ISBN : 2882500807
Éditeur : Noir sur blanc (1999)


Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes) Ajouter à mes livres
4ème de couverture
En 1991, Mariusz Wilk s'est retiré sur les îles Solovki, archipel isolé de la mer blanche, véritable microcosme des dépouilles de l'empire soviétique. De là, il observe et tente d'expliquer le quotidien de la vaste Russie, ses contradictions, s... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 4.00/5
    Par nadejda, le 12 décembre 2011

    nadejda
    «A Solovki, on voit la Russie comme on voit la mer dans une goutte d'eau. L'archipel des Solovki, en effet, est à la fois la quintessence et une anticipation de la Russie ; c'est depuis des siècles, un centre de l'orthodoxie et un important foyer de la nation russe dans le Grand Nord. Ici, au monastère de Solovki, dans ses cellules et dans ses cachots, s'est écrite pendant des siècles entiers l'histoire de la Russie.» p 19
    Après s'être longuement déplacé dans toute La Russie comme correspondant d'un journal polonais «le quotidien de Gdansk» et avoir fréquenté aussi bien les «nouveaux riches» russes que les plus marginaux Mariusz Wilk s'installe pour une dizaine d'années dans une maison en bois sur une île des Solovki :
    «Les fenêtres de notre maison donnent sur la baie de la Prospérité, la mer est dans le prolongement de la table sur laquelle j'écris. Pendant l'hiver, ma feuille de papier et la blancheur de la glace, de l'autre côté du carreau, se confondent et les traces de tchernilo (encre dont il donne la recette tirée d'un livre datant du XVIe siècle et dont il dit que les scribes du monastère n'étaient pas autorisés à prendre une plume en main tant qu'il ne l'avait pas eux-même fabriquée) se transforment si subitement en une tropa --un chemin-- tracée par des skis, que souvent je me demande si je ne suis pas déjà en mer. L'hiver, les vents sculptent la neige chaque jour autrement, effaçant le chemin.»
    Le microcosme de l'archipel des Solovki va lui permettre de tenter de saisir les multiples facettes de cette Russie fascinante, aux reflets changeants sans se perdre sur son territoire immense. Mariusz Wilk en s'immergeant dans ce lieu nous offre un récit passionnant de bout en bout en touchant à tous les domaines sans être superficiel et en restant vivant et plein de verve.
    Il nous déroule un véritable tapis aux couleurs somptueuses et riches par moment, mité et en lambeaux à d'autres. Il nous parle des habitants de l'archipel, tout au plus un millier, dont il a fini par connaître la plupart. Certains d'entre eux avec lesquels il va à la cueillette des champignons et des baies ou à la pêche, dont il partage les fêtes, les deuils et les beuveries, sont attachants et inoubliables.
    En employant des mots russes, dont il explique l'origine et la signification, il nous fait également pénétré un peu cette langue magnifique. Il nous communique, en plus de celle de l'encre, des recettes de cuisine. 

    C'est aussi toute une longue histoire depuis les traces de cultes païens et des rites chamaniques en passant par Ivan le terrible et ses successeurs jusqu'à nos jours qui défile sous nos yeux à travers celle brillante, obscure et cruelle du monastère qui en a subi toutes les vicissitudes. Ainsi, après avoir «accueilli» dans ses cachots les opposants des différents tsars, le monastère sera vidé de ses moines (ils seront fusillés) et les bâtiments et les îles de l'archipel transformés en un vaste camp de travail aux conditions inhumaines, ouvert en 1923, qu'Alexandre Soljénitsyne avait qualifié de «mère du Goulag» et dont la devise était «Par une main de fer amenons de force l'humanité vers le bonheur»
    Actuellement les Solovkis sont envahis par le tourisme (ce qui fera fuir Mariusz Wilk vers une autre maison, au bord du lac Oniego en Carélie, titre d'un autre de ses livres), le monastère est redevenu un lieu de pélerinage, a retrouvé ses ors et ses moines. Quant aux habitants de l'île ils vivent pour la plupart, dans un grand dénuement et une grande détresse morale.
    En conclusion, cette réflexion extraite du témoignage d'un voyageur anglais, Chancellor, dont la frégate est la seule qui revint des trois parties, le 2 août 1553, explorer les terres du grand nord pour ouvrir une route vers la Chine. La véracité du récit qu'il fera à son retour sera mis en doute et il répondit alors aux uns et aux autres : « Vous connaissez ces pays par ouï-dire ; moi, je les connais de par ma propre expérience ; vous à travers des livres écrits par d'autres ; moi de par mes propres observations ; vous, vous ne faîtes que répéter des idées générales tandis que moi, je suis allé là-bas.» Mariusz Wilk pourrait faire sienne cette réflexion.
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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 11 décembre 2011

