Note moyenne : 4.25/5 (sur 4 notes)
Je suis pour tout ce qui aideà traverser la nuit2Ajouter à mes livres
Voici un livre en puzzle, 154 courts chapitres - récits, portraits, souvenirs, tableaux, légendes, rêveries, tout à la fois. Par bonds successifs, on croise ainsi Buster Keaton et ses chaussures, un Picasso amoureux des chauves-souris, le chien Snoopy et l'ombre de Tris... > voir plus
Au début, on est sous le charme, puis on se demande un peu où ça va, jusqu'au moment où ça n'a plus d'importance. Comme un collier de perles à parcourir, sans ordre ni raison, pour la beauté et le plaisir de cette beauté. Certaines images croisées sont fulgurantes, d'autres incongrues de banalité, mais j'y ai toujours débusqué un petit quelque chose qui fait dire "wouaou, bien trouvé !".
Bref, un livre plaisir qui n'a pas à se justifier.
Un vrai beau recueil en forme de corne d'abondance. Des récits touchants, poétiques, riches... Des brèves d'enfance et d'adulescence. De Fabio Viscogliosi on apprend peu et beaucoup à la fois : les souvenirs de son pépé Carlo, l'amour qu'il portait à son père, ce qui l'a façonné (Buster Keaton, Snoopy, Bob Dylan...). Et comme dirait un bon ami : un beau travail de mélancolie.
[Au sujet de son père qui allume le feu dans la cheminée] :
"Tu sais ce que disaient les anciens ? Celui qui sait faire du feu avec trois fois rien, alors celui-là sait vraiment faire l'amour."
Et il ponctue sa phrase d'un claquement de langue ironique et satisfait. Le feu crépite.
Après celle de ma mère, c'est peut-être la première vraie paire de seins que je vois. Elle se penche et son chemisier ouvre un boulevard devant moi. Je ne peux déterminer si le mouvement est volontaire, il se reproduit et sa poitrine ballotte, à portée de main. Les bouts sont longs, sombres et épais.
En primaire, une élève nommé Durand était si petit qu'il pouvait entrer tout entier à l'intérieur de son sac de sport Adidas qui, par contraste, semblait immense. Ensuite, l'un après l'autre, nous promenions Durand le long de l'arrêt du car scolaire.
Enfant, au sud de l'Italie, dans les Pouilles, j'ai un jour croisé un chien âgé de plus de vingt-cinq ans. L'année de sa naissance, Vittorio De Sica tournait Le Voleur de bicyclette et mon père était encore un adolescent. Cette idée me fascinait. Je voyais un chien qui avait vu ce temps-là.
Les oiseaux n'ont rien de remarquable. Ils aiment mieux respirer que travailler. Sans paroles, leurs petits battements d'ailes parlent pour eux :
"Oubliez-nous. Oubliez-nous."