> Henri Evans (Traducteur)

ISBN : 2221107683
Éditeur : Robert Laffont (2006)


Note moyenne : 3.73/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
Un jour, déculotté par ses camarades d'Oxford, Paul Pennyfeather est injustement renvoyé de l'université après avoir été accusé d'attentat à la pudeur... Sans argent, sans avenir, le jeune homme obtient un poste de professeur dans une médiocre public school du pays de G... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 3.00/5
    Par Juste-Lire-Avec-Plaisir, le 08 mars 2012

    Juste-Lire-Avec-Plaisir
    Je lis les critiques, à droite et à gauche, des autres lecteurs et je me sens encore plus perdue face à ce livre. J'entends parler « d'écrit satyrique », de « parodie du roman d'apprentissage », « de peinture de la société britannique des années 1920 » alors que j'ai lu ce roman totalement au premier degré. L'histoire, rien que l'histoire.
    Paul Pennyfeather est un homme inexistant. Il est là mais pourrait tout aussi bien ne pas l'être. Et pourtant, il a une certaine présence. C'est difficile à comprendre, je vous l'accorde.
    Il ne hausse jamais le ton, il ne s'emporte jamais, fait à peu près tout ce qu'on lui demande. Il est plutôt plat et pourtant, il est le centre de ce roman.
    Suite à une mauvaise blague de « ses camarades », Paul se retrouve au milieu de la cour de l'université sans pantalon. de nos jours, cela ferait sourire et au pire, le jeune homme recevrait un avertissement. Mais les années 1920, cela est considéré comme un attentat à la pudeur. C'est ce qui provoquera le renvoi de Paul. Bien sûr, ce dernier ne se défend pas, ne cherche pas à expliquer les causes de cet incident. Il laisse faire les choses.
    Par chance, il parvient quelques temps plus tard, à obtenir un poste de professeur. Certes, dans une école publique pas vraiment reconnue mais c'est un travail. Là-bas, il va faire la connaissance de drôles de personnages. Je ne vous en parlerais pas plus, il faut les rencontrer pour croire à leur existence.
    De rencontres en rencontres, il se prend d'affection pour la mère d'un de ses élèves. Elle est veuve. Etant de faible caractère, c'est évidemment elle qui fera le premier pas vers lui tout en lui faisant croire que l'initiative vient de lui.
    Le mariage est donc prévu mais trois jours avant, elle lui demande un petit service, prétextant qu'elle n'a pas le temps suite aux préparatifs de la cérémonie. Paul y va de bon cœur, comme toujours. C'est ainsi qu'il se fait arrêté et se retrouve accusé de proxénétisme.
    Et bien sûr, il ne se défend pas. On ne peut pas aller contre sa nature. C'est ainsi qu'il retrouvera de vieilles connaissances en prison. La suite offre encore quelques surprises.
    Malgré sa mollesse, Paul Pennyfeather est tout de même un personnage attachant. Allez savoir pourquoi ! J'ai vécu cette lecture comme si j'étais hors du livre, comme si je lisais au-dessus de l'épaule d'une personne. Pourtant, je n'ai pas ressenti une seconde d'ennui. Il faut dire que l'écriture nous accroche. Elle est fluide, agréable et les mots bien choisis. Evelyn Waugh nous offre une belle diversité avec ses personnages, entre raison et loufoquerie.
    Un roman agréable, qui mériterait peut-être une seconde lecture un de ses jours, tout en laissant un bon souvenir.
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    Critique de qualité ? (22 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 28 avril 2009

