ISBN : 2709630400
Éditeur : Jean-Claude Latt (2009)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 275 notes) Ajouter à mes livres
Chaque jour, Mathilde prend la ligne 9, puis la ligne 1, puis le RER D jusqu’au Vert-de-Maisons. Chaque jour, elle effectue les mêmes gestes, emprunte les mêmes couloirs de correspondance, monte dans les mêmes trains. Chaque jour, elle pointe, à la même heure, dans une ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par caro64, le 26 janvier 2010

    caro64
    L'intrigue se déroule sur une seule journée : le 20 mai, date cruciale pour deux êtres en bout de course.
    Mathilde, la quarantaine, mère de trois garçons, attend cette date « comme une vague promesse, suspendue au-dessus du vide », suite à sa visite chez une voyante, démarche considérée comme inconcevable auparavant. L'après, ce sont ses certitudes et son assurance balayées, conséquence d'une banale réunion de travail à la fin du mois de septembre. Après avoir osé défier Jacques, son supérieur, face à un intervenant plus charismatique que lui, elle subit une descente aux abîmes, « un lent processus de destruction ».
    Parallèlement , Thibault, médecin urgentiste, décide de mettre fin à sa liaison avec Lila, femme insaisissable qui ne peut et ne sait aimer. Outre ce désert affectif, il subit l'enchaînement des gardes et des patients anonymes. Une fatigue physique et mentale qui l'enserre doucement. Pourtant, il aurait pu connaître un sort ddes plus enviables en restant médecin à la campagne, comme ce fut le cas pendant quatre ans. Mais Thibault « voulait la ville, son mouvement, l'air saturé des fins de journées ». Il est désormais victime de violence.
    Se rencontreront-ils ? Rien de prévisible dans ce roman !
    Delphine de Vigan nous immerge dans la vie de ses personnages en rendant leur univers très réaliste et palpable : l'empathie pour Mathilde et Thibault est immédiate. Ce sont deux êtres cassés, mais encore debout malgré tout.
    L'auteur aborde la souffrance au travail, thème encore peu visité en littérature et pourtant bien inscrit dans notre société, avec les humiliations quotidiennes de manière presque analytique.
    Avec une grande justesse, elle démolit la ville, ce « mensonge assourdissant » mais aussi l'entreprise, « lieu de prédation, de démystification ». Elle décrit les rouages d'un monde empoisonné par la solitude.
    J'avais beaucoup aimé No et Moi et ce dernier roman de Delphine de Vigan ne m'a pas déçue. Je l'ai pratiquement lu d'une traite, tellement il est facile à lire. Il est prenant, attachant mais noir, si noir… sans toutefois tombé dans le pathos.
    Un roman de société tranchant, parfaitement maîtrisé ! A lire !!!
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    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par liliba, le 04 décembre 2011

    liliba
    Les heures souterraines, ce sont ces heures dont Mathilde a honte. Ces heures qu'elle cache à son entourage, sa famille, ses amis. Ces heures qui la minent, pourtant. Ce sont les heures qu'elle passe à ne rien faire au bureau, reléguée en fond de couloir près des toilettes, dans un local sans fenêtre ni ordinateur, parce qu'un jour elle a osé émettre un avis légèrement différent de celui de son patron en réunion. Il ne l'a pas supporté et insidieusement, les choses se sont dégradées sans que Mathilde ne puisse rien faire pour inverser cette spirale. Brimades, perversions, mises en scènes, mensonges et calomnies, c'est bien de harcèlement moral dont il s'agit ici, mais dont le nom ne sera jamais écrit noir sur blanc par l'auteur.
    Alors Mathilde, au bout du rouleau, hante le métro et ses couloirs, ainsi que le RER qu'elle prend pour son long trajet vers son bureau. Elle vit comme un automate, n'arrive plus à penser, réfléchir. Elle ne dort plus, ne mange plus, ne parle plus non plus. Elle ne sait pas à qui s'adresser, elle a l'impression d'être seule contre tous, alors elle se terre en elle-même, dont elle devient l'ombre.
    En parallèle, nous faisons la connaissance de Thibault, un médecin urgentiste parisien, qui passe ses nuits à sillonner la ville pour aller de détresse en détresse. A trop s'occuper des autres, Thibault se retrouve seul, et cette solitude lui pèse douloureusement.
    On se demande s'il vont se rencontrer, si ces deux êtres écorchés, malheureux vont pouvoir se rejoindre et tenter, à deux, de remonter la pente, renouer avec le monde, trouver en l'autre du courage pour supporter leur situation, et même tenter de la modifier. « Mais les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dans la vraie vie, ils se croisent, s'effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme les pôles identiques de deux aimants. »
    La ville, « cette superposition de mouvements. Ce territoire infini d'intersections, où l'on ne se rencontre pas » bruisse autour d'eux, présente comme un troisième personnage de ce roman, qui la rend vraiment vivante. Alors que ces deux êtres stagnent dans leur vie, sont à un point mort, n'arrivent plus à avancer, Paris est en mouvement perpétuel, fourmille, étend ses tentacules et sa violence.
    Voici un roman que j'ai lu d'une traite tant je l'ai trouvé vrai, et actuel, poignant. C'est un roman sur la solitude et la violence, sur la lâcheté et la méchanceté des hommes, sur la jungle urbaine dans laquelle chaque jour il faut se battre pour survivre.
    C'est une histoire sombre, mais terriblement réaliste, qui fait réfléchir sur ce que peut être la souffrance de personnes pourtant bien intégrées au départ dans la société. La plume de Delphine de Vigan est percutante, incisive et ces quelques heures passées à ses cotés vous marqueront longtemps du désespoir qu'elle dépeint avec grand art.

