> Lucienne Lotringer (Traducteur)

ISBN : 2020408104
Éditeur : Editions du Seuil (2004)


Note moyenne : 3.81/5 (sur 27 notes) Ajouter à mes livres
A partir d'embryons de ses propres souvenirs, Kurt Vonnegut échafaude la très cruelle saga de Billy Pèlerin, l'homme qui voyageait dans le temps, passant, d'un coup, de sa nuit de noces aux latrines d'un camp de prisonniers, d'un lit d'hôpital à une porcherie bombardée,... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 3.00/5
    Par Maphil, le 13 mai 2012

    Maphil
    Willy Pélerin est né à Ilium en 1922. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé dans l'Infanterie en Europe et capturé par les Allemands. Démobilisé en 1945, il s'établit comme opticien, se marie et a deux enfants. au début de 1968, l'avion dans lequel il se trouve percute le sommet d'une montagne. Seul rescapé, il perd sa femme qui décède accidentellement pendant son séjour à l'hôpital. Il abandonne alors ses occupations et fait une série de conférences au cours desquelles il annonce qu'un an plus tôt, il a été enlevé pendant une faille du temps par une soucoupe volante et transporté ur la planète Tralfomadore. Ses enfants pensent qu'il a perdu la raison lors de son accident d'avion mais Willy Pélerin a gardé la possibilité de décoller du temps. Il voyage ainsi dans le temps passant d'un coup de sa nuit de noces au camp de prisonniers où il était retenu pendant la guerre, de son lit d'hôpital au bombardement de Dresde en février 1945.
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  • Par lanard, le 30 avril 2012

    lanard
    Un roman de science fiction qui a quelque chose de profondément célinien; témoignage révolté contre la guerre et l'abrutissement militaire, même rage impuissante devant la bêtise de masse devant laquelle la dérision reste la seule réaction saine parce qu'il est interdit à tout homme resté homme de donner un sens à l'horreur. Pour exorciser le monstre en nous, un voyage au bout de la nuit avec la quatrième dimension en plus.
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Citations et extraits

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  • Par lanard, le 30 avril 2012

    Billy a invité Trout à fêter sont dix-huitième anniversaire de mariage, deux jours plus tard. Les réjouissances battent maintenant leur plein.
    Trout, dans la salle à manger, engloutit des canapés. Il parle à la femme d'un opticien, la bouche pleine de fromage blanc et d'oeufs de saumon. Tout le monde, Trout excepté, a un lien quelconque avec l'optique. De plus, il est le seul à ne pas porter de lunettes. Il se taille un fameux succès. Les convives sont fort aise de la présence d'un écrivain en chair et en os, même s'ils ignorent tout de ses romans.
    Trout fait causette avec une certaine Maggie White qui, de secrétaire d'un dentiste, est devenue femme d'opticien. Elle est très jolie. Le dernier bouquin qu'elle ait ouvert est 'Ivanohé'.
    Billy Pélerin, à deux pas, tend l'oreille. Il tripote quelque chose au fond de sa poche. C'est le cadeau destiné à sa femme, un écrin de satin blanc contenant un saphir étoilé à monture fantaisie. Il y en a pour huit cent dollars.
    Les flatteries dont Trout est l'objet, toutes superficielles qu'elles soient et proférées par des béotiens, lui montent au cerveau comme une drogue. Sa satisfaction éclate en une bruyante impudence.
    "Je crains de ne pas lire autant qu'il le faudrait, murmure Maggie.
    - Nous avons tous peur de quelque chose, coupe Trout. Moi, c'est le cancer, les rats et les Doberman.
    - J'ai honte de ne pas le savoir, mais je vous pose tout de même la question: qu'avez-vous écrit de plus connu?
    - Un truc sur enterrement d'un célèbre chef français.
    - C'est passionnant.
    - Tout les meilleurs cuisiniers du monde se sont déplacés. C'est une cérémonie grandiose." Trout improvise au fur et à mesure. " Avant de sceller le cercueil, la famille asperge le mort de persil et de paprika." C'est la vie.
    "C'est une histoire vraie?" s'enquiert Maggie White . Maggie n'est pas un cerveau, mais elle constitue une invitation irrésistible à la procréation. Les hommes la regardent et se mettent immédiatement à vouloir la remplir de bébés sur-le-champ. Elle n'a pas encore donné le jour à un seul enfant. ELle est adepte des méthodes anticonceptionnelles.
    "Bien entendu, soutient Trout. Si je me servais d’évènements qui n'ont pas réellement eu lieu et que j'essayais de vendre mes bouquins, je risquerais a prison. Ce serait de l'"abus de confiance""
    Maggie gobe le tout. "Je n'avais jamais pensé à cela.
    - Il n'est jamais trop tard pour bien faire.
    - C'est comme la publicité. On doit dire la vérité, sinon on a des ennuis.
    - Très juste. Le même code régit les deux.
    - Vous avez l'intention de nous faire entrer dans un récit, un de ces jours?
    - Tout ce qui m'arrive se retrouve dans mes livres.
    - Je vais bien mesurer mes paroles.
    - Vous avez raison. Et je ne suis pas le seul à écouter. Dieu aussi vous entend. Au jour du Jugement dernier il vous énumérera tous vos faits et gestes. S'il s'avère que le mal l'emporte sur le bien, ce sera dommage pour vous parce que vous grillerez pour l'éternité. Et les brûlures ne cessent jamais de vous tourmenter."
    La pauvre Maggie vire au gris. Elle avale aussi cela, en reste pétrifiée de terreur.
    Kilgore Trout rit de bon coeur. Un oeuf de saumon jaillit de sa bouche et atterrit au creux des seins de Maggie.
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  • Par lanard, le 30 avril 2012