    Woland
    Decline & Fall
    Traduction : Henri Evans
    Difficile - et impossible pour moi jusqu'à encore tout récemment - d'imaginer un auteur anglais doté d'un sens de l'humour aussi loufoque que celui de P. G. Wodehouse mais qui, en outre, serait profondément, viscéralement aigri et méchant. Il a pourtant existé : c'était Evelyn Waugh.
    Aigri et méchant ne veut pas dire obligatoirement - surtout chez un écrivain - dépourvu de talent. du talent, Evelyn Waugh en avait à revendre : provocateur, grinçant, lucide, amer. Mais tout cela, il l'enrobe, dans "Grandeur & Décadence", de cette ironie propre à l'homo brittanicus, mêlée, pour plus de sûreté tout de même (lorsqu'il écrivit ce roman largement autobiographique, Waugh n'était rien moins que certain d'obtenir un semblant de succès) d'une naïveté admirablement jouée qui laisse leurs illusions d'orgueil aux membres de la gentry susceptibles de se reconnaître dans ces pages.
    Naïf - et jeune - est en effet le héros de cette histoire, Paul Pennyfeather, qui, à l'image de son créateur, se voit exclu de Scone College parce qu'un futur lord complètement saoul et quelques condisciples tout aussi alcoolisés l'ont contraint à déambuler un soir en caleçon dans les couloirs du noble établissement. Paul est issu d'une famille correcte mais il ne fait pas partie des Honorables et ne portera jamais de titre. Sa fortune est aussi modeste que son physique et ses capacités intellectuelles. Malgré tout, sans la déplorable débauche d'une bande d'étudiants nés, eux, avec une cuillère d'argent dans la bouche, et surtout sans la nécessité pour les autorités du collège de gommer toute l'affaire et de la remplacer par un attentat à la pudeur imputable au seul Pennyfeather, celui-ci aurait eu une existence tranquille.
    Au lieu de cela, poursuivi par ce manque de chance initial tout au long de "Grandeur & Décadence", Paul connaîtra toutes sortes d'aventures dont la dernière le mènera droit dans les geôles de Sa Très Gracieuse Majesté, accusé cette fois de proxénétisme à la place de sa fiancée, mère de l'un de ses anciens élèves et héritière d'un nombre impressionnant d'entreprises douteuses en Amérique latine. La mère d'un futur comte et pair du Royaume ne pouvant décemment être suspectée de connaître même le sens du mot "proxénétisme", Paul, agneau résigné, est sacrifié sur l'autel de la Bonne conscience des juges. Certes, son ex-fiancée le fera sortir de sa prison au bout de quelques années, et l'expédiera à Corfou, le temps de se refaire une santé sous une nouvelle identité. Mais elle se remariera en définitive avec l'aristocrate imbibé qui avait été à l'origine des premiers déboires de Pennyfeather à Scone College.
    L'ensemble sautille de façon allègre, avec un sens de l'absurde qui inspire le respect et un cynisme si aimable qu'il parvient le plus souvent à masquer l'amertume de l'auteur et le mépris qu'il ressent envers le système de castes en vogue dans son pays natal. Un système dont Waugh a toujours voulu cependant qu'il le reconnût comme l'un de ses membres : une bonne part de l'amertume et de la méchanceté auxquelles il donne si souvent libre cours vient sans doute de cette fêlure contradictoire qui dormait au fond de lui - et qu'il n'ignorait pas ... ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par Madamedub, le 13 mai 2011

    Madamedub
    Dans le Lost in Translation de Sofia Coppola, lorsque Kelly (Anna Faris), jeune starlette aussi blonde que bruyante, confie que son pseudonyme à l'hôtel Park Hyatt de Tokyo est Evelyn Waugh, Charlotte (Scarlett Johansson) ne peut s'empêcher, une fois la jeune écervelée à distance, de rectifier de manière fort condescendante : “Evelyn Waugh was a man”.

    Evelyn Waugh, le vrai, l'auteur – au masculin donc – de Grandeur et décadence, aurait pu intégrer cette scène dans une version “21ème siècle” de ce vrai-faux roman initiatique et picaresque tant l'auteur se joue des codes littéraires attribués à ces deux genres pour mieux livrer une satire féroce de la Grande-Bretagne de l'époque. Mais pas que, tant l'œuvre, très partiellement autobiographique, prend dans ses derniers chapitres une dimension que l'on qualifiera, pompeusement sans peur des poncifs, d'“universelle” pour ne pas faire l'offense à l'auteur d'utiliser la terminologie “générale”.

