentiments de plus en plus obscurs et sauvages, la violence rôde et menace d’exploser à chaque minute, malmenant horriblement les nerfs du pauvre lecteur. Brillant assurément, mais noir, noir, noir, tellement noir…
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 21         Page de la critique

  • Par chocobogirl, le 25 octobre 2011

    chocobogirl
    Irène et Gary, mariés depuis 30 ans, vivent en Alaska, au bord du lac Skilak. Un choix de vie qui s'est fait il y a 10 ans, pour se rapprocher d'un idéal de communion avec la nature. Pourtant, c'est une autre vie que le couple s'est construit. Gary s'est perdu dans bon nombre de projets inaboutis. Irène lui a donné 2 enfants, désormais adultes : Rhoda et Mark. Aujourd'hui, à l'heure de la retraite, Gary est pourtant décidé à mener la vie qu'il a toujours rêvé. Ils vont désormais vivre dans une cabane en bois sur une île isolée, au coeur de la nature. Il entraîne dès lors sa femme dans la construction de leur future habitation et s'acharne sur ce projet quelque peu utopique, de manière un peu égoïste et sans être vraiment préparé. Irène, dont le mal-être ne cesse de grandir, voit surtout dans cette entreprise une tentative de Gary de se séparer d'elle et se prête bien malgré elle au projet pour sauver son mariage.
    Après le formidable Sukkwan island, voici le génial Désolations ! Si ce dernier prend place lui aussi dans les paysages tourmentés de l'Alaska, David Vann fait preuve de renouvellement tout en y replaçant avec succès ses propres obsessions.
    On y retrouve une famille dont l'auteur prend plaisir à décortiquer les sentiments, les peurs, les espoirs, la folie même.
    Gary construit sa cabane envers et contre tout. Malgré le temps. Malgré sa femme. Malgré les problèmes qui ne manquent pas de se présenter faute de préparation suffisante. Son obstination est peu compréhensible, il donne l'impression de fuir quelque chose, de se prouver quelque chose, qu'il est capable d'aller au bout de sa volonté. Seul compte ce but qu'il s'est fixé, alternative à tous ses autres projets précédents qui n'aboutirent jamais.
    Irène est hantée par le suicide de sa mère, dont elle a découvert le corps pendu lorsqu'elle était enfant. Elle semble être une femme résignée qui s'accroche désespérément à son mari, qui ne le contredit pas par peur de le perdre. Depuis qu'elle s'est lancé dans la construction de la cabane, des migraines atroces viennent l'assaillir et aucun médicament ne semble faire effet.
    A leurs côtés, il y a pourtant leur fille Rhoda qui leur rend visite régulièrement, qui s'inquiète de leur absence, qui voit la détérioration de leur relation. Rhoda vit avec Jim, un dentiste fortuné qui lui offre tout le confort nécessaire. Mais sa relation avec lui ne la satisfait pas complètement. Jim semble de pas s'impliquer totalement. le mariage dont il parle reste un projet lointain. Son frère Mark vit avec Karen et continue de mener une vie insouciante : kart avec les copains, fumette entre amis. le sort de sa famille lui importe peu et il reste en retrait de tout ce qui la concerne.
    Dès le début, la tension est palpable. le couple Gary / Irène communique avec violence, s'envoie des piques régulières et réagit avec susceptibilité. Même le silence entre eux semble synonyme de reproches. Les maux de tête d'Irène ne font qu'accentuer la pression et Gary semble y prêter peu d'attention. Alors que Rhoda s'interroge de plus en plus sur sa vie avec Jim, ce dernier se laisse séduire par Monique, une amie de Mark venue passer quelques jours chez eux en compagnie de son petit ami Carl. La jeune femme est peu farouche et prête à utiliser ses charmes pour obtenir quelques faveurs sans débourser un centime.
    Vous l'aurez compris, cette famille, ces différents couples sont tous au bord de la rupture, de la faille. La tension que l'on ressent dès l'entrée en matière du roman ne fera que s'accentuer. Et le drame ne peut être bien loin avec David Vann.

