> Christophe Claro (Traducteur)

ISBN : 2742769056
Éditeur : Actes Sud (2007)


Note moyenne : 4.13/5 (sur 15 notes) Ajouter à mes livres
Installé au centre de la scène de l'Histoire du XXe siècle telle qu'elle s'est en partie jouée entre l'Allemagne et l'Union soviétique, Central Europe est une colossale machine littéraire qui. en faisant entrer en résonance une trentaine de récits enchevêtrés procède à ... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par cprevost, le 03 novembre 2010

    cprevost
    « Central Europe » est une impressionnante fresque de mille trois cent pages (auxquelles il faut ajouter 300 autres de références) qui mêle avec beaucoup de virtuosité l'Art, l'Intime et l'Histoire du court vingtième siècle. le « National Book Award » – l'un des prix littéraires les plus prestigieux des Etats-Unis – a distingué ce roman en 2005.
    Entreprendre cette lecture, c'est littéralement se perdre. Cette œuvre traite de l'horreur des totalitarismes du XXème siècle, de l'hypersensibilité de l'Art, de la complexité des personnalités et des sentiments amoureux… Elle prend en charge ces différents champs, non pas de façon détachée mais en les faisant interagir continuellement, en les mêlant inextricablement. Ce roman fait naitre en effet, comme seule peut le faire la littérature, l'infinie complexité du monde. L'auteur trouve le souffle et les moyens littéraires nécessaires pour restituer cet âge des extrêmes.
    Les hommes dans ce livre sont broyés par les évènements mais pas seulement. Ils suivent le plus souvent leurs dramatiques mouvements, ils s'y opposent parfois mais ils font toujours trace. C'est là leur destin commun qu'ils soient inconnus ou célèbres. Les témoins sont puissants, victimes, artistes, hommes politiques, stratèges ou anonymes. Chostakovitch est un de cela. Tel qu'il est dépeint par William T. Vollmann, il est un grand musicien, un homme riche, complexe, souvent héroïque. Et c'est une véritable prouesse d'écriture qui enchevêtre quand il parle de lui les images innombrables, les évènements et la musique. Quel bonheur d'être avec le compositeur au travail, dans ce tourbillon de sentiments et d'évènements d'où naissent ses symphonies. William T. Vollmann montre comment, dans ce moment dramatique de l'histoire européenne, les sentiments individuels, loin d'être insignifiants, ont au contraire une importance déterminante. Ils marquent indestructiblement leur temps et perdurent quelque soient les circonstances. Ces marques individuelles, notamment lorsqu'il s'agit d'Art, sont pour l'auteur indélébiles.
    « Central Europe » est un livre impeccablement construit et écrit. Non sans rappeler quelques célèbres films où partant du simple combiné on suit le cheminement du signal électrique qui porte les voix, serpente et s'accélère dans un dédale de câbles et de connexions, l'ouvrage débute par des conversations téléphoniques. Froide, impersonnelle, technique, étendue, cette hyper communication des premières pages est la métaphore brillante du monde inhumain dans lequel l'auteur nous entraine. Ce livre est composé d'une succession d'histoires courtes (quelques pages) ou longues (plusieurs chapitres) savamment agencées : un général de l'Armée Rouge, un Waffen SS, Chostakovitch, Hitler, Vlassov, Berlin, Leningrad, Stalingrad, Roman Karmen, Elena Konstantinovskaya … C'est aussi une symphonie polyphonique : rumeurs, bruits de bottes, grincements de chenilles, explosions accompagnent les armées en train d'écraser l'Europe. Et ce sont les intériorités des personnages concordantes, divergentes, complémentaires qui dessinent si étonnamment ce chaos. L'écriture de William T. Vollmann lyrique est absolument originale. L'auteur pour dire cette époque emprunte ainsi, dans des parallèles vertigineux, à la Kabbale, aux opéras de Wagner, au cinéma, à la peinture … Les narrateurs de ce roman sont multiples, leurs points de vue dissonants ; c'est la voix de l'agent stalinien, omniscient et niant toute intimité qui à tout moment impose son récit, dicte aux personnages sa volonté et qui tour à tour, méprise et admire ceux qu'il espionne ; mais ce sont aussi les voix libres, amoureuses, créatives des artistes.
    A lire de toute urgence.
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par MIOP, le 09 février 2012

