ISBN : 2021022404
Éditeur : Editions du Seuil (2010)


Note moyenne : 3.83/5 (sur 6 notes) Ajouter à mes livres
La figure de l’écrivain telle que l’imagine Antoine Volodine. Ni alcoolique génial ni géant hugolien, ni romantique torturé, et encore moins sommité mondaine adulée par les médias. L’écrivain ici se débat contre le silence et la maladie, quand il n’est pas sur le point ... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 4.00/5
    Par nadejda, le 25 mai 2012

    nadejda
    Toutes les voix qui habitent ce livre, les sept principales unies à toutes celles qu'elles relayent, envahissent le lecteur. Elles donnent envie de les faire entendre à notre tour en les psalmodiant.
    Faire comme ces «Ecrivains», méconnus ou totalement inconnus, qui entrelacent leur voix et font entendre celle des morts qui les hantent jusqu'à ce qu'eux-même soit emportés. Car ce qui importe c'est de dire, de montrer une fois, une dernière fois avant de disparaître que «tant que nous disposerons d'un peu de souffle encore, nous inventerons encore et encore la magie absurde de cette parole, nous irons dans les mots et nous dirons le monde.» (voix de Linda Woo dans «Discours aux nomades et aux morts»)
    
Lutter jusqu'au bout même seul, isolé dans la folie, l'enfermement, le silence, parvenir à dire même mal, en résistance contre la dictature, contre le mépris, contre la mort, jusque dans la sombre errance du bardo telle Marie Trois-Cent-Treize qui a été abandonnée par le lama qui devait préparer son corps et la guider par sa voix durant les 49 jours que dure le voyage vers la réincarnation ou la lumière.

    Je trouve que la définition de l'apport de Nikita Kouriline à l'ensemble définit parfaitement la façon dont est composé «Ecrivains» à travers ses sept chapitres. 
«Le roman de Kouriline comporte plusieurs parties qui ne sont pas successives mais s'entrecroisent sans cesse et forment un tissu puissant, brutal et indéchirable, qui peut à tout moment être renforcé par de nouveaux apports. L'auteur ne se soucie pas d'ordonner musicalement l'ensemble de ses multiples composantes narratives, parce qu'il sait qu'elles tiennent formidablement entre elles, qu'elles sont indissociables et que rien ne viendra les défaire tant qu'il sera vivant pour les énoncer.» ("Demain aura été un beau dimanche" dernier chapitre)
    Oui, toutes les voix de ce livre n'en forment qu'une dont celle de Volodine qui les convoque les unes après les autres comme Outchour Tenderekov qui «monte sur une chaise et agite les bras pour que le rêve revienne en lui.... , et dont «on pourrait penser qu'il se livre à une séance d'évocation chamanique». Et le lecteur est lui-aussi envouté.
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    Critique de qualité ? (27 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par Zazette97, le 30 septembre 2010