    David Vann nous offre ici un roman encore plus abouti que son précédent. C'est à un véritable drame psychologique auquel nous allons assister. Les personnages sont tous extrêmement détaillés, leur propre individualité, leur propre peur ou espoir. Leur propre voix aussi : l'auteur utilise 7 narrateurs différents et le procédé nous permet de pénétrer leur inconscient encore plus profondément. Pourtant le trait commun de tous, c'est une certaine peur de la solitude. Gary semble fuir les hommes, Irène craint l'abandon de son mari à l'image de celui de sa mère, Rhoda semble se satisfaire d'une relation bancale pour éviter un célibat peu enviable, Mark s'enferme dans son insouciance pour mieux se protéger des autres, Carl très amoureux refuse de voir la trahison de Monique. La solitude semble être la situation ultime à éviter à tout prix. Quitte à faire des compromissions, à trahir ses proches ou même trahir ses propres aspirations.
    Le mariage ou le couple est vu, non pas comme une alliance amoureuse, mais plutôt comme un rempart à la solitude. Et c'est un constat très amer qui ressort du mariage à l'issu du roman.

    Désolations est un livre véritablement désenchanté qui s'attache à montrer le côté sombre en chacun de nous.
    La terre d'Alaska, synonyme de pureté originelle, de retour à un état de nature simple et harmonieux, s'avère ici le miroir réfléchissant de leur propre lâcheté. Vu sous un jour menaçant, elle n'est pas l'antre hospitalière que l'on veut bien nous faire croire. Elle ne fait qu'accentuer ou souligner nos propres sentiments, bons ou mauvais.
    Il sera aussi ici question d'héritage et de transmission. POur Irène, l'histoire se répète inlassablement, de générations en générations. Elle tente de mettre en garde sa fille contre l'illusion confortable du mariage, elle veut briser le cycle des déceptions. Mais pour Rhoda, ce n'est que l'expression désespérée d'une femme malheureuse dans son propre couple.
    Désolations se révèle véritablement un roman puissant et déchirant qui vous emmène au coeur de l'âme humaine et vous retourne par un final extrêmement fort qui, s'il ne m'a pas étonné, m'a complètement pris au dépourvu.On y retrouve les thèmes de l'auteur : la famille, le manque de communication entre ses membres, la solitude, la folie, le suicide et la mort. Des obsessions que David Vann réussit à transcender ici avec brio pour donner un roman universel sur la désillusion des hommes.
    Un roman indispensable !

    Lien : http://legrenierdechoco.over-blog.com/article-desolations-david-vann..
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 14         Page de la critique


Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Hubert Artus pour le Magazine Littéraire

    Prix Médicis étranger 2010 à la surprise générale avec Sukkwan Island, David Vann représente l’un des événements de cette rentrée avec son d... > lire la suite

    Critique de qualité ? (3 l'ont appréciée)

Critiques presse (8)