    MIOP
    Installé au centre de la scène de l'Histoire du XXe siècle telle qu'elle s'est en partie jouée entre l'Allemagne et l'Union soviétique, Central Europe est une colossale machine littéraire qui.
    en faisant entrer en résonance une trentaine de récits enchevêtrés procède à l'autopsie des mécanismes totalitaires qui ravagèrent l'Europe au siècle dernier. En s'attachant à quelques destins singuliers - dont celui du compositeur Chostakovitch ou du cinéaste Roman Karmen, du général russe Vlassov ou de son homologue allemand Paulus- sur lesquels planent l'ombre à deux têtes du Somnambule ( Hitler) et du Réaliste ( Staline ), le livre entraîne le lecteur sur les complexes chemins que durent, sous l'emprise de dictatures adverses, emprunter des hommes et des femmes dont il fait partager les passions, les doutes ou les aveuglements.
    Et c'est en choisissant d'interpréter, à la lumière de l'histoire la plus intime comme de l'Histoire collective, le parcours du geste artistique aussi bien que celui de l'action guerrière que Vollmann dévoile l'horizon éthique dont chacun eut, dans ces décennies de fer et de sang, tant de fois à se détourner, afin de poursuivre sa mission ou sa vocation propres... Cette incroyable traversée de l'Europe des guerres et des pogroms.
    qui brûle de l'éternelle déchirure où s'abîment, à l'heure des choix, des pans entiers de l'humanité, se voit transformée par les puissances de la fiction en un creuset d'où surgit la sidérante cacophonie de l'individu dans toutes les " vérités " qui le fondent. Et c'est pourquoi, si Central Europe réussit, au fil d'une impeccable orchestration, le prodige de se constituer tout ensemble comme une critique éclairée du totalitarisme, comme un surprenant portrait de Chostakovitch et une analyse de la gestation des ?uvres d'un compositeur, ou encore comme une implacable radiographie de la conscience créatrice, ces pages peuvent sans conteste également se lire comme un traité d'éthique à l'usage de l'Europe que nous habitons aujourd'hui.
    Dédié à la mémoire de Danilo Kis et de son Tombeau pour Boris Davidovitch - Central Europe obtenu. en 2005. le National Book Award, la plus haute distinction littéraire aux Etats-Unis.
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par souslevolcan, le 23 février 2012

    souslevolcan
    Vollmann est américain, Vollmann écrit un livre monde sur les débuts du vingtième siècle, Vollmann écrit sur la guerre, Vollmann écrit un livre sur la musique, Vollmann écrit un livre sur Staline, Vollmann écrit un livre sur von Paulus, Vollmann écrit un livre sur Chostakovitch, Vollmann écrit un livre sur l'amour, Vollmann écrit un livre sur Käthe Kollwitz, Vollmann écrit un livre sur Stalingrad, Vollmann écrit un livre sur un général de l'armée rouge, Vollmann écrit la petite et la grande histoire, Vollmann écrit Central Europe.
    Il y a mille livres sur l'histoire de cette période, il y a mille récits de personnage traversant cette époque. Central Europe décrit les hommes dans la grande page d'histoire dont ils font le courant et dont elle est le fleuve, Vollmann décrit l'eau telle qu'on la reconnait et telle qu'elle est au plus profond d'elle-même, l'alchimie précise de l'hydrogène et de l'oxygène, celle des hommes et le destin du monde. Mais comment parler du flux et des atomes sans changer d'optique, mêler la petite et la grande histoire comme les fibres inséparable d'un serpent cosmique et dans la perspective, dans l'immense désastre de la seconde guerre mondiale, voire plus qu'une zone politique, le choc et l'onde crépusculaire de notre monde moderne.
    Il ne nous parvient des guerres du passé que des témoignages épars, des œuvres d'art, des monuments ; même un évènement planétaire aussi proche de nous que la WWII ressemble à une nuée de symboles culturelles dont les clichés édités en masses servent aujourd'hui la bio de vieilles stars hollywoodiennes. Mais après Central Europe, j'ai su une chose, avec certitude : il restera au moins de cette période troublée une œuvre profane, inspirée et lucide et puis une autre aussi, avec autant de conviction : Vollmann devrait servir d'étalon à tous ceux qui comme lui, voudront signer le Grand Œuvre. Voilà le prodige de cet homme, insuffler le destin, l'aventure dans cette compétition croissante entre les hommes et le regard que le monde porte sur eux.
    La lecture de Central Europe est une morsure narcotique qui produit 1300 pages d'un voyage dans le temps puissant et rigoureux. Est-il possible qu'un homme seul, assis à sa table, ait pu traduire la structure ADN de l'Europe avec le langage dont il userait pour nous parler d'une histoire d'amour entre un grand musicien et une jeune russe, de la beauté des œuvres de Käthe Kollwitz, de la puissance de Wagner, du Somnambule (Hitler) et du Réaliste (Staline) ? Oui, bien sûr, c'est possible, et cet homme, William T. Vollmann, fait chanter toutes ces voix sur la nappe majeure de l'Histoire.
    Un très très grand livre, pour un écrivain très loin devant les autres, peut-être trop loin pour que ses contemporains le rattrapent un jour.


    Lien : http://souslevolcan.over-blog.com/article-99991430.html
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