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ISBN : 2707343072
Éditeur : Editions de Minuit (03/01/2017)

Note moyenne : 4.68/5 (sur 19 notes)
Résumé :
Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d'être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l'ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d'investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer.
Encore faut-i... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
07 janvier 2017
  • 5/ 5
Premier coup de coeur 2017 !
L'article 353 du Code de Procédure pénale permet d'en appeler moins aux preuves qu'à la conscience des juges et jurés de la cour d'assise, en somme se fier à l'intime conviction .
Un village du Finistère nord, les années 90.
Suite à une arnaque immobilière, Martial Kermeur jette à l'eau Antoine Lazenec durant une partie de pêche. Lazenec se noie, Kermeur est arrêté.
Face au juge il déroule tout le film de sa vie qui l'a mené là. Son licenciement de l'arsenal, le départ de sa femme et l'apparition de Lazenec, "amené par la providence".......et comment il s'est fait " avoir en beauté ".
J'ai été saisi par le mode d'expression puissant de Kermeur, se souvenant, racontant et analysant ce film où il voit progressivement se développer la vérité et l'inéluctable fin . Des expressions et métaphores improvisées sur le moment, langage d'un homme simple, tout sauf un intellectuel, (....au fond, plus vous faites une chose absurde et plus vous avez de marge de manoeuvre, parce que l'autre en face, l'autre, tant qu'il n'a pas mis ça dans sa machine à calculer à lui, tant qu'il n'a pas fabriqué une petite machine à lui pour domestiquer l'absurdité, il est paralysé"), face à un juge qui, lui emploie la langue officielle, celle du code pénal.
Ce face à face,où Kermeur voit le juge en psychologue, va l'aider à " tout déterrer jusqu'à la poussière des os" et à faire de la lumière sur le cours des choses ("Peut-être même, la lumière, c'est vous, j'ai dit au juge, peut-être vous aimantez mes souvenirs et vous les faites tourner en moi comme des anneaux autour de Saturne.").
Un livre qui touche à la question fondamentale de la justice naturelle qui ne tombera peut-être jamais ou l'injustice qui ne sera jamais réparée.
Un livre au langage foisonnant avec une note politique dans le fond et l'humour en bonus, que je ne voudrais pas analyser plus, car rien ne vaudrait sa découverte par vous-même.
Un vrai plaisir de lecture , le meilleur que j'ai lu de lui !

C'est toujours une certaine forme d'ignorance qui produit des pensées neuves.( Tanguy Viel )
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michfred
08 janvier 2017
  • 5/ 5
« Il m'avait laissé seul à seul avec la parole, avec le désordre de la parole et mille pensées s'embouchant comme dans un entonnoir dont, peut-être, il essayait de comprendre les lois internes de sélection »
C'est ça, exactement ça, le dernier livre de Tanguy Viel : il nous laisse seul avec le désordre de la parole. La parole d'un homme.
Celle de Martial Kermeur, un rude finistérien, ancien ouvrier de l'arsenal de Brest qui a tout perdu dans une arnaque immobilière : sa femme, l'admiration de son fils, son vieil ami, sa prime de licenciement substantielle, sa propre estime de soi.
Martial Kermeur, un brave homme - un homme brave qui après tous les coups subis relève la tête, part en mer avec le responsable de tous ces malheurs et le tue.
Martial Kermeur, un meurtrier. Un meurtrier qui se livre sans détour à son juge. Martial Kermeur, un homme bouleversant.
Toute la puissance, toute la force du livre est dans cette parole libre, bousculée, anarchique, parfois labyrinthique.
Une parole qui dit la Bretagne désolée par le chômage et le gros temps, la Bretagne venteuse et maritime des pêcheurs de la presqu'île, la Bretagne des petites gens qui sont aussi de grandes âmes, la Bretagne des taiseux qui soudain se dénouent à coup de whisky, la Bretagne des hommes rudes soudain attendris par le regard d'un enfant, la silhouette d'une femme aimée, le désespoir d'un vieux copain.
On est capté, pétrifié par la justesse des images. Par cette remarque sur la rade de Brest : « on sent qu'on peut y perdre son âme, en tout cas qu'elle glisse sans mal dans les branches des arbres, dans le camaïeu de vert qui borde l'eau et les murets de pierre, qu'elle est prête à se perdre dans l'étendue plane et les dunes pierreuses qui hésitent où finir »
Ou par cette formule lapidaire : « En un sens, la rade, c'est l'océan moins l'océan ».
Par la qualité de l'observation : ainsi celle des mouettes, guetteuses insatiables de poubelles qui obligent les finistériens à dormir jusqu'à l'aube avec leurs ordures.