    Evelyn Waugh dénie, au milieu de l'ouvrage, l'utilisation de l'adjectif “héros” pour définir le personnage principal, Paul Pennyfeather, tant ce dernier n'a aucune prise sur les évènements – forcément injustes – dont il est autant le spectateur que la victime. Renvoyé par méprise de la solide public school de Scone, il échouera tour à tour en tant que professeur dans une obscure et désargentée public school du Pays de Galles, en tant que futur époux d'une riche aristocrate dont il était le précepteur du fils, puis en tant que prisonnier pour avoir aidé – sans le savoir – cette dernière à fournir en chair fraîche une série de bordels sud-américains…

    Inutile de donner plus de détails tant cet enchaînement de tribulations et de personnages y jouant un rôle factuel actif (le docteur Fagan, Mrs Beste-Chestwynde ou encore Sir Lucas Dockery, directeur de prison) ne constituent pas le principal intérêt de l'œuvre. En effet, au-delà d'une critique vigoureuse et rigoureuse de l'époque (parfaitement divisée en trois parties s'enchaînant parfaitement les unes aux autres : la Grande-Bretagne “d'en bas” – comme l'aurait appelée Jean-Pierre Raffarin –, celle “d'en haut” et celle des institutions), ce sont les personnages secondaires et récurrents, qui surgissent et réapparaissent dans la vie du héros tout au long du roman, les apparitions théâtrales et spectrales de ces increvables qui viennent étayer la thèse de l'auteur : l'absurdité de toute existence sociale. Ainsi, ces personnages tirant leur épingle du jeu sont qualifiés de “dynamiques” : il en va donc de ce cher Philbrick, qui débarque aux moments où on l'attend le moins par le truchement de combines erratiques ne présentant aucune logique ; ou encore de l'architecte Silenus – une sorte d'AugusteComte postmoderne croisé avec Le Corbusier – qui, aux antipodes du réel, est le visionnaire le plus lucide et désenchanté qui soit ; à un degré moindre, le capitaine Grimes fait également partie de ceux-là, même si son sort est souvent moins enviable. Ces personnages qui, en ne jouant jamais dans les règles, retombent toujours sur leurs pattes, ou plutôt savent savamment se mettre en selle ; ces personnages plus absurdes que l'absurdité du monde lui-même sont les seuls fils rouge de l'univers présenté par l'auteur. Les seuls véritablement pérennes.

    Dans l'absurdité des valeurs, des coutumes, des conventions et de l'administration, les personnages “statiques” n'ont rien à espérer, si ce n'est que d'être partie prenante de la “grande machine” du monde sans en être éjectés : ainsi, si Paul Pennyfeather n'est jamais maître de son destin, ce n'est pas tant par sa candeur que parce qu'on ne lui en laisse jamais l'occasion. Dans un univers où les valeurs et pensées des personnages sont aussi fluctuantes et superficielles que leurs situations matérielles (l'attachement de Paul à la Société des Nations remis en cause de manière hilarante dans la chaleur de Marseille), se fabriquer un destin hors des règles d'un monde oublié de Dieu est – pour l'auteur qui deviendra très croyant un peu plus tard – la seule manière de s'affranchir de son absurdité, à défaut d'être une manière de se rapprocher de Dieu. Désirer laisser une trace à la postérité sans faire preuve d'absurdité revient à tomber dans le piège de la rationalité sur laquelle se base l'institution sociale ; cette même rationalité se révélant elle-même absurde…

    Evelyn Waugh nous donne donc les clefs du moins pire en jouant avec ses personnages “dynamiques” comme avec une balle rebondissante. Mais ce faisant, il nous indique par dessus tout que le mieux, ce vers quoi devrait s'élever l'homme, a déserté les lieux. Chronique finalement plus amère et mélancolique que ne le laissait penser sa mordante ironie, Grandeur et décadence, par-delà son enveloppe croustillante et divertissante, est autant un éclat de rire qu'un éclat de conscience qui appelle aux éclats de l'âme, le tout dans une langue rapide, précise, où nul mot n'est superflu sans qu'aucun ne manque à l'appel.



