ISBN : 2228898570
Éditeur : Payot et Rivages
(2004)
Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes)
France 'virile' : Des femmes tondues à la libération1Ajouter à mes livres
« La France sera virile ou morte », a t'on dit en 1944. Virile, elle le fut, et les tontes des femmes accusées de collaboration en témoignent.
Sur cet épisode de notre histoire qui, aujourd'hui encore, continue de susciter un malaise, on croyait tout savoir: ayan... > voir plus
Ce livre présente donc un travail de fond sur les tondues de la libération, travail ardu parfois et un peu lénifiant (pour les non historiens...) mais son grand atout est de proposer une vision, une explication de ces évènements. En effet ces tontes ne sont pas anodines puisqu'elles ne concernent que les femmes (très peu d'hommes ont été tondus) au moment de la libération (c'est donc un moment très court).
La tonte en elle-même est un geste étrange, agressif sans être "ultra violent", violent sans être définitif il attaque avant tout la partie séductrice de la femme dont la chevelure reste le symbole antique. Et c'est bien de cela qu'il s'agit, par la tonte des femmes Fabrice Virgili expose l'idée qu'on a assisté à une "reconquête territoriale" de la France (en même temps les mairies sont libérées et le femmes "qui ont couché avec les boches" tondues). Il y a donc dans ce geste une volonté marquée de domination masculine, de "fascisme viril", de réaction (le corps de la femme appartient à la société) au moment même où au sortir de la guerre les femmes s'émancipent (elles auront le droit de vote tout de suite après la libération) et où les hommes n'ont pas brillé à la guerre... Autre paradoxe, au moment de la libération, la punition de ces femmes qui ont "trahi" rejoint inconsciemment et paradoxalement tout le discours de la "révolution nationale" sur la femme... Cette libération semble donc celle des hommes, celle des femmes viendra bien plus tard... Puisque le discours fasciste sur leur rôle, rejoint celui de la révolution nationale, rejoint celui des libérateurs sur une femme objet de son père, frère, mari... à qui on dénie toute liberté et même toute conséquence à ses actes (elles ne sont pas tuées après tout mais la fessée est courante). Moment étrange, inconscient et donc fascinant que la collaboration en France (du début à la fin, de la débâcle aux tondues) qui reste une zone trouble ou des forces ancestrales se rejoignent et s'agrègent dans des cocktails explosifs. Peu de livre sur cette période osent pourtant l'analyse des faits et c'est pourquoi celui-ci est vraiment remarquable.