> Bernard Lortholary (Traducteur)

ISBN : 2070779416
Éditeur : Gallimard (2007)


Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes) Ajouter à mes livres

" Je ne suis pas le monstre qu'on fait de moi. Je suis victime d'une erreur de raisonnement ", déclare Adolf Eichmann à l'issue de son procès. Comme après lui tous les exécuteurs allemands, rwandais, serbes et croates, dont les cas sont étudiés dans ce livre... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 4.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 09 décembre 2011

    JeanLouisBOIS
    Loin d'être des fous furieux dévorés par des pulsions bestiales, l'écrasante majorité des exterminateurs nazis s'avéraient, à l'origine, des gens ordinaires. A posteriori, ils comprendront à peine que l'on puisse leur reprocher quoi que ce soit.
    Pendant la Seconde Guerre mondiale, les donneurs d'ordres reconnaissaient eux-mêmes combien l'élimination consciencieuse d'une multitude d'innocents, dans les camps, au bord d'une fosse, par le gaz ou par les armes, pouvait sembler difficile. Aussi le refus d'obéir n'était pas suivi de représailles. Pourtant, quasiment personne n'usa de cette tolérance : plutôt se prêter au carnage que se soustraire à un projet de société accepté par la majorité, et exigeant la disparition pure et simple des indésirables. Ainsi, de bons pères de famille, prenant sciemment « la décision d'obéir », apprenaient-ils à dispenser leurs rafales de mitraillette comme un travail à la chaîne, avec une expertise croissante. L'hostilité à l'égard des victimes n'était pas nécessaire : pire, elle était signe d'amateurisme. « Je ne tire pas plus qu'il ne faut », écrivait à ses enfants un exécuteur rompu à la liquidation de civils. Harald Welzer rapporte de nombreux témoignages de bourreaux à la conscience tranquille, principalement dans le contexte nazi mais également lors de conflits plus récents comme le Viêtnam, le Rwanda, ou l'ex-Yougoslavie. Il les passe au crible de la psychologie sociale de Solomon Asch et Stanley Milgram, qui se sont intéressés à la cruauté accomplie par Soumission à l'autorité et aux mécanismes abolissant le sentiment de responsabilité personnelle. En l'occurrence, inutile de recourir aux grands moyens pour transformer Monsieur tout-le-monde en monstre : il suffit de redéfinir progressivement l'identité du groupe à préserver, et celle du groupe à exclure, dans un édifice en apparence rationnel, logique, accepté collectivement comme une nouvelle réalité. Ensuite, comme le rappelle l'intitulé du dernier chapitre, « tout est possible »…
    Jean-François Marmion (Sciences Humaines.com)

    Lien : http://www.scienceshumaines.com/les-executeurs_fr_21928.html
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Citations et extraits

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  • Par Sycorax, le 20 septembre 2011

    Nous savons aujourd'hui qu'il n'y a pas un seul cas attesté où quelqu'un qui aurait refusé de participer à une exécution aurait eu à en subir des conséquences personnelles graves, comme sa mutation dans un bataillon disciplinaire ou sa condamnation à mort. Les travaux auxquels on risquait d'être affecté en cas de refus d'obéissance pouvaient être désagréables, on se déconsidérait peut-être aux yeux des camarades, mais on ne risquait pas sa vie, ni, encore moins, celle de ses proches. Aussi bien, il eût été dysfonctionnel, pour la bonne marche des "Judenaktionen", qu'un trop grand nombre d'exécutants s'attirât de graves difficultés dans l'accomplissement de cette tâche. C'est d'ailleurs pour la même raison que l'on veillait à l'état psychologique des hommes et de leur bien-être. Quant au "Befehlsnotstand", cette impossibilité absolue de ne pas obéir aux ordres, ce fut un mythe invoqué et inventé par les protagonistes eux-mêmes, soucieux de trouver en dehors d'eux-mêmes, pour des raisons juridiques, un motif à leurs meurtres qui fût au moins une contrainte subjective et leur permît de se tirer d'affaire.
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  • Par JeanLouisBOIS, le 30 décembre 2011

    C'est ce couplage entre l'évidente nécessite d'actes déplaisants et le sentiment d'accomplir ces actes nécessaires contre leur propre sensibilité humaine qui donna aux exécuteurs la possibilité de se sentir jusque dans le meurtre des gens "bien" . (p.27).
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  • Par Sycorax, le 23 avril 2012

    [...] quand nous nous examinons nous-mêmes, de considérables différences apparaissent parfois entre nos exigences morales et nos actes ; nous sommes capables, selon les situations, d'adopter des façons fort diverses d'interpréter, d'agir et de parler ; nous nous permettons de nous comporter "mal" en le sachant fort bien ; nous manions le mensonge, la contradiction et l'infraction tout aussi bien que la confiance, l'intégrité et la reconnaissance . Et un tel examen a tôt fait de révéler autre chose encore : c'est qu'en passant en revue le patchwork de notre existence morale, à chaque facette qui nous semble un peu douteuse nous tentons aussitôt de faire valoir la raison pour laquelle nous avons agi à l'encontre de ce dont nous étions tout à fait capables et sommes restés en deçà de nos possibilités, la raison pour laquelle nous avons été forcés de mentir, de tromper, de trahir ou de décevoir. Il est étonnant de constater que généralement nous trouvons à tout cela de bonnes raisons, de sorte qu'un comportement ressenti comme fâcheux peut ainsi apparaître a posteriori comme sensé et, du moins à nos propres yeux, comme justifié. Ces raisons sont nécessaires à la satisfaction de nos propres exigences morales, même quand nous y avons "exceptionnellement" manqué. (p. 25-26)
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  • Par Sycorax, le 23 avril 2012

    Il semble qu'il y ait chez les êtres humains un refus fondamental de passer pour "mauvais", et même le criminel le plus dénué de scrupules paraît tenir plus que tout à être perçu comme "humain" sous tel ou tel angle de sa personnalité et à ne pas être rangé dans les catégories des personnes se faisant horreur à elles-mêmes. Cette observation, banale, n'a pourtant rien de scandaleux dans une perspective psychosociologique partant de l'idée qu'il n'existe pas de vie humaine en dehors des liens sociaux ; de ce fait [...], ç'eût été trop demander à des exécuteurs [...] que de se voir comme les monstres qu'ils paraissent être. (p. 33)
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  • Par JeanLouisBOIS, le 20 janvier 2012

    Dans les meurtres de masse et les processus génocidaires, nous avons affaire, en règle générale, à des gens non pas prédisposés au meurtres, mais qui, pour des raisons leur paraissant plausibles, ont résolu de tuer. (p.47).
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