    Lien : http://liliba.canalblog.com/archives/2011/11/30/index.html
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par torevan, le 03 novembre 2011

    torevan
    Parfait roman que celui de Delphine de Vigan. D'une écriture fluide et légère, l'auteure, très louée, pense et analyse notre société. Et les thèmes abordés se révèlent être, pour moi, d'un grand intérêt. L'écrivaine porte, en effet, la lumière sur le monde quelquefois impitoyable de l'entreprise et interroge notre organisation sociale qui, par sa cadence et ses exigences, épuise les corps alors en déliquescence.
    Delphine de Vigan nous mène à la rencontre de Mathilde et Thibault, tous deux épuisés et fatigués par un quotidien devenu pesant et oppressant. Lui médecin urgentiste lassé par une relation amoureuse, elle adjointe du Directeur dans une entreprise, humiliée et fragilisée par un harcèlement moral. Ils habitent une même zone géographique, se croisent mais ne se rencontrent pas. Malheureusement. Car tout porte à croire que leur rencontre, si elle avait lieu, serait une réussite. Essoufflés et malmenés, ils partagent, en effet, un même besoin, une même attente. Lancés sur des voies différentes, à la recherche du bonheur, leurs routes se croisent le temps d'un regard. Ils auraient eu, sans doute, beaucoup à partager mais leur rendez-vous est manqué. Dans une ville, comme Paris, où les âmes sont par milliers, combien sont celles qui se cherchent et se croisent sans jamais se rencontrer?
    Sous la plume de Delphine de Vigan, la ville est comme un monstre qui, chaque jour, se nourrit de l'énergie de ces milliers d'habitants. le RER est son appareil digestif. Il engloutine ces petites fourmis qui courent à leur lieu de survie (de travail), absorbent un peu de leur vitalité puis les éjectent de manière éhonté. La ville épuise. Elle impose son rythme. Les individus sont pressés. Les corps sont épuisés. Ils circulent et travaillent par milliers sans identité. Ils nourrissent un monstre qui n'est jamais rassasié. Et la ville n'est pas tendre. Elle n'est pas reconnaissante. Elle délaisse ceux qui sont épuisés et qui restent alors sur le bord des quais. La ville blesse, agresse, heurte. Elle est individualiste et froide; fragilise les corps et les esprits. La ville est colères et folies.
    Mais est-ce bien la faute de la ville? La ville n'est qu'une organisation spatiale qui suit le rythme de ces fourmis qui, chaque jour, pour mener à bien leur vie, vont alimenter un modèle de société. On le dit capitaliste et individualiste. On le dit épuisant et énervant. Il n'y a, en réalité, rien à reprocher à la ville: elle n'est que le fruit des ambitions humaines. Elle accueille ces Hommes aux désirs toujours insatisfaits, à la recherche d'un plaisir jamais maîtrisé, toujours pauvres d'esprits mais riches en conneries. La ville est victime des ambitions exagérées, des rêves pas encore réalisées. La ville est le reflet de ces âmes émerveillées qui se perdent dans la brutalité. le système d'influences pousse, en effet, à la concurrence. C'est une guerre déclarée. Une guerre invisible. Un jeu violent. Pour gagner, le meilleur doit terrasser. Donner des coups pour ne pas en recevoir. Telle est la règle qui vaut en société. Car la paix est un ennui. Et l'ennui est un enfer. Dans l'attente de la mort, les Hommes doivent s'amuser. Ils doivent s'enivrer. Et c'est la violence qui les distrait.