  • LaPresse , le 28 novembre 2011
    «Le dernier territoire à conquérir» - c'est la devise de l'État de l'Alaska. Ces mots évoquent un pays sauvage, où l'homme - et la femme, parfois - peut se mettre à l'épreuve, se réinventer, oublier son passé. C'est un peu la Californie, version froide, et Dieu sait que les Américains se ruent vers la chance de refaire leurs vies dans un paysage nouveau.
    Lire la critique sur le site : LaPresse
  • Lexpress , le 12 octobre 2011
    David Vann se détourne du minimalisme de Sukkwan island, mais instaure le même climat d'angoisse et continue d'exploiter ses obsessions (la famille, l'homme face à la nature et à la mort). Les fils du récit se resserrent aussi sûrement que les maux de tête d'Irène s'amplifient et que les impasses se referment sur les personnages.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Telerama , le 21 septembre 2011
    Observateur aigu, d'une précision cruelle, Vann traque le moindre détail, passant avec la même aisance de l'intime à l'immensité éblouissante du paysage dans lequel évoluent les personnages.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • LeSoir , le 19 septembre 2011
    David Vann n'est pas un humoriste. Mais il possède l'art de sonder les cœurs et les esprits jusqu'à y mettre en évidence les sentiments les moins avouables, ceux que les personnages ne s'avouent pas à eux-mêmes.
    Lire la critique sur le site : LeSoir
  • LeFigaro , le 16 septembre 2011
    Mécanique parfaitement huilée, rythme soutenu, dialogues qui font mouche: David Vann explore les âmes avec une rare cruauté et un talent qui nous laisse sans voix.
    Lire la critique sur le site : LeFigaro
  • Actualitte , le 15 septembre 2011
    Une atmosphère noire et glaçante. On ne sort pas indemne d’une telle lecture ; il n’y a pas d’échappatoire possible, la souffrance est bien réelle. Un livre qui fait mal, soulève tant d’émotions et de remises en question qu’il fait vaciller le lecteur tout entier.
    Lire la critique sur le site : Actualitte
  • LesEchos , le 13 septembre 2011
    Le jeune écrivain américain remue des eaux tout aussi noires, celles qui se perdent sous les glaciers d'un monde à la dérive. Que la nature est belle, mais froide, sous sa plume !
    Lire la critique sur le site : LesEchos
  • Lexpress , le 03 août 2011
    Révélé l'année dernière par Sukkwan Island - prix Médicis et prix des lecteurs de L'Express 2010, près de 140 000 exemplaires vendus -, l'Américain David Vann signe avec Désolations un deuxième roman tout aussi impressionnant, livre magistral sur l'amour et la solitude.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

> voir toutes (64)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par MissVio, le 16 août 2014

    Pour Gary, cette représentation était scandinave, liée à ses études, à Beowulf et au « Seafarer », une société guerrière traversant les mers peuplées de baleines jusqu’aux fjords de terres inconnues et accostant dans de petits villages de pêcheurs repliés sur eux-mêmes. Des hameaux de maisons en bois aux toits pentus construits au bord de l’eau, qui n’avaient pas de nom pour le monde extérieur. Ces villages nichés dans d’étroites baies au sud-est de l’Alaska, entre des montagnes de mille ou mille trois cents mètres d’altitude qui semblaient jaillir du rivage. Vus du large, ils semblaient inhabités, des villes fantômes, reliques des temps miniers, du commerce des fourrures ou d’une époque plus ancienne encore. Ce que Gary voulait vraiment, c’était ce village imaginaire, ce retour à une ère idyllique où il pourrait avoir un rôle, une tâche définie, forgeron, boulanger ou barde .C’était ce qu’il voulait être, le « créateur », celui qui chantait l’histoire d’un peuple, l’histoire d’un lieu, ce qui ne faisait qu’un au final.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 0         Page de la citation

  • Par pile, le 11 octobre 2011

    Rhoda comprenait désormais comment le mariage pouvait donner une impression de solitude. Un nouveau sentiment qu’elle ne pouvait pas vraiment décrire, ni même cerner. Quelque chose aux confins de son esprit, quelque chose qui lui déplaisait. Elle imaginait de longues périodes pendant lesquelles ils ne se diraient pas grand chose, évolueraient chacun de leur côté dans la maison. Et elle se demanda si les enfants arrivaient à ce moment-là. Avoir un enfant apportait un nouveau centre d’intérêt commun, un nouveau centre d’attention, un endroit pour leur permettre de se retrouver, tous les deux. Peut-être devait-il en être ainsi ? On se consacrait l’un à l’autre jusqu’à décider de se marier, puis on se consacrait ensemble à quelqu’un d’autre. Et que se passait-il ensuite, quand vos enfants avaient grandi, qu’ils étaient partis ? A quoi fallait-il alors se consacrer ? Il y avait quelque chose de terrifiant, à l’idée de ne pouvoir se consacrer à rien. Votre existence ne pouvait jamais être simplement ce qu’elle était. C’était effrayant. personne n’avait envie de cela.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 8         Page de la citation