    Zazette97
    Paru le 2 septembre, "Ecrivains" est le 19ème roman de l'écrivain français Antoine Volodine, également connu sous les pseudonymes d'Elli Kronauer, de Manuella Draeger et de Lutz Bassmann.
    7 chapitres, 7 personnages et autant de destins croisés. Placé en maison de santé, Mathias Olbane a pour habitude de jouer à la roulette russe avec son arme et, arrivé au décompte final, repousse sans cesse son suicide.
    Linda Woo, enfermée dans une prison, évoque le post-exotisme et l'engagement politique des écrivains. Une femme nue du nom de Maria trois-cent-treize improvise en prison une conférence sur l'image. Un homme, torturé par ses compagnons d'asile, se rappelle ses souvenirs d'enfance pour échapper à la violence des coups et de cette fin qu'il sait toute proche.
    Un autre remercie toutes les personnes ayant chacune contribué à leur façon à enrichir sa vie comme son oeuvre.
    Bogdan Tarassiev commet plusieurs assassinats tandis que Nikita Kouriline qui s'est toujours senti coupable de la mort de sa mère, décédée en le mettant au monde, enquête sur les circonstances réelles de cette disparition pour en faire un roman qui ne sera jamais publié.
    "Ecrivains" dresse une galerie de portraits d'écrivains plutôt atypiques, anonymes en raison d'un manque d'intérêt pour leurs publications ou parce que leurs tentatives de rédaction sont restées inabouties.
    Sur le déclin, ils sont tous unis par cette même solitude engendrée par l'écriture comme par l'emprisonnement et l'inaccessibilité au monde extérieur.
    Personnages en souffrance parfois malades, écrivains-justiciers voire kamikazes, ils touchent de près à la mort qu'ils savent inéluctable, une situation qui permet à l'auteur de revenir sur leurs antécédents.
    Si les différents chapitres composant ce roman peuvent se lire comme des nouvelles, les personnages qui s'y retrouvent convergent tous vers ce que l'auteur dénomme le post-exotisme qui désigne une certaine forme de marginalité vis-à-vis des courants littéraires existants, concept qui se trouve d'ailleurs inscrit dans le reste de son oeuvre.
    Vous l'aurez compris, les portraits décrits ici se veulent majoritairement sombres et angoissants.
    Or il arrive aussi qu'en écho au désespoir de chacun des protagonistes, un humour acerbe se manifeste de façon timide ou plus prononcée comme c'est le cas dans le chapitre "Remerciements" qui m'a valu plusieurs rictus.
    "Ecrivains" est un roman qui requiert une attention minutieuse de la part du lecteur car si l'auteur ne fait pas l'économie du détail pour nous transmettre ces portraits fictifs et pourtant plus vrais que nature, son univers imaginaire est si particulier qu'il nécessite une immersion totale de la part du lecteur, chose à laquelle je ne suis pas toujours parvenue.
    Une lecture que je qualifierais donc d'exigeante mais dont l'originalité du propos m'a troublée à plus d'un titre.

    Lien : http://contesdefaits.blogspot.com/2010/09/ecrivains-antoine-volodine..
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  • Par mesapol, le 04 février 2011

    mesapol
    Antoine Volodine a passé son enfance et son adolescence à Lyon, où il fait également ses études supérieures.
    Après avoir enseigné le russe pendant quinze ans, il choisit de se consacrer à l'écriture et à la traduction. En 1985, il confie un manuscrit à Denoël, qui publiera ses quatre premiers romans dans la collection Présence du futur, parmi lesquels Rituel du mépris, Grand prix de la science-fiction française en 1987. Son œuvre à la poétique exigeante échappe à toute classification et compte aujourd'hui près de quinze titres, dont Des Anges Mineurs, couronné en 2000 par le prix du Livre Inter.
    Volodine, qui souhaite à la fois «pratiquer la littérature comme un art martial» et «écrire en français une littérature étrangère», donne dans ses romans la parole à des écrivains marginaux, prisonniers ou malades mentaux. Il revendique le rôle de «porte-parole» de préférence à celui d'auteur. Il a forgé un univers singulier et violent, à la lisière du fantastique, du surréalisme et de la fiction politique, où se superposent les voix des chamanes visionnaires et les murmures des hommes et des femmes ayant perdu la guerre révolutionnaire.
    Il nomme lui-même cette construction romanesque le «post-exotisme».
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    • Livres 5.00/5
    Par Madimado, le 28 octobre 2010

    Madimado
    SI cet ouvrage est nommé "roman" par l'éditeur, il s'apparente bien plus à des nouvelles. L'auteur nous y dévoile sa vision de l'écrivain, bien loin des clichés habituels. Une écriture sublime qui mérite le détour.

    Lien : http://madimado.com/2010/10/26/antoine-volodine-ecrivains/
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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 24 mai 2012

    ... il se rappelle les fils de la Vierge, des filaments ondulants, des cheveux d’une finesse extrême qu’on ne voyait pas à contre-jour, mais dont la blancheur argentée se détachait avec une grande netteté quand il volaient devant le feuillage des arbres de la cour, quand ils volaient lentement devant les marronniers et les tilleuls, il se rappelle que pendant un instant il avait failli se laisser distraire par cette texture soyeuse de l’air du dehors, par cette pluie miraculeuse, car, tout en brûlant d’une excitation violente qui lui ordonnait de négliger toute autre activité mentale que l’écriture, il conservait un intérêt pour les choses étranges du monde, pour les phénomènes surnaturels contre quoi l’assurance des adultes vacillait, et l’apparition automnale des fils de la Vierge était de ceux-là... p 46
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  • Par nadejda, le 23 mai 2012