    Cette violence, Mathilde la subit au sein de son entreprise. Harcelée par son directeur, elle se trouve progressivement isolée. Elle perd de son intérêt. Elle ne se sent plus utile. Pourquoi ne rend-t-elle pas les coups qu'elle reçoit ou ne démissionne-t-elle pas? Pourquoi ne prépare-t-elle pas son départ? Pourquoi est-elle si affectée par ses conditions de travail, elle qui finit par toucher 3000€, autorisée à ne rien faire de ses journées? La question se pose nécessairement car le harcèlement moral, au travail, est une réalité tout comme le suicide et la dépression. La cadence et le rythme du travail, la violence dans les rapports peuvent fragiliser et détruire les individus qui intègrent les représentations et logiques véhiculées au sein de la société. le constat est quelque peu désolant: pour beaucoup, le travail est l'expression d'une réussite personnelle et serait seul capable de distribuer un sentiment d'utilité. Par les temps qui courent, il n'y a d'utile que les activités rémunérées. Et la valeur d'une chose dépend, malheureusement, son degré d'utilité. Et ce qui n'est pas utile est, bien entendu, à jeter aux ordures. Il y en a qui s'interrogeront, par exemple: quel intérêt a ce billet? Pourquoi donc tenir un blog? Ne serait-ce pas du temps perdu? Et pourquoi Diable je perds mon temps à lire des livres? Triste logique.
    Le travail rémunéré donne aujourd'hui sens à la vie. Il est une raison de vivre, un but ultime. Sans activité professionnelle, qu'est-ce que l'Homme? Pas grand chose. Les phrases creuses se rappellent à mes oreilles. Elles appellent le rire, elles qui méritent tout un sketch: "tu dois devenir Quelqu'un", "tu dois réussir ta vie", "tu dois faire quelque chose de ta vie". Qui n'a jamais entendu ces "conseils" ou "injonctions"? La pression est telle que beaucoup de mes amis se perdent, ne sachant pas quoi faire de leur vie comme s'il fallait à tout prix en faire quelque chose. Il semblerait qu'une vie inutile soit une vie bien futile. Qu'importe ... en attendant de devenir Quelqu'un, j'encourage "mes" lecteurs à perdre un peu de leur temps en lisant Delphine de Vigan.


    Lien : http://pelgedar.blogspot.com/2011/11/les-heures-souterraines-delphin..
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    • Livres 4.00/5
    Par mila0707, le 21 janvier 2012

    mila0707
    Une journée de printemps, le 20 mai; une ville, Paris; le décor est planté. Nous allons suivre une femme, brisée par le harcèlement psychologique de son supérieur hiérarchique, et un homme qui vient de mettre fin à une liaison amoureuse et remet aussi en question ses choix professionnels : médecin urgentiste dans la capitale plutôt que généraliste à la campagne comme il s'y est essayé pendant quatre ans. Régulièrement dans la journée, ces deux solitudes vont se croiser, vont-elles pouvoir se rencontrer, et cela leur permettrait-il de combattre leur mal-être?
    Mon avis : Il y a déjà longtemps que je me suis plongée dans ce roman, mais il reste très présent en moi. Les ressentis des personnages sont si bien décrits, la ville aussi et sa capacité à nous isoler, à nous noyer dans la foule, à nous imposer un rythme qui nous rend aveugles et sourds aux autres et parfois à nous même. On a envie d'accompagner les deux personnages, de les soutenir mais aussi de les guider l'un vers l'autre, parce qu'après tout, on ne sait jamais...
    Public : roman pour adultes.
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    • Livres 5.00/5
    Par lejardindestephanie, le 30 novembre 2011