    Lien : http://www.madamedub.com
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 28 avril 2009

    [...] ... - "J'y pense tout le temps. C'est arrivé tout d'un coup, sans crier gare. Nous étions là [à la cure] depuis trois mois, et ma mère s'était étroitement liée avec des gens qui s'appelaient Bundle, un nom curieux, vous ne trouvez pas ? Je crois que lui avait été dans les assurances avant de prendre sa retraite. Mrs Bundle nous invitait très aimablement à souper, le dimanche après vêpres. Ces réunions sans apprêts étaient pleines de charme pour moi et je les attendais avec plaisir. Je les vois encore, tous assis ce soir-là : ma mère, Mr et Mrs Bundle et leur fils, un garçon boutonneux, externe à Brighton College où il allait tous les jours par le train, et la mère de Mrs Bundle, une Mrs Crump, plutôt sourde mais excellente femme d'Eglise ; et Mrs Aber, la femme de ce dentiste, qui m'avait donné l'Encyclopédie, et le vieux major Ending, marguillier de la paroisse. Ce dimanche-là, j'avais prononcé deux sermons et fait la classe de catéchisme dans l'après-midi, si bien que je ne participais qu'assez distraitement à la conversation. Ils parlaient tous avec entrain des préparatifs de la saison balnéaire quand tout à coup, sans raison, j'ai été assailli par mes premiers Doutes."

    Il s'arrêta, accablé, et Paul crut devoir lui exprimer sa sympathie.

    - "Quelle chose terrible !" dit-il doucement.

    - "A qui le dites-vous ! Depuis ce moment, je n'ai plus jamais connu une minute de vrai bonheur. Voyez-vous, ce n'étaient pas les doutes ordinaires, sur la femme de Caïn, par exemple, ou les miracles de l'Ancien Testament, ou la consécration de l'archevêque Parker. Tout cela, on m'avait appris à l'expliquer au séminaire. C'était quelque chose de beaucoup plus profond. Je n'arrivais plus à comprendre pourquoi Dieu avait fait le monde. Et pendant que je subissais cet assaut soudain du doute, ma mère et les Bundle et Mrs Crump continuaient à bavarder comme si de rien n'était. Vous saisissez, n'est-ce pas, comme c'était fondamental ? ... [...]"
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  • Par Juste-Lire-Avec-Plaisir, le 25 février 2012

    Vous autres, Blancs, croyez parce que nous sommes noirs nous ne mouillons que pour le jazz. Eh bien, moi qui vous parle, je donnerais tout le jazz du monde pour une petite pierre d'une de vos cathédrales.
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  • Par Juste-Lire-Avec-Plaisir, le 05 mars 2012

    Vise haut, voilà ma devise depuis toujours. Si vous ne décrochez pas tout ce que vous voulez, vous attrapez tout de même quelque chose. Visez bas, et vous avez peau de balle.
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  • Par Woland, le 28 avril 2009

    [...] ... Les quatre semaines de cellule devaient compter parmi les plus heureuses de la vie de Paul. Certes, le confort laissait à désirer mais au Ritz, il avait appris à l'apprécier à sa juste valeur ; et à présent, jour après jour, il jouissait de ne plus avoir à prendre aucune décision sur rien, d'être complètement à l'abri de la moindre servitude occasionnée par le temps, les repas, le vêtement, de ne jamais avoir à se soucier de l'impression qu'il pouvait faire : en somme, d'être libre. Dans le froid du petit matin, une sonnerie retentissait, un gardien criait les ordures, dehors ! Il se levait, enroulait sa literie, faisait ses ablutions, s'habillait. Aucun besoin de se raser, de choisir une cravate, de s'escrimer avec des boutons de col ou de manchettes, rien de tout ce qui distrait les moments de veille de l'homme civilisé. Dès son réveil, il se sentait comme ces types heureux des réclames de crème à raser mais sans être obligé de s'oindre pour cela du baume fallacieux. ... [...]
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  • Par Juste-Lire-Avec-Plaisir, le 24 février 2012

    Cette fille-là aurait fait un saint de Jack l'Eventreur.
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Vidéo de Evelyn Waugh

Bright Young Things, film britannique sorti en 2003 et réalisé par Stephen Fry d'après le roman Vile Bodies (Ces corps vils) d'Evelyn Waugh








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