Par de rares moments d'ironie gouailleuse : « je pouvais voir sa voiture de sport qui brillait dans le soleil puisque oui, voyez, il y avait du soleil – il y a du soleil ici quelquefois »
Mais là où cette parole libre atteint des sommets c'est quand elle s'attarde sur la communication entre les êtres. Ainsi quand Kermeur évoque un dialogue plein de non-dits entre lui et son fils : « Dans le silence on partageait bien assez nos pensées, quand le langage lui-même est inutile, puisqu'il n'y a rien de plus à dire, rien de plus à comprendre, du moins si comprendre c'est faire une phrase qui justement s'articule et s'éclaire avec des « donc » et des « alors » , mais non, comprendre là-dedans, j'ai dit au juge, c'est plutôt ressentir profondément, là, oui, là, et alors j'ai mis le doigt non pas sur le coeur, non pas sur le front, mais sur l'estomac, là, en dessous du plexus, oui, là, comprendre, ça fait une douleur que les hommes je vous jure, connaissent depuis l'Antiquité, sans trop savoir jamais si ça brûle ou pique ou détruit ».
Je peux relire cent fois des phrases comme celle-ci : elles me terrassent par leur force, leur opiniâtreté, revenant, insistantes et modestes à la fois, frapper où ça fait mal et où ça sonne juste. Pas besoin de « donc » et de « alors » pour être convaincu, atteint, bouleversé.
L'autre force du récit est que le lecteur s'identifie au personnage quasi muet du juge, dont parfois Kermeur, reprenant haleine, transcrit les rares propos, note les gestes ou les réactions.
Comme le lecteur, l'homme de loi reçoit cette parole brute qui n'est jamais une parole de brute, il écoute et se fait son intime conviction- comme le lui recommande l'article 353 du code civil.
Un face à face extraordinaire, qui fait du lecteur un juge en puissance. Une immersion dans la langue, le coeur, la pensée le « là » -coup sous le plexus- d'un homme, d'un homme brave, d'un homme vrai.
Un tour de force. Un très grand livre !



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Renod
15 janvier 2017
  • 4/ 5
Ami lecteur, il t'est demandé de prendre la place d'un juge d'instruction le temps d'une lecture. Installe toi dans ce siège au cuir usé (le budget de la Justice, tu sais...). Tes bibliothèques débordent de codes aux couvertures rouges, ton bureau est couvert de dossiers qui dégueulent de pièces, rapports, interrogatoires et enquêtes… Un homme se tient face à toi, prostré. Il se nomme Martial Kermeur. Les faits sont simples, le suspect a tout avoué : au cours d'une sortie en mer sur un bateau de pêche, il attrapé Antoine Lazenec - le propriétaire du bateau - et l'a jeté à la mer, avant de prendre le large. Il a tranquillement regagné le port et est rentré chez lui. le cadavre de Lazenec a mis un peu plus de temps à revenir, mais les courants l'ont aidé à regagner la côte. Et ça, ça interpelle la justice française que tu incarnes et du coup, un nouveau dossier intitulé « Kermeur » (c'est écrit en gros au marqueur noir) s'est ajouté aux autres sur ton bureau.
Ce roman est une longue confession. Kermeur rend compte de ses dépositions au juge. On suit les méandres de sa pensée intérieure qui lui ont permis de se comprendre et qui nous permettront de le « juger ». Son récit fait part de ses projets brisés, de ses convictions perdues, d'une dignité enfouie sous une somme de démissions et d'abandons. Il décrit la figure de Lazenec, un escroc qui grâce à son aplomb et son obstination va détruire les vies de plusieurs hommes et d'un village du Finistère. Parfois, la victime est un salaud...
Le texte est « mauvigniesque ». le personnage qui se confesse se construit dans son récit. Il hésite, précise, répète. C'est une pensée qui se verbalise, raconter lui permet de comprendre, de fixer ses idées et de reprendre le contrôle de sa vie. Tanguy Viel parvient à retranscrire en quelques phrases la lente déchéance d'un homme simple qui va perdre sa dignité, l'emprise qu'un homme va patiemment prendre sur un autre, la communication devenue impossible entre un père et son fils, le flou qui endort un esprit, l'échec qui plombe une vie, l'alcool qui noie l'esprit dans l'inertie. Mais aussi une tension qui se fait chaque jour plus forte et qui n'aura d'autre issue que l'irréparable.
J'ai aimé que le roman ait pour cadre la ville de Brest. Le décor se compose de la rade, d'une presqu'île, du «Stade», de l'Arsenal, des lieux qui parleront aux gens du cru.
