- Idéals ! dit mon oncle, oui, certes, des idéals.
Naturellement il en faut des idéals. Sans quoi la vie serait du matérialisme tout pur. Le fait tout nu, la nécessité, telle quelle, est un roc pelé, sur lequel une âme ne peut prendre racine.
La vie est, en réalité, une maison dépourvue de meubles, un verre vide dans un endroit où l'on a soif. C'est bon, c'est indispensable en tant que point de départ, mais c'est insuffisant pour donner n'importe quel agrément, si nous n'avons des idéals !
Oui, les idéals sont la chair qui recouvre le squelette de la réalité : sans eux la vie est impossible.
...Il me semble, reprit mon oncle, que la comparaison des idéals avec des meubles est parfaitement juste. Ce sont les draperies de l'esprit, ils cachent les nudités du vrai.
Votre foyer est chose laide ; les étagères et les sièges réduits au pur nécessaire ne sont que des planches, des choses brutes.....
(extrait de "l'utilité des idéals" inclus dans " conversations avec un oncle maintenant défunt")
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