ISBN : 2752904770
Éditeur : Phébus (2010)


Note moyenne : 3.12/5 (sur 8 notes) Ajouter à mes livres
À presque cinquante ans, Dominique a gardé un peu de la sauvagerie de l’enfance, et reste étrangère à sa propre vie. Employée d’un fleuriste, elle se réfugie à ses heures perdues dans un coin de campagne qu’elle a, dès son plus jeune âge, baptisé Grand Paradis.
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 27 novembre 2010

    Woland
    Court roman que l'on a l'impression de boire tant le style de l'auteur se révèle doux et fluide, "Grand paradis" doit son titre à un coin de campagne perdue dans lequel, enfant, la petite Dominique Lenoir venait se ressourcer et offrir au soleil quelques uns de ses rares sourires. Car Dominique souriait peu : secrète, déterminée, plus grave qu'on ne l'est à cet âge, elle était déjà de ceux dont on dit qu'ils pensent trop. Son père avait quitté sa mère un jour, abandonnant dans la foulée leurs deux filles, Marie, l'aînée, et Dominique, la cadette, aussi différentes l'une de l'autre que le jour l'est de la nuit. Sur sa fuite, il ne laissait aucune indication : ni le motif, ni le lieu d'exil ou de refuge - rien que l'incertitude qui, nul ne l'ignore, est le pire que puisse connaître la personne abandonnée.
    Beaucoup d'années plus tard, à l'issue d'une dispute avec Marie, devenue une espèce d'épave alcoolique, Dominique récupère livres et lettres ayant appartenu à leur mère. Dans le tas, bonne dernière, une enveloppe plus vieillie que les autres et recelant trois photographies, tout aussi vieilles puisqu'elles datent du XIXème siècle. Les trois portraits représentent la même personne à des âges différents, une certaine Léontine L. - tel est le nom noté, semble-t-il par la mère de Dominique, sur le rabat de l'enveloppe. Dominique n'hésite pas : cette Léontine L., affligée dans sa jeunesse d'un blépharospasme hystérique - un oeil était complètement clos, sans contraction apparente, tandis que l'autre restait ouvert - c'est son arrière-grand-mère.
    Emue par l'affection tragique dont souffrait son aïeule, Dominique entreprend un travail de mémoire en se rendant à La Salpêtrière où Charcot, pour qui le cliché fut pris par Albert Londe, examina jadis Léontine. Elle fouille dans les archives conservées à la bibliothèque du lieu et retisse ainsi les fils de l'histoire familiale. Mais, ce faisant, des images depuis longtemps oubliées, ou plutôt mises sous le boisseau par le cerveau, vont refaire surface et lui révéler la raison pour laquelle son père partit ainsi, un jour, sans prévenir personne, sans laisser une seule lettre ...
    Un roman poignant, non dépourvu d'originalité, surtout si on le compare à la littérature commerciale française actuelle. La chute étonne et ne déçoit pas. Angélique Villeneuve : un nom à retenir dans le paysage littéraire français. ;o)
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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Couperine, le 28 octobre 2010

    Couperine
    Un grand merci au site Blog-O-Book (BoB) ainsi qu'aux éditions Phébus pour ce partenariat.
    Voici un petit roman qui se lit vite et ne peut laisser indifférent. La narratrice, Dominique, s'inquiète pour sa sœur, Marie, alcoolique notoire. Cette dernière, prise d'une énième crise, entasse quelques affaires dont elle veut se débarrasser, dans une carriole. A charge pour "Do" de prendre ce qu'elle veut. C'est à ce moment là que tout commence. La narratrice va alors trouver des photos, dont celui d'une soit-disant aïeule, Léontine, atteinte de blépharospasme hystérique, maladie neurologique grave. S'ensuit alors une recherche de la part de la narratrice afin de déterminer l'étendue du mal sur les descendants de Léontine. Et si les crises de Marie s'expliquaient ainsi ? N'était-elle pas elle-même touchée par cette maladie insidieuse ? Après tout, sa sœur lui avait bien dit que son père était parti à cause d'elle, à cause de sa santé... Une véritable quête s'ensuit.
    Je disais que ce livre ne pouvait pas laisser indifférent le lecteur. En effet, l'écriture, claire, simple, est cependant mimétique de cette recherche. Dominique ressasse les choses. On entre dans ses pensées, on devient quasiment le personnage qui ne peut se calmer tant qu'elle ne saura pas. L'histoire est ponctuée, comme la vie de la protagoniste principale, par Grand paradis, ce lieu de son enfance qui, seul, l'apaise. le lecteur ne peut qu'être actif. Tous ses sens sont en éveil et il ne pourra se reposer qu'en refermant ce roman. Se reposer ? Pas si sûr finalement...