    La fin de l'été, aux Solovki, fait penser à un rêve : l'horizon émerge des brumes comme une histoire interrompue au milieu d'un mot, le ciel est gris cendré, la mer d'un gris nacré, et dans l'air c'est l'été de la Saint-Martin. Ça et là, les bouleaux s'enflamment, les herbes jaunissent, la mousse embaume. La terre est recouverte d'une brume grise où dorment prés et marécages ; les lacs aussi semblent sommeiller, rêvant des arbres et des gens penchés au-dessus d'eux. Les gens s'attristent de voir l'été finir et boivent pour prolonger ce rêve. Seulement parmi les oiseaux retentit le vacarme qui précède le voyage : les canards apprennent à nager à leurs petits, les vanneaux pressent au départ, les canards mandarins s'énervent, et les plongeons manigancent quelque chose. Brusquement l'automne est là...
    ... Nous salons harengs et bolets. Les nuits, sur l'archipel rallongent, comme les ombres des jours, et il fait noir comme dans un four. On aperçoit seulement par moments, tout à coup, des éclats de lumière dans le ciel, comme si elle sourdait de l'autre monde. C'est une sévernoïe sïanié, une aurore boréale... p85-86
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  • Par nadejda, le 11 décembre 2011

    Dès le début du SLON ("Direction des camps du nord à destination spéciale"), un cachot au régime très sévère a été créé sur le mont. Au mont Sékirny, on ne connaissait pas les peines de longue durée. Les cadavres étaient enterrés sur les versants du mont, dans les buissons de myrtilles. Il y pousse encore des fruits magnifiques...
    ... Nous empruntons l'escalier dans lequel on précipitait les zeka attachés à une poutre gelée. Au pied du mont se dresse une croix. Chaque année, au printemps, pour la Radonitsa orthodoxe, le jour des défunts, quand la neige est encore bourbeuse et que les oiseaux commencent à s'égosiller, les moines de Solovki célèbrent ici une panikhida (requiem) pour les victimes du SLON, brûlant de l'encens fait à partir de résine de sapin toute fraîche, qui dégage une fumée âcre ; on en a la tête qui tourne. p 53
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  • Par nadejda, le 12 décembre 2011

    La presqu'île de Kola, la côte de Ter. Nous avons mis dix heures pour traverser le bassin, du sud-ouest au nord-est. Nous avons marché la nuit de la Koupala, la nuit la plus courte de l'été.
    ... Ici, à la limite du monde visible, le soleil est la lumière de la vie. Même les olèn le recherchent quand ils paissent. Les olèn sont les rennes qui se déplacent avec les Samoyèdes : en hiver, vers le sud ; en été, vers le nord. Toujours dans la direction du soleil. Dans les légendes samoyèdes, les premiers rennes sont descendus sur terre sur les rayons du soleil. Les olèn sont les enfants du soleil. Et il leur manque, comme il manque aux hommes du Grand Nord. Surtout en hiver. p 188
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  • Par nadejda, le 12 décembre 2011

    L'après-midi, nous avons vu la côte de Konouchine, en terre samoyède. C'est une "zone" interdite, un champ de tirs à destination spéciale. C'est là que retombent les éléments hors d'usage de Plissietsk, on tire là des engins balistiques depuis l'Extrême-orient, pour contrôler la justesse du tir. Toute la toundra est hérissée de débris de fusées ; ils ont parfois des dimensions énormes, on les voit de loin. De la science-fiction. L'an dernier, nous avons été arrêtés à Konouchine par un commando en hélicoptère, dix boït, dix combattants dont une femme, armés jusqu'aux dents... p 195
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