Moi charlotte simmons
Une adolescente naïve (mais surdouée) découvre le monde de l'université américaine. Portrait au vitriol d'un groupe social.
On peut gloser à l'infini sur le rapport journaliste/romancier propre à Wolfe (Est-il journaliste? Est-il romancier? Accumule-t-il trop de matériel pour être honnête? Sa façon de le recracher n'est elle pas un peu scolaire?) mais ce débat m'intéresse peu… Une seule chose est à noter cependant : dans les romans de Wolfe, on découvre avant tout un univers ; les personnages ne sont là que pour lever un coin du voile; il y a donc un plaisir certain (pour ceux qui aiment ça évidemment...) à découvrir la retranscription exacte d'un univers. Là où le tout venant nous pond 200 pages écrit gros de portrait psychologisant, Wolfe balance 800 pages pour décrire un milieu, forcement ça change.
Cependant ce sont bien les personnages qui m'intéressent le plus chez Wolfe; les personnages et leur rapport à la justice. Sans faire mon malin ce rapport m'a d'autant plus frappé qu'il reprend finalement les même thèmes que dans le "Bûcher des vanités" et tout ceci finit par me faire penser furieusement aux obsessions d'un Lang (Fritz); le même rapport de fascination/terreur face à la justice humaine, la forclusion d'une Justice transcendante dans un monde particulier...
Les personnages de wolfe et la justice, donc.
Tout d'abord les héros de Wolfe, en fait, ne sont pas des héros. Ils ne sont pas blancs et sans failles mais bien sur, par le réflexe de base de lecteur, nous avons envie de les défendre et c'est là que le roman commence. Les héros de Wolfe ne sont pas des héros, ils font donc des idioties mais quand la justice arrive enfin elle nous semble inhumaine et dégueulasse.
Ex: Dans le bûcher le héros fait un délit de fuite! Et nous trouvons sa traque par la justice insupportable ; Ici charlotte Simmons se laisse entraîner à faire des idioties (absentéisme, renoncement alcool et sexe idiot) par pure prétention mais quand elle se ramasse évidemment nous souffrons avec elle et nous trouvons les sanctions injustes.
Ainsi les romans de wolfe se terminent souvent par cette même question: ce monde est absurde mais voulez vous vraiment un monde plus juste? Si vous voulez que cela change, êtes vous prêt a supporter les sanctions?
Dis autrement, est ce que charlotte Simmons et Shermann
Mac Coy ne sont pas un peu comme vous: insuffisants dans un monde insuffisant; tout le monde sait que tout cela ne marche plus mais chacun y a trouvé sa place ou le moindre effort est nécessaire alors voulez vous vraiment que cela change? Bonne question non?
De plus, autour de cette question Wolfe brode une joyeuse dé-construction du système du "cool" et de l'adoration des abrutis sportifs (ce qui, accessoirement, m'a fait bien plaisir) et se permet même d'ouvrir des questions sans réponse (comme la fascination des groupies) dans une paire de scènes que Becket n'aurait pas renié (enfin dans le fond hein, bien sur pas dans la forme) tant il est vrai que l'absurde d'un temple du savoir universitaire adorant les dieux bornés du corps est une source d'inspiration abyssale pour qui "pense" un peu.
Bref un très bon moment. Ne pas se laisser impressionner par le pavé.
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