    Lien : http://livresetmanuscrits.e-monsite.com/rubrique,villeneuve-angeliqu..
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par claracambry, le 27 septembre 2010

    claracambry
    À presque cinquante ans, Dominique, employée d'une fleuriste a l'impression de passer à côté de sa vie. Elle qui s'est sentie toujours différente découvre plusieurs photos dans les affaires de sa mère décédée plusieurs années auparavant. Les photos représentent une certaine Léontine et l'un des clichés la montre en pleine crise d'hystérie. Il s'agit d'une photo prise par le photographe Albert Londe qui travaillait avec le professeur Charcot à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Pour Dominique, Léontine n'est autre que son arrière grand-mère. En faisant des recherches aux archives de la Salpêtrière, elle veut comprendre et découvrir ce qui a pu arriver à son aïeule.
    La quête de soi passe souvent par celle de sa famille surtout quand on hérite d'une maladie ou de la sensation d'être différent. Remonter le fil de la généalogie pour mieux se comprendre soi-même. Dominique va immédiatement se sentir proche et surtout liée à cette aïeule. Ce livre a trouvé de nombreux échos en moi. Car bien entendu, j'ai moi-même effectué cette quête dans le passé. Des aïeuls, des maladies et des interrogations car bien souvent, la maladie n'avait pas d'étiquette. Les rapports des archives décrits pas Dominique prennent à la gorge.
    Devant ces femmes malades soumises à des expériences médicales, j'ai eu la gorge nouée. Avec Léontine, les souvenirs de Dominique remontent : un père parti brusquement pour l'Amérique alors qu'elle n'était qu'une enfant. Un départ que sa sœur aînée Marie lui a toujours imputé « c'est à cause de toi, tu étais différente ». De cette quête, Dominique sortira apaisée et grandie…
    L'écriture d'Angélique Villeneuve nous entraîne dans le monde intérieur de Dominique et dans ses jardins secrets. C'est beau et fort...
    Une lecture qui m'a beaucoup touchée par le thème et l'écriture.

    Lien : http://fibromaman.blogspot.com/2010/09/angelique-villeneuve-grand-pa..
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    • Livres 2.00/5
    Par canel, le 16 juin 2011

    canel
    A l'occasion d'un déménagement de sa soeur aînée, Dominique trouve une photo de Léontine, aïeule probable du XIXème siècle qui fut soignée par Charcot (célèbre pour son travail sur l'hystérie) à la Salpêtrière. le lecteur suit Dominique, entre ses investigations dans les archives du célèbre hôpital, et ses souvenirs d'enfance.
    Malgré la jolie plume de l'auteur, ce roman ne m'a pas intéressée. Je m'y suis ennuyée dans les souvenirs de Do, enfant solitaire éprise de liberté, de nature, de plantes, et en proie à la perfidie de sa soeur aînée. Ses recherches sur les femmes atteintes d'hystérie, les échos qu'elle croit trouver sur sa propre personne, les rencontres mystérieuses avec sa soeur alcoolique... tout cela ne m'a absolument pas convaincue. Un rendez-vous manqué, je le regrette...
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    • Livres 3.00/5
    Par PLUMAGILE, le 10 septembre 2010

    PLUMAGILE
    Il y a de l'obsession dans ce roman. Obsession dans la recherche de ce qu'a été la vie de Léontine, après la découverte (...)
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    Lien : http://lespassionsdelaura.over-blog.com
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 27 novembre 2010

    [...] ... [La troisième photo] était vraiment différente des autres. Plus grande. Le papier, lui non plus, n'était pas le même : ni cartonné, ni glacé. On aurait dit la page frottée d'un vieux livre, lisse et usée. Le portrait en lui-même, deux fois plus haut, deux fois plus large que celui de la Petite Moi, s'étalait au beau milieu de la page. De mes doigts écartés, Dieu sait pourquoi j'ai commencé à mesurer l'ensemble. Quinze centimètres sur vingt-trois. A peu près.

