En 1914, Werth a 36 ans. Libertaire, antimilitariste, jauressien, il croit à linternationalisme. Pourtant, comme nombre de ses camarades, il part volontaire pour le front afin de défendre son idéal dhomme libre qui va faire « l... > voir plus
Le vin... Il n'y a que le vin, la boue et les cadavres, les uns vivants, les autres morts. Et l'ennui, un ennui auparavant inconnu, l'ennui jusque dans les mains, jusque dans les pieds, un ennui qui fourmille, tout cela pour rien... rien... rien. Clavel en est sûr, maintenant : Pour rien. C'est cela l'horrible et cela seulement. Et la plupart ont perdu la force même de s'ennuyer. L'ennui devient le signe de ceux qui ne sont pas morts à tout. À connaître leur ennui, combien sont-ils? dix, cent, mille peut-être et ceux-là sont prêts à se joindre des deux côtés des lignes. Et moi-même, quel est mon souci? se demande Clavel... Je n'ai plus en moi que la sensation du temps qui coule, le désir qu'il coule plus vite, et un dégoût toujours croissant, non pas de la mort, mais de cette mort-là.
Clavel pense à la mort. Il n'en a aucune épouvante hébétée de cauchemar. Il ne redoute pas l'au-delà. Mort, il rentrera dans la nécessité universelle. Seul disparaîtra le petit hasard de personnage qu'il est et son lien à d'autres personnes. C'est cela simplement qu'il voudrait préserver et les imprévus possibles de la vie qu'il pourrait vivre encore si nul accident de guerre ne la supprime. Il n'a pas peur de la mort. Il veut bien mourir, mais pas à la guerre. (p. 210)