    Elle aime s’adosser au mur en imaginant qu’elle traverse le mur, qu’elle est dépeignée par le vent, qu’elle est sous le ciel mouvant de la steppe, au milieu des herbes mouvantes, et qu’elle parle plus fort que les souffles, qu’elle dit le monde. p 28
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  • Par nadejda, le 23 mai 2012

    Les écrivains du post-exotisme ont en mémoire, sans exception, les guerres et les exterminations ethniques et sociales qui ont été menées d’un bout à l’autre du XXe siècle, ils n’en oublient et n’en pardonnent aucune, ils conservent également à l’esprit, en permanence, les barbaries et les inégalités qui s’aggravent entre les hommes, et pas une seconde ils n’écoutent les chiens des maîtres qui leur suggèrent d’adapter leur propagande à la réalité et au présent tels que les conçoivent les responsables du malheur, et qui leur conseillent de rompre avec leurs croyances obsolètes, de s’avouer vaincus et de rejoindre, après, bien sûr, les formalités de levée d’écrou, le camp des paroliers officiels, où ils pourraient à leur tour et à leur manière participer à l’embellissement philosophique et poétique du malheur, par exemple en chantant les avantages du présent et en expliquant, aux gueux sans nombre de cette planète, que tout ira bien pour eux, ou plutôt pour leurs descendants, s’ils sont patients, s’ils acceptent de végéter encore mille ans sans toucher à rien. p 34
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  • Par brigetoun, le 28 septembre 2010

    Il m'est spécialement agréable d'étendre ma gratitude à Pranda Tourmararana, qui non seulement m'a aidé à monter sur l'éléphant personnel du sultan Labibi, mais, voyant que nous nous dirigeons vers une impasse m'a aidé à descendre. Cet épisode se retrouve, presque conforme à la réalité, dans "Goodbye, Romeo". Sans Prada Tourmararana, il serait manifestement très mal terminé.
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  • Par brigetoun, le 28 septembre 2010

    La voix des personnages est souvent issue de leur poitrine plutôt que de leur crâne, continue-t-elle. Elle passe par les matières rouge sombre des poumons, à travers des tuyaux aux couleurs vicieuses et incertaines comme le sont celles des méduses et des cartilages de cadavres, puis elle tremble sur des cordes rougeâtres qui sont, disons-le franchement, d'une laideur à couper le souffle, d'une laideur que seuls peuvent égaler la langue et l'intérieur de la bouche quand on les examine de l'intérieur, par exemple quand on vient juste de déboucher en haut du pharynx et que déjà on prend la direction des dents et des lèvres
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Vidéo de Antoine Volodine

Lecture par Antoine Volodine, Ecrivains, septembre 2010 .
La figure de l?écrivain telle que l?imagine Antoine Volodine. Ni alcoolique génial ni géant hugolien, ni romantique torturé, et encore moins sommité mondaine adulée par les médias. L?écrivain ici se débat contre le silence et la maladie, quand il n?est pas sur le point d?être assassiné par des fous ou des codétenus. Qu?il soit homme ou femme, il sait qu?il n?a aucun avenir. Souvent, il est analphabète, comme Kouriline, qui évoque oralement la terreur stalinienne en s?inclinant devant des poupées en ferraille. Il peut aussi lui arriver d?être déjà mort, comme Maria Trois-Cent-Treize, qui fait une conférence sur l?écriture dans l?obscurité totale qui suit son décès. Ou d?être en transe, comme Linda Woo, qui depuis sa cellule donne elle-même une définition des écrivains : « Leur mémoire est devenue un recueil de rêves. Ils inventent des mondes où l?échec est aussi systématique et cuisant que dans ce que vous appelez le monde réel. »En librairie le 9 septembre 2010Retrouvez tout l'univers Fiction & Cie sur www.fictionetcie.com








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