    Coupée sous les seins par le cadrage serré, Léontine, c'était écrit et même imprimé en toutes lettres, Léontine L., me faisait face sans me regarder tout à fait. C'était une jeune adulte à présent. Ses cheveux, un peu plus foncés, un peu moins bouclés, étaient retenus en un chignon serré dont seule une mèche vrillait au-dessus de l'oreille. J'ai reconnu la bouche, petite, bien dessinée, qui avait gagné en maturité ce qu'elle avait perdu en stupeur. Léontine L. portait une veste noire, à moins qu'il ne se soit agi d'une robe d'hiver, austère, boutonnée jusqu'au cou et dont on ne distinguait plus ni les plis ni les ombres, avalés par le papier.

    Léontine me regardait, mais ne me regardait pas. J'ai pensé à ma grand-mère Marthe qui, presque jamais, ne m'a regardée en face. ... [...]
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  • Par Couperine, le 28 octobre 2010

    Et survint ma première vision.

    Elle entre dans la boutique, je n'ai pas la moindre idée de comment peut se présenter un studio de photographie à l'époque, mais elle entre, avec un adulte sans doute, sa mère ou son père, ou peut-être les deux, pourquoi pas, ses frères, ses sœurs, jamais il ne m'était venu à l'esprit qu'il puisse y avoir d'autres enfants dans la famille, mais maintenant, 72, rue des Fonderies, j'imagine des ribambelles de Lenoir se pressant, bousculant la toute petite fille en bottines, allons viens, la tirant par le bras, dépêche-toi, la soulevant de terre, ne touche pas ta robe avec tes mains sales, tu feras bien ce que le monsieur te dira, tu souriras et tu ne bougeras pas, tu vas tenir cette fleur-là, cet œillet rose, c'est une belle chose que cette fleur, tu aimes les fleurs, hein, serre-la contre toi comme on te le demande, ne prends pas cet air ahuri, Léontine, regarde ta mère, regarde le monsieur, n'aie pas peur, Léontine, je te dis d'arrêter d'avoir peur, toujours cette inquiétude, derrière toi, tapie, ah, tais-toi Léontine, tu me fatigues avec ta peur, avec ta souffrance.

    J'aurais voulu en rester là.
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  • Par Woland, le 27 novembre 2010

    [...] ... "Le premier juillet 1887, à la suite d'un refroidissement, [Léontine] fut prise d'un mal de gorge et commença à ressentir de la raideur dans le cou. Le lendemain matin, elle était devenue aphone. [...] Le médecin de sa famille l'envoya consulter à La Salpêtrière, et elle entra dans le service de Monsieur le Professeur Charcot au mois de septembre 1887. [...] On remarqua alors que l'on pouvait, par la pression sur les globes oculaires, la mettre dans l'état désigné sous le nom de "petit hypnotisme." Dans cet état, on pouvait, par suggestion, [...] la faire parler à haute voix ; mais l'aphonie revenait au bout de quelques heures."

    Je presse de mes pouces mes yeux dans leurs orbites, jusqu'au rouge. Ca ne m'hypnotise pas. Ca me fait mal. Ca aide à monter l'idée stupide des larmes. ... [...]
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  • Par claracambry, le 27 septembre 2010

    Et puis, il aurait existé une explication à l’écart, que je sentais réel, entre les autres et moi. J’étais différente, c’était une chose indiscutable. Sans doute, tous les enfants, à un moment de leur vie, se croient seuls de leur espèce. Pour moi, le moment c’était bien longuement étiré.
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