  • Par InColdBlog, le 28 février 2011

    The wind and rain formed a roar, against which Irene could bear no other sound. She walked mute, found the bow, placed her log, turned and walked back, no longer hunched. There was no dry part left to save. She was soaked through.
    Gary walked past her a kind of bird man, his arms curved out like wings first opening. Trying to keep his wet shirt away from his skin? Or some instinctive first response to battle, readying his arms? When he stopped at the truck bed, water streamed off the end of his nose. His eyes hard and small, focused.
    Irene moved in close. Should we stop? She yelled over the roar.
    We have to get this load out to the island, he yelled back, and then he pulled another log, so Irene followed, though she knew she was being punished. Gary could never do this directly. He relied on the rain, the wind, the apparent necessity of the project. It would be a day of punishment. He would follow it, extend it for hours, drive them on, a grim determination, like fate. A form of pleasure to him.
    Irene followed because once she had endured she could punished. Her turn would come. And this is what they had done to each other for decades now, irresistibly. Fine, she would think. Fine. And that meant, just wait.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 6         Page de la citation

  • Par Arakasi, le 01 mai 2014

    Carl cherchait les poissons, sentait qu'il comprenait comment quelqu'un pouvait passer sa vie en mer. Ce n'était pas pour l'argent, ni par désespoir. C'était pour le mystère. Se demander ce qu'il y avait sous la surface, ce qu'il y avait dans le filet. Peut-être n'avaient-ils rien attrapé, peut-être avaient-ils pêché des centaines de saumons. Ils pouvaient tout aussi bien avoir pris dans leurs filets une créature marine bien plus grosse. On finissait par croire aux monstres marins, dès lors qu'on possédait un chalut assez grand. L'océan, une immensité, et ils n'en capturaient qu'une infime partie.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 11         Page de la citation

  • Par Morgouille, le 25 octobre 2011

    Elle refusait toujours de le regarder et Gary sentit presque qu’il aurait dû faire un effort en cet instant, dire quelque chose pour combler la distance, faire la paix. Peut-être s’excuser pour la nuit dernière, pour lui avoir dit qu’il pensait mériter une meilleure épouse qu’elle. Mais elle l’avait attaqué la première et il n’avait pas vraiment envie de faire un effort. Il se sentait frigorifié. Il pensa pour une étrange raison à Ariane et au passage de Catulle où dans le cœur de sa promise gît un labyrinthe de chagrin, peut-être parce que les épaules d’Irene étaient voûtées. Il ne voyait pas son visage, mais à la voir scruter ainsi la neige, tout semblait perdu. Il ne se souvenait pas des vers en latin. Ariane regardait Thésée prendre la mer sur son navire, l’abandonner tout comme Énée le ferait avec Didon, et comme Gary envisageait, depuis des années, sans doute même des décennies, de le faire avec Irene. Le temps était peut-être venu de laisser mourir leur mariage. Cela vaudrait peut-être mieux pour tous les deux. Une union mal assortie dès le départ, quelque chose qui avait amoindri leurs existences. Difficile de savoir ce qui était vrai. Une part de lui-même voulait s’excuser, l’entourer de ses bras, lui dire qu’il n’avait qu’elle au monde, mais ce n’était qu’un réflexe, une habitude à laquelle il ne fallait pas se fier.
    Je vais scier des rondins, dit-il.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 4         Page de la citation

> voir toutes (24)

Videos de David Vann

>Ajouter une vidéo
Vidéo de David Vann

David Vann - Impurs .
A l'occasion du salon des livres de poche "Lire en Poche" 2013, David Vann vous présente son ouvrage "Impurs" aux éditions Gallmeister. Traduit de l'américain par Laura Derajinski. http://www.mollat.com/livres/vann-david-Impurs-9782351780619.html Notes de Musique : These Animals 01 Side By Side - freemusicarchive.org








Sur Amazon
à partir de :
15,00 € (neuf)
8,99 € (occasion)

   

Faire découvrir Désolations par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (429)

> voir plus

Quiz