    C'est "l’Évangile de l'espace" de Kilgore Trout. Il s'agit d'un visiteur étranger à la Terre qui, entre parenthèses, a beaucoup d'un Tralfamadorien. Il se livre à une étude serrée de la chrétienté dans le but de découvrir pourquoi les chrétiens se révèlent si facilement cruels. Il conclut qu'une bonne partie du problème tient au bourrage de crâne massif du Nouveau Testament. Selon son optique, le rôle des Évangiles serait d'inculquer aux gens, entre autres choses, une infinie compassion, même envers les plus déshérités.
    Mais en fait, le message des Évangiles est celui-ci:
    "Avant de tuer qui que ce soit, assurez-vous bien qu'il n'a pas de hautres relations." C'est la vie.

    Ce qui accroche dans toutes ces bondieuseries, proclame le voyageur interstellaire, c'est que le Christ, sous son aspect plutôt insignifiant, est en réalité Fils de l'Etre suprême. Les lecteurs en sont conscients et quand se place la scène la de la crucifixion, ils s'écrient tout naturellement (Juderose relit la phrase à haute voix):
    "Oh, machin, ce coup-là, ils n'ont pas tiré le bon numéro en lynchant ce type!"
    Ce qui entraîne une pensée concomitante; "Il y a donc des gars bons à lyncher?" Qui alors? Ceux qui ne connaissent personne de bien placé. C'est la vie.
    L'étranger fait don à la Terre d'un nouvel Evangile. Le Christ y est vraiment un rien du tout et un fichu poison pour beaucoup de gens pourvus d'accointances plus puissantes que les siennes. Il se débrouille cependant pour proférer toutes les merveilleuses paroles pleines de mystère qui figurent aussi les anciennes version.
    C'est pourquoi, un beau jour, on s'amuse à le clouer sur une croix qu'on plante en terre. Les tortionnaires sont sûrs que cela ne tirera pas à conséquence. Et le lecteur se doit d'adopter cette vue car le nouvel Évangile lui enfonce dans la tête, de gré ou de force, que Jésus est bien un va-nu-pieds.
    Et soudain, au moment où cet obscur est sur le point de mourir, les cieux se déchirent, le tonnerre résonne, l'éclair jaillit. La voix de Dieu gronde du haut des nues. Elle annonce à tous qu'il fait son fils de ce bon à rien et lui accorde, à ce jour l'éternité, les pouvoirs et privilèges du Fils du Créateur de l'Univers. Dieu tonne: " Dès cet instant, Ma main s'appesantira sur quiconque s'acharne sur un pauvre mec sans piston!"
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  • Par lanard, le 30 avril 2012

    Le voisin de lit de Billy était un ancien capitaine d'infanterie du nom d'Eliot Juderose. Juderose en avait jusque-là de ne jamais dessouler.
    Il se chargea d'initier Billy à la science-fiction, en particulier aux oeuvres de Kilgore Trout. Juderose avait entreposé une stupéfiante collection de science-fiction en livres de poche sous son lit. Il avait apporté ses bouquins à l'hôpital dans une malle cabine. Tous ces trésors mal fichus répandaient une odeur qui envahissait la salle entière, celle d'un pyjama de flanelle pas changé depuis un mois ou celle du ragoût de mouton.