    lejardindestephanie
    Delphine de Vigan, je n'avais jamais lu.
    Mon côté râleuse qui se méfie des gens dont on parle beaucoup, ronchonnait sur le fait que forcément, madame de Vigan devait bénéficier de l'effet "compagne de" François Busnel: France Inter, presse, téloche... Bref je doutais fortement.
    Alors j'ai empoigné Les heures souterraines (parce que quand même, je n'allais pas tomber dans le panneau et acheter celui dont on parle, d'autant que l'autre est en poche...)
    Et là.
    Là, j'ai découvert un livre et un auteur.
    Les heures souterraines (pour les retardataires de mon espèce), c'est un livre sur l'anéantissement. Au travail.
    Comment de tout, par la volonté et le machiavélisme d'un seul, on devient moins que rien.
    Dans ce livre on entend tout.
    On entend le silence de Mathilde, la douceur de sa personne, le paisible de son cocon. le silence de son bureau. Son nouveau bureau. Sans fenêtre.
    Et le bruit s'insinue.
    Les toilettes contiguës à son nouveau bureau (écoute: jet d'urine, chasse d'eau, sèche-main), les couloirs et les open-space (les pas des autres, les rires des autres, les copieurs des autres, les sonneries de téléphone des autres), la brasserie (le percolateur, la radio, les autres qui parlent), le métro (les crissements, les portes, le brouhaha).
    Le silence des autres.

    Ça m'apprendra. A avoir des préjugés. Je me suis pris une 'tite claque. Voilà.
    30 novembre 2011 / Challenge 2011-2012

    Lien : http://ausautdulivre.blogspot.com/2011/11/comme-quoi-des-fois-hein.h..
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Citations et extraits

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  • Par She_Night, le 02 octobre 2010

    - A partir de quand on est en couple?
    - Quand on pense à l'autre tous les jours, quand on a besoin d'entendre sa voix, quand on s'inquiète de savoir si il ou elle va bien. Quand on est capable d'aimer l'autre tel qu'il est, quand on est seul à voir ce qu'il peut devenir, quand on a envie de partager l'essentiel. Quand cela devient plus important que tout le reste.
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  • Par caro64, le 26 janvier 2010

    Mais les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dans la vraie vie, ils se croisent, s’effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme les pôles identiques de deux aimants.
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  • Par some-books, le 07 juillet 2010

    Depuis la mort de Philippe, elle a rencontré d’autres hommes. Quelques-uns. Peut-être qu’on n’aime qu’une fois. Cela ne se recharge pas. Elle avait lu cette phrase dans un livre, il y a longtemps, s’y était à peine arrêtée. Une infime résonance. Mais la phrase était revenue, à chaque fois qu’elle avait fini par quitter les hommes qu’elle avait cru aimer. Depuis dix ans, elle a vécu des histoires, en marge de sa vie, juste au bord, à l’insu de ses enfants. Et les histoires, au fond, elle s’en fout. A chaque fois qu’il a été question de réunir les meubles et le temps, de suivre la même trajectoire, elle est partie. Elle ne peut plus. Peut-être que cette chose-là n’a eu lieu que dans l’inconscience de ses vingt ans, vivre ensemble, au même endroit, respirer le même air, chaque jour partager le même lit, la même salle de bain, peut-être que ça n’arrive qu’une fois, oui, et qu’ensuite plus rien de cet ordre n’est possible, ne peut être recommencé.
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  • Par TinyAkatsuki, le 07 mai 2010

    "Ou bien elle rencontrerait un homme, dans le wagon ou au Café de la Gare, un homme qui lui dirait madame vous ne pouvez pas continuer comme ça, donnez-moi la main, prenez mon bras, rebroussez chemin, posez votre sac, ne restez pas debout, installez-vous à cette table, c'est fini, vous n'irez plus, ce n'est plus possible, vous allez vous battre, nous allons nous battre, je serai à vos côtés. Un homme ou une femme, après tout, peu importe. Quelqu'un qui comprendrait qu'elle ne peut plus y aller, que chaque jour qui passe elle entame sa substance, elle entame l'essentiel."
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  • Par oops, le 10 mai 2010

    L'échec amoureux n'est ni plus ni moins qu'un calcul coincé dans les reins. De la taille d'un grain de sable, d'un petit pois, d'une bille ou d'une balle de golf, une cristallisation susceptible de provoquer une douleur forte, voire insoutenable. Qui finit toujours par s'éteindre.
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