S'il appartiendra finalement au juge du roman de décider du sort de Kermeur, toi, lecteur, tu pourras méditer sur la justice des hommes et apprécier la lourde tâche des magistrats ou des jurés qui doivent juger un des leurs, un des nôtres, en fonction de leur "intime conviction".
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242
14 janvier 2017
Dans mon enfance (et peut-être la vôtre), on (se) racontait la devinette de Pincemi et de Pincemoi sur un bateau. Pour rappel, Pincemi et Pincemoi sont sur un bateau. Pincemi tombe à l'eau. Qui l'a poussé ? Pincemoi. Ouillle, ouille,… Mais pourquoi Pincemi et Pincemoi sont sur un bateau ? Mais pourquoi Pincemi pousse Pincemoi à l'eau ?
Article 353 du code pénal est la version et la résolution parisiano-brestoise de cette devinette. Sauf que chez Tanguy Viel, c'est Pincemoi (Antoine Lazenec) qui tombe à l'eau, c'est Pincemi (Martial Kermeur) qui l'a poussé à force d'avoir été pincé (doux euphémisme pour caractériser ce que Pincemoi fait subir à Pincemi) et c'est la raison pour laquelle Pincemi a poussé Pincemoi (ce que l'on ne sait pas dans la devinette de notre enfance et qui me posait problème) qui fait l'intérêt du livre de Tanguy Viel (d'une certaine façon, il propose une lecture de la devinette à la manière de Pierre Bayard dans sa relecture du mystère de Roger Ackroyd en rétablissant les rôles entre Pincemi et Pincemoi.
En quelques 180 pages, Tanguy Viel « oppose » Martial Kermeur au juge qui l'auditionne pour qu'il lui explique les raisons de son acte. Dans cette espèce de face à face, Kermeur va donc s'expliquer tout en parlant de ses relations avec son ex-femme, avec son fils - il y a de très belle lignes/pages sur l'amour d'un père pour un fils et réciproquement, de ce qu'un fils comprend ou ne comprend pas de son père, de ce que celui cache à son fils et ne devrait pas, … - , de la vie dans la rade, des licenciements à l'arsenal, de la vie en province, … - j'aurai aimé que la ville de Brest constitue un personnage plus important du livre pour ma part.
Article 353 du code pénal est mon deuxième Tanguy Viel - le premier était Paris-Brest dont j'avais écouté une lecture d'extraits par un conférencier au cours d'une balade vespérale dans Brest et qui m'avait été fortement recommandé à la librairie Dialogues. Cette deuxième lecture a été un vrai plaisir de lecture (avec peut-être un bémol sur la fin*) et cela en grande partie par l'écriture de Tanguy Viel : dans ce texte - je n'avais pas eu la même impression avec Paris-Brest -, j' ai retrouvé de longues phrases à la Thomas Berrhnard - un auteur que j'affectionne -, des phrases dans lesquelles la ponctuation est décisive au lecteur pour respirer, pour surnager.
À lire donc pour moi et cela d'autant en plus que Tanguy Viel éclaircit les mystères de mon enfance concernant la devinette de Pincemi et de Pincemoi.
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gilles3822
07 janvier 2017
  • 4/ 5
Peu de critiques sur ce livre, bijou d'intensité dramatique, ici, on ne joue pas, monsieur, on vit et on meurt au rythme des saisons, toutes pareilles dans ce bout du monde battu par les vents. Pour paraphraser Audiard, je dirai: un salaud, ça ose tout, c'est même à ça qu'on le reconnaît. Il faut croire qu'au manque d'humanité, vous pouvez y rajouter un manque de lucidité, une fatuité et un mépris à nul autre pareil.
Je l'ai tué, mais que pouvais-je faire d'autre, au bout du bout de l'abjection, il n'y a que la mort, l'élimination pour des types de ce genre et, monsieur le juge, vous auriez fait quoi à ma place ?
Tout est là, dans l'interrogation, au bout de l'histoire, il va faire quoi le juge, après l'écoute lancinante de la souffrance rentrée d'un homme, être humble et simple dans ses questionnements ?
Chez ces gens-là, monsieur, on ne triche pas, non, on ne triche pas...
Superbe.
