Difficile de rédiger la critique d'un dictionnaire. Point de récit à évoquer, pas de point de vue sur lequel disserter. D'autant plus malaisé que ce gros livre et moi avons failli très mal commencer ! Ouvert à la page « persan », le dictionnaire révéla que ce chat au museau aplati était un chat « de luxe », « anorexique », « un peu ridicule et même un peu pathétique ». le persan ! Rien de plus que ces femmes du monde ou ces demi-mondaines que l'on pare en vue de les déposer sur des sofas soyeux et profonds, où elles resteront alanguies des heures durant. Vitoux, lui, préfère les chartreux, leur tête ronde et leur air bonhomme, ces
chats authentiques, robustes et affectueux.
Toutefois, même s'ils louent pas les mêmes espèces, les amoureux des
chats ont en commun les félins littéraires. L'article
Ti-Puss m'a vite donc bien vite réconciliée avec ce livre.
Ti-Puss fut recueillie par
Ella Maillart lors d'un périple en Inde. Pour dire vrai, ce fut
Ti-Puss qui adopta
Ella Maillart et fut pour elle un maître de sérénité au moment où le monde perdait la tête, lâchant des bombes sur Hiroshima. «
Ella Maillart, en Inde, avait
Ti-Puss pour tenir bon face à ces nouvelles d'épouvante, pour l'ancrer dans une existence concrète, réelle, et non dans la nébuleuse attranction du non-être, et lui donner quelques indispensables leçons spirituelles ».
A la page
Colette, on redécouvre
Mitsou et Saha, pour ne citer qu'elles parmi les nombreux animaux qui ont partagé son existence.
Frédéric Vitoux, un peu cuistre, reproche à
Colette le côté suranné, presque étouffant de son écriture, chargée d'adjectifs, avant de conclure qu'en cela,
Colette est chatte elle-même, toujours précieuse et langoureuse. Et de citer ensuite, comme pour se faire pardonner son reproche, une très belle page sur
Mitsou creusant la terre des jardins du Palais-Royal et se heurtant à une taupe. Chatte,
Colette ? Oui, chatte de salon qui n'hésite pas à s'enfuir par l'entrebâillement d'une porte pour courir les gouttières et gratter les jardins.
Au Palais-Royal aujourd'hui, note l'Académicien, plus aucun chat ne vagabonde. A croire que les grands du XXe siècle,
Colette,
Cocteau, les ont
Tous emportés avec eux, ou que les nouveaux propriétaires ne laissent plus à leurs animaux la moindre velléité de promenade. Quand on découvre que certains Américains font ôter les griffes de leur chat, on ne s'étonne plus de rien !
Les lignes consacrées au chat botté vous révèleront ce qu'il en est des chausses de ce singulier animal mais le plus émouvant dans ce dictionnaire reste sans doute l'entrée Vie. On y découvre la dynastie de
chats qui ont accompagné l'existence de
Frédéric Vitoux, leurs caractères et leurs manies, leurs petites flagorneries. On y découvre surtout l'admiration jamais entamée de leur propriétaire. Il faut déposer ce dictionnaire amoureux sur sa table de nuit pour ne plus l'y enlever, lui qui compile de surcroît des citations félines, pur bonheur pour qui idolâtre les
chats. A savourer le soir, quand la jour s'enfuit, que des lueurs rouges montent dans le ciel et que les
chats gris à cette heure commencent à s'agiter au dehors, poussant des feulements qui n'impressionnent plus que les oiseaux ensommeillés.