A première vue, rien ne semble émerger de ce roman où l'intrigue est banale, et où il ne se passe presque rien, mais que soulèvent, pourtant, des émotions auxquelles il n'est pas facile de résister.
Dans «
La Promenade au phare », c'est à travers la conscience chaotique des personnages (et que le langage tente d'articuler de façon ordonnée) que nous vivons les évènements.
Le roman se présente comme un diptyque à l'intérieur duquel la romancière nous plonge dans un de ses thèmes favoris : le temps !
Le premier tableau narre la famille Ramsay et ses huit enfants en vacances sur une île (au large de l'Ecosse) avec la vue qui s'offre au loin sur un phare. A la promesse faite à l'un de ses fils (à la veille de la Grande Guerre), Mrs Ramsay décide d'aller y faire une petite excursion. Mais, à cause du temps et des évènements, cette promenade ne se fera que dix années plus tard.
S'ouvre ainsi le deuxième tableau où
La Promenade au phare aura, effectivement, lieu mais avec son noir cortège de deuils : la guerre a éclaté avec son convoi de larmes, et dans la famille Ramsay, deux des enfants sont morts dont un tué au combat, et Mrs Ramsay, elle-même est passée de la vie à trépas!
Aux instants de quiétudes partagés (dans le premier volet, dix ans plus tôt), il ne reste plus que des souvenirs flous, et des fantômes fuyants (dans le second volet, dix ans plus tard).
Le temps fuit inexorablement et laisse sur son chemin des empreintes qui ont un arrière goût de cendres sur la langue.
Virginia Woolf inclut toujours les instants fugitifs dans la part d'éternité : la vie vous donne un sursis puis reprend sans répit !
Au-delà d'une solide construction au regard de la composition du récit: les écarts temporels, l'alternance de points de vue narratifs, etc.
Tout le charme du livre se trouve dans l'utilisation d'une prose (à la fois musicale et poétique) comme en retrait d'elle-même, à force de retenue ! Peut –être, pour mieux nous baigner dans les pensées et les perceptions des personnages.
Par rapport au langage, son langage(
Virginia Woolf) acquiert,ici, une sorte de précision « visuelle », concernant les descriptions de paysages et des personnages.
Les «évocations visuelles » résonnent dans toute l'œuvre, à travers le temps et l'espace où, par un jeu de miroir, la romancière y met toute sa sensibilité littéraire, et « Art-istique » (nous lisons ce roman comme si l'auteur peignait devant nos yeux, à chaque mot lu, à chaque page tournée…). Ici, c'est le regard des personnages (et bientôt celui du lecteur) qui crée des mondes et des songes. Ne dit-on pas «…que l'importance soit dans le regard, non dans la chose regardée !... » (A.
GIDE, in,
Les nourritures terrestres).
«
La Promenade au phare » rassemble tous les thèmes essentiels de V.W : la mort, la fascination de l'eau, les instants éphémères et fugitifs, et le temps qui est traité ici de long en large.
Il n'y a pas de solution définitive à l'angoisse, à moins qu'on ne se dépouille de tout désir, ce qui ne peut arriver qu'à l'extrême fin de la vie. Telle est l'idée principale de ce roman.
Ici, V.Woolf analyse méticuleusement les effets, mais fait silence sur les causes. Et, c'est ce silence qui doit être médité.