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Les critiques presse (5)
LaLibreBelgique10 janvier 2017
Ce roman est fort comme un conte de 2017, comme une parabole.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Bibliobs06 janvier 2017
Un polar social diabolique, doublé d'une confession chabrolienne.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Culturebox06 janvier 2017
Un roman d'une intensité inversement proportionnelle à la sécheresse de son titre. L'un des romans à ne pas rater de cette rentrée d'hiver.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LesEchos04 janvier 2017
Embrouilles et brouillard sur la rade de Brest.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Telerama04 janvier 2017
La confession d'un ouvrier breton floué par la vie et conduit à l'irréparable. Puissant roman d'un auteur passé maître dans l'usage de toutes les nuances de gris.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations & extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
julienleclerc45julienleclerc4518 janvier 2017
Et puis donc, la police, l’arrestation, tout s’est passé calmement. Ils ont usé des formules qu’on use dans ces moments-là. J’ai pris mon manteau à l’entrée et je les ai suivis sans rien dire. Je crois que c’est à ce moment-là qu’il a commencé à pleuvoir un peu, une bruine sans vent qui ne fait pas de bruit quand elle touche le sol et même enveloppe l’air d’une sorte de douceur à force de pénétrer la matière et comme la faisant taire. Là, en même temps que je présentais mes poignets aux policiers comme si c’était une vieille habitude, j’ai jeté un dernier regard autour de moi, vers la terre abîmée, la mer en contrebas. Je me suis dit que désormais j’aurai le temps de la regarder, la mer, depuis les fenêtres de ma cellule. Puis les deux flics m’ont poussé à l’arrière du fourgon et ils m’ont fait asseoir sur le banc de plastique collé à la tôle. Là, je me souviens, dans l’inconfort de la camionnette qui traversait le pont, sursautant à chaque nid-de-poule de la route fatiguée par le poids des remorques et des bateaux de dix tonnes, là, par la vitre arrière qui accueillait la bruine, on aurait dit que le ciel essayait de traverser le grillage pour se mettre à l’abri lui aussi, et ça faisait comme un rideau de tulle qu’on aurait posé sur la ville et qui ressemblait à notre histoire, oui ça ressemble à notre histoire, j’ai dit au juge, ce n’est pas du brouillard ni du vent mais un simple rideau indéchirable qui nous sépare des choses.
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RenodRenod15 janvier 2017
(...)moi non plus je n’ai pas tourné la tête d’un centième vers lui quand dans le silence on partageait bien assez nos pensées, quand le langage lui-même est un luxe inutile, puisqu’il n’y avait rien de plus à dire, rien de plus à comprendre, du moins si comprendre c’est faire une phrase qui justement s’articule et s’éclaire avec des « donc » et des « alors », mais non, comprendre là-dedans, j’ai dit au juge, c’est plutôt ressentir profondément, là, oui, là, et alors j’ai mis le doigt, non pas sur le cœur, non pas sur le front, mais sur l’estomac, là, en dessous du plexus, oui, là, comprendre, ça fait une douleur que les hommes, je vous jure, connaissent depuis l’Antiquité, sans trop savoir jamais si ça brûle ou pique ou détruit.
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Myrtille88Myrtille8815 janvier 2017
Les contrats, Kermeur, c'est comme le mariage, ça sert en cas de divorce. [...] Alors, en repartant de là une heure plus tard avec mon acte de vente signé et tamponné, c'était comme si j'avais eu le saint suaire authentifié par le Christ en personne. (p. 91)
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RenodRenod13 janvier 2017
Peut-être que la mémoire ce n’est rien d’autre que ça, les bords coupants des images intérieures, je veux dire, pas les images elles-mêmes mais le ballottement déchirant des images à l’intérieur de nous, comme serrées par des chaînes qui les empêchent de se détacher, mais les frottements qui les tendent et les retiennent, ça fait comme un vautour qui vous déchire les chairs, et qu’alors s’il n’y a pas un démon ou un dieu pour vous libérer, le supplice peut durer des années.
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FromtheavenueFromtheavenue14 janvier 2017
Maintenant je sais, monsieur de juge, je sais comment on transmet tant de mauvaises choses à un fils, si sous l'absence des phrases il y a toujours tant d'air chargé qui va de l'un vers l'autre, selon cette porosité des choses qui circulent dans une cuisine le soir quand on dîne l'un en face de l'autre, et que peut-être, dans la trame des jours qui s’enchaînent, tous ces repas où il m'a raconté sa journée de collège et le métier qu'il voudrait faire plus tard, tous ces soirs où je ne l'écoutais pas vraiment, cela, croyez-moi, ça travaille comme une nappe phréatique qui hésiterait à trouver sa résurgence. Et vous, père en forme de rocher absent, ce n'est pas la peine d'essayer de mentir, ce n'est pas la peine de dire "si, bien sûr, je t'écoute" parce qu'il sait, n'importe quel enfant sait parfaitement si on n'écoute pas, si on refait à l'infini je ne sais pas quelle boucle dans son esprit, comme une vitre devant les yeux, qui vous sépare du monde et alors, à mesure que votre pensée a l'air de vous emmurer, votre enfant, vous ne le savez pas encore, vous l'abandonnez sur place.
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