    Kilgore Trout est devenu, parmi les contemporains, l'écrivain favori de Billy, et la science-fiction la seule forme de littérature qu'il tolérât.
    Juderose était deux fois plus futé que Billy, mais Billy et lui se mesuraient au même problème, et de façon identique. Tous deux étaient arrivé à la conclusion que la vie n'avait pas de sens, et cela en partie à cause de ce dont ils avaient témoins à la guerre. Juderose, par exemple, avait abattu un pompier de quatorze ans qu'il avait confondu avec un soldat allemand. C'est la vie. Et Billy avait assisté au plus grand massacre de l'histoire européenne, le bombardement et l'incendie de Dresde. C'est la vie.
    Voilà pourquoi ils s'efforçaient de se recréer un univers et une personnalité. La science-fiction leur facilitait beaucoup la tâche.

    Un jour, Juderose a révélé à Billy une chose intéressante à propos d'un livre qui n'était pas de science-fiction. Il lui a dit que tous les fruits de l'expérience humaine étaient contenus dans "Les Frères Karamazov"" de Dostoïevski. "Mais de nos jours, ça ne suffit plus", a-t-il ajouté.
    Billy a eu également l'occasion d'entendre Juderose avertir un psychiatre; "J'impression qu'il va falloir que votre corporation invente une série de mensonges inédits et merveilleux, ou les gens vont simplement renoncer à vivre."
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  • Par lanard, le 30 avril 2012

    Fumeux trimbalait un bloc de balsa qu'on disait être un oreiller de tranchée. Il avait un étui prophylactique qui contenait deux préservatifs résistants "Réservé à la prévention des maladies vénériennes!". Il possédait un sifflet qu'il ne ferait voir à personne avant d'être promu caporal. Et aussi la photo porno d'une femme essayant de s'accoupler avec un poney Shetland. Il avait obligé Billy Pélerin à l'admirer plusieurs fois.

    Le femme et le poney tenaient la pose devant des portières de velours frangées de glands. Ils étaient flanqués de colonnes doriques. Devant l'une d'elle, un palmier en pot. C'était une reproduction de le première photo pornographique mentionnée dans les annales. Le mot "photographie" apparaît en 1839, et c'est cette même année que Louis J.M. Daguerre communique à l'Académie française qu''une image formée sur une plaque métallique argentée recouverte d'une mince pellicule d'iodure d'argent peut être développée en présence en présence de vapeur de mercure.
    En 1841 tout juste deux ans plus tard, un assistant de Daguerre, André Le Fèvre est arrêté aux Tuileries pour avoir tenté de vendre une image de la femme et du poney. C'est aussi là que Fumeux avait acheté la sienne, aux Tuileries. Le Fèvre soutenait que c'était de l'art et qu'il s'attachait à faire revivre la mythologie grecque. D'ailleurs les colonnes et le palmier étaient là pour le prouver.
    Interrogé sur mythe qu'il prétendait représenter, Le Fèvre jura qu'il en existait des milliers de similaires, dans lesquels la femme était une mortelle et le poney un dieu.
    On le condamna à six mois de prison ferme. Il y mourut de pneumonie. C'est la vie.
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  • Par Piling, le 02 février 2009

    Je me trouvais exposer le raid tel que j'en avais été témoin, et mon projet de livre à un professeur de l'université de Chicago, au cours d'un cocktail. Il était membre d'un certain Comité pour la réflexion sociale. Il m'expliqua comment les Allemands fabriquaient du savon et des bougies avec la graisse des Juifs, le principe des camps de concentration et le reste.

    Je n'avais que "Je sais bien, je sais bien, je le sais !" à lui opposer.
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