Après la décolonisation, Djibouti, « confetti de l'Empire français », ancien comptoir pris en étau entre Éthiopie, Somalie et Érythrée, à l'embouchure de la mer Rouge, tâtonne à la recherche de son i... > voir plus
Une dépêche, dûment datée et signée, émanant des plus hautes autorités de l'État, fit savoir à la famille de Waïs que le vice-président en personne est on ne peut plus irrité par la conduite de ce dernier. Que voulait-il ? Que cherchait-il ? Les rumeurs vont grandissant, les menaces planent comme des nuages rapaces. Pour couper court aux bruits incessants, Waïs, marathonien de haute volée et héros de la nation, a fait circuler auprès de ses amis un étrange poème écrit il y a peu de temps avec Dilleyta et le docteur Yonis, et dont le refrain que voici a suscité encore davantage de commentaires : "Ni maroquin ni strapontin/La mer poussive me suffit."
Rien ne viendra, saisons nulles. Rien, sinon que les brigades des ONG pas si volontaires que ça depuis que les séjours en terres d'infortune s'affichent en bonne position sur les curriculum vitæ. Pas de troubles d'âme, il s'agit simplement de bonifier sa part de générosité sur un marché de l'emploi trop saturé. Saisir la bonne occasion qui se présente, on ne sait jamais, et faire preuve d'un métier certain en mettant sa force et son cœur au service des abonnés souffrants. Une fois de retour, le continent de la misère noire redevient une réalité abstraite, des lieux qui existent mais qu'on ne reconnaît plus. L'Afrique des années de jeunesse et d'aventures pas toujours gratuites, la dernière escale avant la maturité et le monde du travail ? Et l'Afrique des démographes qui nous réchauffent la tête avec leurs chiffres alarmants, leurs croquis bêtifiants sur la menace de la surpopulation ? Curieusement, on ne compte les poux que sur la tête de la populace.
Sinon cette certitude coulée dans le marbre de la foi : témoigner avant de mourir, écrire avant de disparaître. Ne plus s'éclipser derrière la feuille de vigne d'une soi-disante ignorance. Écrire pour mourir. Mourir parce qu'on a décidé d'écrire un beau jour. Si tu parles tu meurs, si tu écris tu meurs. Alors écris et meurs.
L'écrivain djiboutien Abdourahman A. Waberi revient sur le projet de bibliothèque numérique universelle de Google ainsi que sur son dernier roman, "Passage des larmes", dans le cadre de l'émission 7 jours sur la planète sur TV5MONDE. http://www.tv5monde.com/7jours