« Bref on a parlé de Dieu, mai moi je suis encore un peu perdue dans tout ça. J'essaie de me sortir le vieil homme blanc de la tête. Jusque là ça m'a tellement occupée de penser à lui que j'ai rien remarqué des choses qu'il a crées. Par exemple, un épi de maïs, comment il a pu faire ça ? Et
La Couleur pourpre, d'où ça peut bien venir ? Les petites fleurs des champs et tout. »
Comment faire pour se soulager, supporter l'insupportable, s'évader de ses conditions de vie….ou plutôt de survie ? Comment combler l'absence d'un être avec lequel on a passé les premières années de sa vie et dont on est subitement séparé ?
Les deux sœurs Celie et Nettie choisissent de s'écrire sans savoir que ni l'une ni l'autre ne recevra le courrier de l'autre.
Celie c'est le vilain petit canard, le mari de sa mère la maltraite, la violente jusqu'à l'abject, sa sœur plus perméable à la scolarisation résiste aux assauts du beau père. Celie est mariée à une brute épaisse, est séparée de Nettie qui s'en ira accompagner des missionnaires en Afrique pour transmettre, et éduquer.
Et c'est en s'adressant à son " cher Bon Dieu " que Celie, comme l'ultime recours à cette chienne de vie entame une correspondance à sa sœur dont elle ignore tout , jusqu'à l'endroit où la joindre. C'est tout la détresse d'une jeune fille qui émane de ces lettres touchantes. On y lit toute la rudesse de la société sudiste non éduquée, sexiste, violente, incestueuse.
Il faudra attendre 145 pages avant de trouver d'autres lettres, celles de Nettie, et surtout de comprendre pourquoi : les lettres étaient subtilisées par ce mari odieux.
Bien résolue à voir changer les choses, Celie trouvera la rédemption dans les bras d'une femme. Si compte tenue de l'époque, la chose peut paraître choquante, hors norme, voir complètement taboue, c'est avec bienveillance et soulagement pour elle que je la vois se libérer de ses sordides années d'enfance. Auprès d'elle on la sent évoluer, reprendre confiance.
Et quand Celie retrouvera les lettres de Nettie, ce n'est plus au Bon dieu qu'elle écrira mais à sa "chère Nettie».
Ce sont ces circonstances qui explique que la correspondance n'est pas présentée de manière traditionnelle, c'est à dire avec une alternance de courrier au grès de leur envoi et réception, mais regroupée.
En ce qui concerne le style, l'auteur est parvenue à rendre encore plus vivante cette correspondance avec un langage parfaitement adapté au niveau d'éducation et d'alphabétisation des deux sœurs. Si celui de Nettie est de bonne facture, celui de Celie est proche du parler familier, et sans faire de vilain jeu de mot, de l'ordre du "petit nègre", sans que cela gène la lecture.
Cette correspondance apporte une réflexion intéressante à propos de la religion, et de sa pratique.
« Et alors ? S'il (le bon Dieu) ouvrait ses oreilles toutes grandes pour écouter les femmes noires, le monde ça serait quand même autre chose, c'est moi que j'te l' dis. »
« Tout ce que j'ai senti de divin à l'église, c'est moi qui l'ai amené. Et à mon idée c'est pareil pour tout le monde. Les gens viennent là pour y mettre ensemble leurs petits morceaux, de bon Dieu, comme dans un puzzle tu sais ; pas pour le trouver. »
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