" Je ne puis sans souffrir offenser un homme, fût-il mon ennemi. "
À elle seule cette phrase de l'auteur souligne le sens de ce récit, à la fois sobre et puissant, écrit par Vercors au cours de l'été 41 tandis que la deuxième guerre faisait rage. Ce petit volume d'une centaine de pages à peine n'en est pas moins le condensé d'une bataille poignante de tristesse : la bataille du silence ; la résistance passive, âpre et douloureuse, des pacifiques dans l'affirmation de leur dignité.
Pour faire vivre cette lutte intimiste, Vercors campent trois personnages aussi fouillés que réalistes :
L'oncle, le narrateur témoin du drame.
La nièce pure, entière et par trop consciente de son devoir patriotique, elle ressemble à une héroïne tout droit sortie d'un drame shakespearien.
Enfin, le bel officier allemand, antinazi comme l'étaient bon nombre d'officiers de la Wehrmacht, musicien courtois et sensible, homme d'honneur.
Pétri de culture française, Werner von Ebrennac ne se conduit pas comme une brute. Par bien des aspects, cet homme cultivé se montre au contraire digne de respect et c'est bien là le malheur pour l'oncle et la nièce contraints d'accueillir l'ennemi sous leur toit. (Les deux protagonistes que sont l'oncle et la nièce ne sont évidemment pas sans suggérer la France occupée, cette France qui pour Vercors s'était montrée indigne en signant l'armistice du 22 juin 1940.)
Et oui, les longs monologues du bel officier vont finir par semer le trouble dans l'esprit et le cœur de la belle résistante. Son vieil oncle, superbement incarné à la télévision par
Michel Galabru cela dit en passant, lui non plus, ne résistera pas au raffinement discret de son "invité". La scène est plantée. le silence occupe tout l'espace mais quel silence ! Les regards se frôlent, se croisent, s'apprivoisent, les gestes s'émeuvent, les attitudes de chacun en disent infiniment plus long que tous les discours…
Et là, sous le calme de la mer, la force des émotions se déchaîne !
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